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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007108

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007108

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2020, M. D A, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 juillet 2020 par laquelle le directeur de la direction territoriale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) à Lille lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la date de sa décision, à savoir le 7 juillet 2020, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date et de lui fournir un hébergement adapté à ses besoins ;

4°) à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

6°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa particulière vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2022, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été refusée à M. A par une décision du 26 octobre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle, confirmée par une ordonnance du 2 février 2021 du président de la cour administrative d'appel de Douai.

La clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2022 par une ordonnance du 7 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, né le 1er juillet 1998 en Guinée, de nationalité guinéenne, a déposé une demande d'asile en préfecture du Nord le 9 janvier 2019 et, le même jour, a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, bénéficiant ainsi des conditions matérielles d'accueil. Après avoir fait l'objet, le 7 février 2019, d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes, responsables de sa demande d'asile, M. A a effectivement été transféré vers l'Italie le 23 juillet 2019. Revenu en France, il a sollicité le bénéfice de l'asile par une nouvelle demande en date du 23 septembre 2019 déposée à la préfecture du Nord. Il a alors fait l'objet d'un nouvel arrêté de transfert aux autorités italiennes, toujours responsables de sa demande d'asile, le 21 octobre 2019. Le 10 juin 2020, sa demande d'asile a été requalifiée en procédure normale et il a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 30 juin 2020, dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 26 octobre 2020, confirmée par une ordonnance du 2 février 2021 du président de la cour administrative d'appel de Douai, M. A s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle pour la présente instance. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenue sans objet.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. B C, directeur territorial de l'OFII à Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er août 2019, publiée sur le site internet de l'OFII et au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article. L 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines."

5. Il résulte de l'article L. 744-7 précité que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par OFII après l'enregistrement de la demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a fait l'objet d'un transfert vers l'Italie le 23 juillet 2019 et il est revenu en France sans qu'il soit prouvé que l'Italie, qui était en charge de l'instruction de sa demande d'asile, ait pu effectivement prendre une décision, et sans que l'intéressé ne justifie d'aucun motif valable à son retour sur le territoire national. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que le requérant n'a indiqué ni dans l'entretien d'évaluation de sa situation mené le 9 janvier 2019 lors du premier dépôt de sa demande d'asile, ni dans l'entretien d'évaluation mené le 7 juillet 2020 à l'occasion de la requalification de sa demande d'asile en procédure normale, qu'il souffrait de problèmes de santé. S'il produit un certificat médical en date du 24 avril 2019 dont il ressort qu'il présente une infection par le virus de l'hépatite A, ce seul élément ne suffit toutefois pas à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. L'avis Medzo établi le 18 janvier 2019 conclut ainsi à son sujet à un besoin de suivi médical simple, sans que le requérant ne sollicite de nouvel avis lors du réexamen de sa situation le 7 juillet 2020. Enfin, si le requérant invoque dans le cadre du présent litige souffrir d'un état de stress post-traumatique qui nécessiterait un suivi médical et psychologique, il est constant qu'il ne fournit, à l'appui de cette affirmation, que le résultat d'un bilan médical établi le 11 août 2020, postérieurement à la décision litigieuse. Les éléments médicaux portés au dossier sont ainsi insuffisants à démontrer un état de particulière vulnérabilité de M. A qui n'aurait pas été pris en compte par l'OFII, alors qu'il est par ailleurs logé en auberge de jeunesse et en foyer depuis mai 2020. Par voie de conséquence, les dispositions des articles L. 744-6 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi à M. A de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Clément.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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