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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006764

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006764

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 septembre 2020 et le 5 septembre 2021 M. B C, représenté par Me Fillieux, suppléant Me Ramas-Mulbach, demande au tribunal :

1°) de procéder à la nomination de M C au poste d'adjoint technique C2 conformément à la fiche de carrière établie pour l'année 2019 ;

2°) de condamner la commune de Ronchin au paiement d'une somme de 30 000 euros à titre de dommage et intérêt liés à son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ronchin une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il est victime d'un harcèlement moral :

- il a été victime d'une agression en 2014 et de propos humiliants, sans qu'il soit défendu par sa hiérarchie ;

- il a été affecté à des tâches subalternes sur trois postes différents et fait l'objet d'une surveillance tatillonne et d'une mise au placard ;

- ses demandes d'avancement sont systématiquement refusées ;

- son état de santé est en lien avec sa situation professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2021, la commune de Ronchin, représentée par Me Vitse-Bœuf, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions tendant à la nomination au grade d'adjoint technique C2, présentées à titre principal, sont irrecevables ;

- le harcèlement moral allégué n'est pas démontré et elle n'a commis aucun agissement fautif.

Par ordonnance du 5 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Playoust, substituant Me Vitse-Boeuf, représentant la commune de Ronchin.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, titulaire du grade d'adjoint technique de 2ème classe, est employé par la commune de Ronchin. Par un courrier du 5 juillet 2020, M. C a sollicité un avancement de grade, son changement d'affectation ainsi que la réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi à hauteur de 30 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

3. En premier lieu, M. C soutient que sa hiérarchie ne l'a défendu ni en 2014, lors de l'agression physique qu'il a subie sur le lieu du service, ni lorsqu'il a fait l'objet de propos humiliants de la part d'un collègue de travail en décembre 2019. Il résulte toutefois de l'instruction qu'en 2014, le requérant a vu l'agression dont il a été victime prise en charge au titre d'un accident imputable au service et que la commune lui a proposé, en avril 2016, à l'issue de son congé de maladie, un soutien psychologique avant toute reprise du travail. De plus, la commune fait valoir sans être contestée que l'agresseur a été immédiatement licencié. Il résulte également de l'instruction que l'agression verbale dont le requérant a été victime le 12 décembre 2019 a donné lieu à convocation pour entretien avec la hiérarchie et rappel à l'ordre écrit de l'agent auteur des faits.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la fiche de poste correspondant à l'emploi de M. C que les fonctions qui lui sont confiées relèvent du cadre d'emploi correspondant à son grade. Si le requérant voit son temps de travail réparti entre trois services différents, cette configuration a reçu l'aval du médecin de prévention qui a estimé l'emploi adapté à la reprise de travail à temps complet de l'intéressé après son congé maladie imputable au service. Si le requérant indique qu'il fait l'objet d'une surveillance tatillonne, aucune des notes qui lui ont été adressées, à la suite de divers incidents, ne permettent de faire regarder l'autorité territoriale comme étant intervenue de manière répétée, agressive ou injustifiée ou comme ayant adopté un comportement excédant les limites normales de son pouvoir hiérarchique.

5. En troisième lieu, M. C fait valoir que le refus de le faire bénéficier d'un avancement au grade supérieur est la manifestation du harcèlement dont il est victime. Toutefois, et alors qu'un tel avancement n'est jamais de droit, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des différentes évaluations professionnelles produites, que ce refus serait en décalage complet tant avec la manière de servir de l'intéressé qu'avec les fonctions qu'il occupe. Au surplus, M. C n'est pas le seul agent dont la demande de promotion n'a pas été acceptée.

6. Enfin, le requérant n'apporte pas d'éléments suffisamment circonstanciés pour permettre d'établir que son état de santé serait directement lié à des agissements constitutifs de harcèlement moral.

7. Il résulte de ce qui précède que les éléments avancés par M. C ne sont pas susceptibles de laisser présumer l'existence d'un harcèlement moral. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à demander la condamnation de la commune de Ronchin à l'indemniser des préjudices qui en résulteraient et les conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions de la requête tendant à la nomination de M. C au grade d'adjoint technique C2 :

8. M. C doit être regardé comme concluant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Ronchin de le faire bénéficier d'un avancement de grade. Ces conclusions, présentées à titre principal, sont par leur nature irrecevables. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être accueillie.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Ronchin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. C demande au titre des frais qu'il a exposés. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune de Ronchin au titre des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Ronchin présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Ronchin.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Guyard, première conseillère,

M. Borget, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

signé

S. A

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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