vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007607 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET GOLLAIN VALERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 octobre 2020, les 7 juillet et 16 juillet 2021 et le 25 juillet 2022, Mme A B, représentée par la SCP Gros, Hicter, d'Halluin et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le président de l'université de Lille a classé son poste, pour l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise à compter du 1er janvier 2018, dans le groupe de fonctions A6 ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à l'université de Lille, sous astreinte, de réexaminer son dossier et de prononcer son classement dans un groupe de fonctions supérieur ;
3°) de mettre à la charge de l'université de Lille la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été signées par une autorité habilitée par une délégation de signature régulièrement adoptée et publiée ;
- ces décisions sont illégales, par exception d'illégalité du décret du 24 mai 2014 sur lequel elles se fondent ; ledit décret est inconstitutionnel dès lors que l'instauration d'un nouveau régime indemnitaire nécessitait l'intervention du législateur ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que ses qualifications, son parcours professionnel et les contraintes particulières de son poste devaient conduire à un classement de son poste dans un groupe de fonctions supérieur à celui A6 ;
- elles sont entachées d'une rupture d'égalité de traitement et d'une discrimination dès lors que l'université n'établit pas que ce classement reposerait sur des éléments objectifs étrangers à ses responsabilités syndicales ;
- elles sont entachées d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense enregistrés les 20 mai et 19 août 2021, l'université de Lille, représentée par Me Malolepsy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Christian, rapporteur public,
- les observations de Me Chavda, représentant Mme B et celles de Me Malolepsy, représentant l'université de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération n°CA-2019-110 du 11 juillet 2019, le conseil d'administration de l'université de Lille a approuvé la mise en place, pour les personnels BIATSS, du régime indemnitaire lié aux fonctions, aux sujétions, à l'expertise et à l'engagement professionnel (RIFSEEP), avec effet rétroactif au 1er janvier 2018 ou à la date de prise de fonctions si celle-ci est postérieure. Une " cartographie des emplois-types de l'université de Lille " et des valeurs indemnitaires qui leur sont rattachées a été réalisée et annexée à cette délibération.
2. Mme B, ingénieure d'étude de 2ème classe chargée des relations partenariales/entreprises au sein de l'université de Lille, s'est vue notifier le 6 janvier 2020 la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le président de l'université a classé son poste, à compter du 1er janvier 2018, dans le groupe de fonctions A6, lui ouvrant droit à l'attribution d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) d'un montant brut mensuel de 500 euros. Par un courrier du 12 février 2020, Mme B a formé à l'encontre de cette décision un recours gracieux, auquel aucune suite favorable n'a été donnée. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision précitée du 9 décembre 2019 et de celle portant rejet implicite de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 712-2 du code de l'éducation, dans sa rédaction applicable au litige : " Le président peut déléguer sa signature () au directeur général des services et aux agents de catégorie A placés sous son autorité () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par
Mme E C, directrice générale des services adjointe de l'université de Lille, en vertu d'un arrêté n°2017-002 du 18 décembre 2017 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'établissement, qui l'autorise à signer, au nom et pour le compte du président de l'université, tous actes portant sur la gestion relevant de la direction des ressources humaines. Contrairement à ce que soutient la requérante, une telle délégation ne saurait être regardée comme étant trop générale ou imprécise. Elle est également nécessairement limitée dans le temps dès lors qu'elle cesse de produire ses effets lorsque son auteur ou son bénéficiaire quitte ses fonctions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 64 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au présent litige : " Les fonctionnaires régis par le présent titre ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général. ". Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au présent litige : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires. / () ". Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. / () ".
6. D'autre part, après l'expiration du délai de recours contentieux, la contestation d'un acte règlementaire peut être formée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure prise pour l'application de l'acte réglementaire ou dont ce dernier constitue la base légale.
7. Au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, Mme B excipe de l'illégalité du décret du 20 mai 2014 au motif qu'en vertu de l'article 34 de la Constitution, les règles concernant les garanties fondamentales accordées aux fonctionnaires relèvent du domaine de la loi et que, dans ces conditions, la création d'un nouveau régime indemnitaire nécessitait l'intervention du législateur. Toutefois, il ressort des termes même du décret du 20 mai 2014 précité que celui-ci a été pris en application des dispositions précitées des articles 64 de la loi du 11 janvier 1984 et 20 de la loi du 13 juillet 1983, qui prévoient la possibilité d'instituer par texte règlementaire les indemnités auxquelles ont droit les fonctionnaires de la fonction publique de l'Etat. Il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la conformité de ces lois aux exigences constitutionnelles posées à l'article 34 de la Constitution. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de ces décisions doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 20 mai 2014 précité : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : / 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; / 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; / 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. / () ".
9. Ainsi qu'il a été dit, par une délibération du 11 juillet 2019, le conseil d'administration de l'université de Lille a fixé les modalités de mise en place et d'attribution aux personnels de l'université de l'IFSE prévue par le décret du 20 mai 2014. Un tableau annexé à cette délibération détermine les critères de classement utilisés pour assigner, par décision individuelle, un groupe de fonctions à chacun des postes des personnels de l'université. Les emplois de catégorie A sont classés en huit groupes, en particulier le groupe A6 pour les " fonctions d'études et/ou de conception ; fonctions de préparation et de mise en œuvre de protocoles scientifiques et/ou techniques ". Chaque groupe de fonctions est décrit à travers trois critères cumulatifs : " responsabilité et champs d'activités - impact des missions et actions ", " encadrement - coordination - conception - pilotage " et " expertise - qualification - expérience professionnelle ".
10. Mme B, ingénieure d'études dont le poste a été classé au sein du groupe de fonctions A6, soutient que celui-ci aurait dû être classé au sein d'un groupe supérieur, en invoquant notamment ses qualifications professionnelles, ses précédents postes impliquant l'encadrement d'agents, les contraintes particulières de son poste actuel en qualité de chargée des relations partenariales/entreprises de l'université, et son expérience professionnelle. Toutefois, il n'est pas sérieusement contesté que ses fonctions actuelles n'impliquent pas d'encadrement hiérarchique, critère commun à l'ensemble des groupes de fonctions supérieurs à celui du groupe A6. Pour ce seul motif, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
11. En dernier lieu, Mme B n'apporte aucun élément permettant de présumer qu'elle aurait été défavorisée en raison de ses engagements syndicaux et, par suite, victime d'une discrimination. La requérante n'étaye pas davantage l'allégation selon laquelle l'université aurait fait un usage détourné de ses pouvoirs dans le cadre du classement de son poste dans les groupes de fonctions relatifs à l'attribution de l'IFSE à compter du 1er janvier 2018. Par suite, les moyens soulevés à ces titres ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige. Les conclusions présentées à cette fin doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée de leur tardiveté.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par
Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Lille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par l'université de Lille au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'université de Lille présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université de Lille.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Larue, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
G. D
Le président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2007607
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026