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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007905

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007905

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP SAVOYE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2020, la société Ax2lan, représentée par Me Forgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception n° 127/2020, d'un montant de 90 000 euros, émis à son encontre le 28 avril 2020 par la commune de Laventie ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Laventie une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire contesté ne comporte pas la signature de son auteur, en méconnaissance des dispositions des articles L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, et aucun bordereau comprenant cette signature n'a été porté à sa connaissance ;

- il ne comporte aucune information sur les bases de liquidation et ne fait référence à aucun document joint au titre litigieux ou qui lui aurait été précédemment adressé ;

- la commune de Laventie ne pouvait pas émettre le titre exécutoire contesté mais devait saisir le juge du contrat ;

- la créance dont le recouvrement est recherché n'est pas fondée ; aucune faute justifiant le préjudice invoqué par la commune de Laventie ne peut lui être reprochée.

Une mise en demeure a été adressée le 27 octobre 2021 à la commune de Laventie, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 11 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Christian, rapporteur public,

- les observations de Me Zkirim, représentant la société Ax2lan.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Laventie a conclu avec la société Ax2lan, le 10 septembre 2018, un contrat de services informatiques pour la période du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019. Le 26 juillet 2019, la commune a informé son cocontractant de l'impossibilité d'accéder à ses serveurs et, par un courrier du 30 juillet suivant, l'a mis en demeure de procéder aux réparations requises. Suite à l'intervention de la société Ax2lan, et par un courrier du 10 octobre 2019, la commune de Laventie a demandé à son cocontractant de lui verser, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, la somme de 90 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait, d'une part, de manquements à son devoir général d'information, en particulier sur les mesures qui auraient dû être adoptées pour la sauvegarde de ses données informatiques, d'autre part, à son obligation de maintenance " curative ". Par un courrier du 26 novembre 2019, la société Ax2lan a refusé de faire droit à cette demande. Le 28 avril 2020, la commune de Laventie a émis à l'encontre de la société Ax2lan un titre exécutoire pour le recouvrement de la somme de 90 000 euros. Par la présente requête, la société précitée demande au tribunal d'annuler ce titre de perception et de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, la commune de Laventie n'a produit aucun mémoire en défense dans le délai de trente jours qui lui a été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction à la société requérante. En outre, l'acquiescement aux faits est en lui-même sans conséquence sur la qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont le requérant revendique l'application.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () / En application de l'article L.111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. / () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel adressé au redevable doit mentionner les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

5. S'il résulte de l'instruction que le titre de recettes en litige mentionne les prénom, nom et qualité de son auteur, il ne comporte en revanche pas sa signature. A défaut, pour la commune de Laventie, de produire le bordereau de titre de recettes devant comporter la signature de l'émetteur du titre attaqué, la société Ax2lan est fondée à soutenir que celui-ci est entaché d'un vice de forme.

6. En deuxième lieu, l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique dispose que : " toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de liquidation () ". Ainsi, l'ordonnateur doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

7. Le titre exécutoire en litige comporte la mention " objet de la créance : dédommagement préjudice informatique été 2019 ", sans davantage de précisions sur le fondement de l'action indemnitaire, sur l'éventuelle faute reprochée à la société requérante et sur la nature des préjudices en cause. L'acte en litige ne précise donc pas les bases et les éléments de calculs sur lesquels s'est fondée la commune de Laventie pour réclamer la créance de 90 000 euros en litige. En outre, ce titre exécutoire n'était accompagné d'aucun document permettant de préciser ces modalités de calcul et ne faisait référence à aucune pièce explicative. Dans ces conditions, la société Ax2lan est fondée à soutenir que l'acte exécutoire contesté est insuffisamment motivé au sens des dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Laventie a été confrontée, le 26 juillet 2019, à l'impossibilité d'accéder à ses serveurs et en a informé la société Ax2lan qui, suite au diagnostic du problème, a estimé qu'une restauration des serveurs par l'utilisation des sauvegardes existantes était nécessaire. La société requérante explique avoir alors constaté la réinitialisation des trois sauvegardes, ou NAS, de la commune mais avoir néanmoins réussi, après plusieurs jours de travail de ses services, à restituer ses données à la collectivité. S'il ressort du courrier précité du 10 octobre 2019 que la commune de Laventie estime que l'explication de son cocontractant sur l'origine de la réinitialisation de ses trois sauvegardes, à savoir la réalisation d'un acte de malveillance, est fantaisiste, que la société Ax2lan a manqué à son devoir général d'information en ne la conseillant pas mieux sur " les mesures nécessaires en vue de la sauvegarde de ses données informatiques " et que, suite à l'incident du 26 juillet 2019, la société Ax2lan a manqué à son obligation de maintenance " curative " en échouant à lui restituer des données exploitables, la collectivité défenderesse, qui n'a pas produit à l'instance, n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir, d'une part, l'existence d'une faute commise par la société requérante dans l'exécution de ses prestations contractuelles, d'autre part, la réalité des préjudices, financier et moral, invoqués dans son courrier du 10 octobre 2019, de sorte que le bien-fondé de la créance que le titre exécutoire en litige tend à recouvrer n'est pas démontré.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner le dernier moyen de la requête, le titre exécutoire en litige doit être annulé.

Sur les conclusions à fin de décharge :

10. Il résulte de ce qui précède que la société Ax2lan doit être déchargée de l'obligation de payer la somme de 90 000 euros pour le recouvrement de laquelle le titre exécutoire contesté a été émis.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Laventie une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Ax2lan et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception n° 127/2020, d'un montant de 90 000 euros, émis le 28 avril 2020 à l'encontre de la société Ax2lan par la commune de Laventie est annulé.

Article 2 : La société Ax2lan est déchargée de l'obligation de payer la somme de 90 000 euros mise à sa charge par le titre de perception annulé à l'article 1er.

Article 3 : La commune de Laventie versera à la société Ax2lan une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Ax2lan et à la commune de Laventie.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marjanovic, président,

M. Larue, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. A

Le président,

Signé

V. MARJANOVIC

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2007905

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