jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2006962 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2020, M. C F, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 juillet 2019 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " présentée au titre du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) d'annuler la décision du 18 juin 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour " étranger malade " présentée au titre du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision du 3 juillet 2019 :
- il n'est pas établi que la décision contestée a été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;
- la décision contestée est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une décision négative de la part du préfet du Val-de-Marne ;
- la circonstance que le préfet du Val-de-Marne se soit déclaré incompétent pour statuer sur sa demande n'entraînait pas l'irrecevabilité de sa demande déposée en préfecture du Nord alors que cette préfecture était compétente, du fait de sa domiciliation, pour statuer sur sa demande de changement de statut, par application de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le dossier déposé était complet et il aurait donc dû être enregistré par la préfecture du Nord ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision du 18 juin 2020 :
- il n'est pas établi que la décision contestée a été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle aurait dû statuer sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour présentée sur le fondement du 7° de l'article L.313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. F par une décision du 2 mars 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C F, né le 4 juin 1986 au Zaïre, de nationalité congolaise (République démocratique du Congo), est entré en France le 9 septembre 2009, muni d'un passeport revêtu d'un visa étudiant. Il a poursuivi ses études sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", délivré par le préfet du Val-de-Marne et régulièrement renouvelé jusqu'en 2012. Il a ensuite bénéficié de titres de séjour " étranger malade " délivrés par la préfecture du Val-de-Marne, régulièrement renouvelés. En début d'année 2019, il a sollicité du préfet du Val-de-Marne la délivrance d'un nouveau titre de séjour. Par courrier du 25 mars 2019, le préfet du Val-de-Marne l'a invité à se rapprocher de la préfecture du Nord responsable de l'examen de sa demande de titre de séjour. Le 7 juin 2019, M. F a déposé une demande de titre de séjour " salarié - vie privée et familiale " ou " vie privée et familiale -PACS ", qui doit être regardée comme étant fondée sur les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 313-14 du même code. Par une décision du 3 juillet 2019, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande. Par une décision du 18 juin 2020, dont le requérant demande également l'annulation, le préfet du Nord a également rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour " étranger malade ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 3 juillet 2019 :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-10, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, reprenant les dispositions de l'article 20 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour, d'apprécier si celle-ci relève de sa compétence territoriale à la date à laquelle il statue. Dans le cas où il considère qu'elle n'en relève pas, il lui incombe, conformément aux dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, de la transmettre au préfet qu'il estime territorialement compétent pour se prononcer sur le droit au séjour de l'intéressé.
5. La décision du 3 juillet 2019 du préfet du Nord portant rejet de sa demande de titre de séjour présentée au titre du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 313-14 du même code a été prise au motif que l'intéressé a fait l'objet d'une décision négative émise par " le département du Val-de-Marne ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 25 mars 2019, le préfet du Val-de-Marne a invité M. F à se rapprocher de la préfecture du Nord responsable de l'examen de sa demande de titre de séjour du fait qu'il résidait désormais à Roubaix, dans le département du Nord. Il a ainsi implicitement mais nécessairement refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de l'intéressé et donc de statuer sur son bien-fondé, ce qui constitue bien une décision négative pour le requérant, alors au demeurant que, par application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, le préfet du Val-de-Marne aurait dû transmettre au préfet du Nord la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé. Pour autant, une telle circonstance n'est en tout état de cause pas de nature à constituer un motif légal pour refuser la demande de titre de séjour présentée par M. F, le préfet du Nord étant de surcroît territorialement compétent pour statuer sur cette demande.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 juillet 2019 du préfet du Nord.
En ce qui concerne la décision du 18 juin 2020 :
8. En premier lieu, la décision du 18 juin 2020 a été signée, pour le préfet du Nord et par délégation, par M. E B, directeur de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Nord, qui était compétent pour ce faire en vertu d'un arrêté du 2 janvier 2020 du préfet du Nord régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°1 du 2 janvier 2020 de la préfecture du Nord.
9. En deuxième lieu, le requérant ne peut valablement soutenir que le préfet du Nord aurait dû statuer sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour présentée au titre du 7° de l'article L.313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il l'a fait par la décision du 3 juillet 2019 par ailleurs contestée.
10. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que cette décision méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle statue sur une demande de renouvellement de titre de séjour présentée au titre du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En quatrième et dernier lieu, la décision contestée du 18 juin 2020 portant refus de renouvellement de titre de séjour " étranger malade " a été prise au motif, non contesté, que l'intéressé n'avait pas finalisé sa demande de titre de séjour pour raison de santé auprès du collège des médecins de l'OFII. La demande présentée à ce titre, n'était donc pas complète et le requérant ne peut, par voie de conséquence, utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 juin 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. D'une part, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord statue à nouveau sur la demande de titre de séjour présentée par M. F au titre des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de fixer au préfet du Nord pour ce faire un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
14. D'autre part, le présent jugement implique également nécessairement que, le temps de l'examen de cette demande, le préfet du Nord délivre à l'intéressé un récépissé de demande de titre de séjour qui, eu égard à la situation de l'intéressé et aux dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas à être assorti d'une autorisation de travail.
Sur les frais d'instance :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante pour l'essentiel à l'instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Clément au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 juillet 2019 du préfet du Nord prise à l'encontre de M. F est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, d'une part, de statuer à nouveau sur la demande de titre de séjour présentée par M. F au titre des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, dans l'attente de cette nouvelle décision, de délivrer à M. F un récépissé de demande de titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Clément la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, au préfet du Nord et à Me Clément.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Fabre, président,
- Mme Monteil, première conseillère,
- Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
X. AL'assesseur le plus ancien,
Signé
A.-L. MONTEIL
La greffière,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026