mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007690 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BADAOUI-ARIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire de pièces, enregistrés les 27 octobre 2020 et 26 octobre 2022, M. F C, représenté par Me Badaoui-Arib, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 août 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de ses enfants, E C, né le 31 juillet 2005 et Younes, né le 4 février 2007 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de faire droit à sa demande de regroupement familial ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision contestée a été signée par une personne qui était compétente pour ce faire ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- il justifie de ressources stables et suffisantes dès lors que le préfet aurait dû prendre en compte l'aide financière de sa famille et les loyers du logement sis au 32 rue Casimir Perier à Roubaix ;
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2022 à 12 h 00 par une ordonnance du 13 octobre 2022.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme C par une décision du 14 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C, né le 1er janvier 1946 au Maroc, de nationalité marocaine, titulaire d'une carte de résident de dix ans en cours de validité, retraité, a présenté, le 13 avril 2019, en préfecture du Nord, une demande de regroupement familial au bénéfice de ses deux fils, E C, né le 31 juillet 2005 au Maroc, de nationalité marocaine et Younes C, né le 4 février 2007 au Maroc, de nationalité marocaine. Par une décision du 21 août 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord, au motif de l'insuffisance de ses ressources, a rejeté sa demande.
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée, pour le préfet du Nord et par délégation, par Mme B D, directrice adjointe de l'immigration et de l'intégration, qui était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté de délégation de signature du 2 janvier 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 1 du 2 janvier 2020 de la préfecture du Nord. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée cite les dispositions dont elle fait application, notamment celles de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état, de façon suffisamment précise, des éléments de fait justifiant, selon le préfet du Nord, qu'il ne soit pas fait droit à la demande de regroupement familial présentée par M. C. La décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est ainsi suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-5, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail . Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ; / () ". Aux termes de l'article R. 411-4, alors en vigueur, du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / - cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne justifiant d'une résidence stable et régulière sur le territoire métropolitain ou dans une collectivité mentionnée à l'article L. 751-1 et ayant atteint un âge minimum bénéficie d'une allocation de solidarité aux personnes âgées dans les conditions prévues par le présent chapitre. () ".
5. Les ressources du demandeur ont été évaluées lors de l'enquête réalisée par la direction territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'OFII a retenu, pour l'intéressé, des ressources annuelles de 11 590, 09 euros, issues de pensions de retraite, pour un montant de 965, 84 euros mensuel. Il ressort des pièces produites en défense que ce montant se décompose en trois pensions, à savoir une retraite MSA salarié pour un montant net de 21, 84 euros, une retraite AGIRC-ARRCO pour un montant net de 164, 09 euros net et une retraite de la caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV) d'un montant de 1 073, 64 euros net. Il ressort également des pièces produites que la retraite CNAV du requérant se compose, pour l'essentiel, d'une retraite personnelle de 253, 70 euros et d'une allocation de solidarité aux personnes âgées d'un montant de 692 euros environ, cette dernière allocation ne pouvant être prise en compte dans le calcul des ressources par application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il résulte également de l'enquête réalisée par la direction territoriale de l'OFII que l'épouse du requérant dispose de ressources annuelles, sur la période de référence, d'un montant de 1 644, 53 euros, soit 137, 04 euros mensuels au titre également d'une pension de retraite. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que les ressources du demandeur sont insuffisantes au regard des exigences de l'article R. 411-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce que le requérant ne conteste d'ailleurs pas sérieusement.
6. Si le requérant soutient que le préfet aurait dû prendre en compte, d'une part, l'aide financière de sa famille, il ne justifie ni l'existence de l'aide financière qui lui serait apportée par sa famille ni, en tout état de cause, de son caractère durable. Par ailleurs, s'il fait état des revenus issus de la location d'une bien immobilier situé au 32 rue Casimir Périer à Roubaix, dont il est propriétaire, il ressort des pièces du dossier que ce bien n'est loué que depuis le 20 juillet 2020, pour un montant de 600 euros mensuels et que le premier règlement, au vu des quittances de loyer, date du 10 août 2020, ce qui est postérieur à la période de référence et de quelques jours antérieur seulement à la décision contestée. C'est par suite à juste titre que le préfet du Nord a opposé l'insuffisance des ressources au requérant.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient au préfet de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'une décision refusant le bénéfice du regroupement familial ne porte pas une atteinte excessive aux droits des intéressés au respect de leur vie privée et familiale.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. F C, né le 1er janvier 1946 au Maroc, de nationalité marocaine, est installé en France depuis 1990 selon les indications figurant dans sa requête. Retraité, il est par ailleurs titulaire d'une carte de résident de dix ans en cours de validité. Il s'est marié le 17 août 2004 avec une ressortissante marocaine résidant au Maroc. De leur union sont nés, au Maroc, trois enfants, de nationalité marocaine, à savoir Mohamed C, né le 31 juillet 2005 au Maroc, Younes C, né le 4 février 2007 au Maroc et Fatima C, née le 30 décembre 2009 au Maroc et la demande de regroupement familial ne concerne que les deux garçons. Au vu des pièces du dossier, Mohamed et Younes ont toujours vécu au Maroc auprès de leur mère et avec leur soeur. L'intensité des liens entre ces deux garçons et leur père n'est pas établie par les seules pièces produites et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait jamais vécu auprès d'eux. Par suite la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant de mener une vie privée et familiale normale et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont ainsi pas été méconnues.
9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, la décision contestée n'a, en tout état de cause, pas méconnu les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions qu'il présente au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023
Le président-rapporteur,
Signé
X. AL'assesseur le plus ancien,
Signé
A.-L. MONTEILLa greffière,
Signé
A. DOUVRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026