mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées le 21 octobre 2020, le 19 février 2021 et le 25 mars 2021, M. A B, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 66 380 euros augmentée au taux d'intérêt légal à compter de la réception de la demande préalable par l'Etat et de sa capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du préfet du Nord en date du 19 juillet 2016 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'illégalité entachant l'arrêté du préfet du Nord du 19 juillet 2016 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- son préjudice moral ainsi que les troubles dans ses conditions d'existence en lien direct avec cette faute peuvent être évalués à la somme de 30 000 euros ;
- son préjudice financier en lien direct avec cette faute peut être évalué à la somme de 36 830 euros.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement du tribunal administratif de Lille n° 1703801 en date du 19 mars 2019 ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant guinéen né le 23 mai 1997, est entré en France le 7 juin 2013, à l'âge de 16 ans, et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il a sollicité, le 13 juin 2016, la délivrance d'un titre de séjour qui lui a été refusée par une décision du 19 juillet 2016 du préfet du Nord. Par le jugement n° 1703801 du 19 mars 2019, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 19 juillet 2016 et a enjoint au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Le 25 mai 2020, M. B a saisi le préfet du Nord d'une demande indemnitaire, reçue en préfecture le 26 mai 2020 et qui a été rejetée par une décision implicite. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 66 830 euros au titre des préjudices subis du fait de cette illégalité.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Il résulte de l'instruction que, pour annuler l'arrêté du 19 juillet 2016 par lequel le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B, le tribunal administratif de Lille s'est fondé sur l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la vie personnelle du requérant. Eu égard à l'autorité de chose jugée s'attachant aux motifs constituant le support nécessaire du dispositif de ce jugement, M. B est fondé à soutenir que l'illégalité de l'arrêté du 19 juillet 2016 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
3. En premier lieu, M. B invoque des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral en faisant valoir la période de deux ans et sept mois durant laquelle il s'est maintenu sur le territoire français en situation irrégulière, la précarité de sa situation matérielle et la circonstance qu'il n'a pas pu bénéficier d'un logement pérenne. Il ne produit toutefois aucune attestation probante et n'apporte pas de précisions sur ses modalités d'hébergement entre juillet 2016 et mars 2019. Dans ces conditions, il ne peut être donné suite à cette demande d'indemnisation. M. B invoque, par ailleurs, des conséquences sur son état psychologique et produit à cet effet une attestation en date du 15 février 2021 rédigée par un éducateur spécialisé de l'association SRENE œuvrant pour la protection de l'enfance qui l'a accompagné au cours de la période de 2016 à 2018, en lui proposant notamment une assistance psychologique pour pallier à ses troubles du sommeil et à la dégradation de son état de santé. Il établit ainsi que le refus illégal de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé par le préfet du Nord a eu des conséquences sur son état de santé psychologique, d'autant plus prolongées qu'il n'a été mis en possession d'un titre de séjour l'autorisant à travailler qu'en octobre 2019, soit sept mois après le jugement n° 1703801 du tribunal administratif de Lille. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. B en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
4. En second lieu, M. B demande à être indemnisé de la perte de revenus que lui aurait procurés un emploi qu'il avait selon lui une chance sérieuse d'obtenir dès le mois de juillet 2017. Il résulte de l'instruction que M. B a obtenu un CAP carreleur-mosaïste le 30 juin 2017 et a conclu un contrat d'insertion dans le secteur du bâtiment dès l'obtention de son titre de séjour en octobre 2019. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir qu'il a été privé, en raison des fautes de l'administration, d'une chance sérieuse d'occuper un emploi et que le préjudice financier qu'il a subi présente un caractère direct et certain avec les illégalités commises à compter de la date d'obtention du diplôme de carreleur en juin 2017. Il sera dès lors fait une juste appréciation de cette perte de chance de percevoir un revenu entre juillet 2017 et septembre 2019 en l'évaluant à 60 % du montant d'une rémunération à hauteur du SMIC net à temps complet, soit 19 000 euros.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. B, en réparation de ses préjudices une somme totale de 21 000 euros.
En ce qui concerne les intérêts et de la capitalisation des intérêts :
6. M. B a droit, ainsi qu'il le demande, aux intérêts au taux légal sur la somme de 21 000 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable par le préfet du Nord, soit le 26 mai 2020.
7. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée 21 octobre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 mai 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Son avocat ne peut, par suite, se prévaloir des dispositions précitées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 21 000 (vingt et un mille) euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 mai 2021. Les intérêts échus à la date du 26 mai 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Hervouet, président du tribunal,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
C. HERVOUET
La greffière,
Signé
A. DOUVRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026