mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2020, M. D C, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 20 juillet 2020 par laquelle le directeur de la direction territoriale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) à Lille lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la date de la décision litigieuse, à savoir le 20 juillet 2020, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date et de lui fournir un hébergement adapté à ses besoins ; à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à son bénéfice de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance des dispositions de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a informé l'OFII de son état de santé par la remise du formulaire médical confidentiel dédié mais qu'aucun avis n'a été émis par un médecin de l'OFII ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ainsi que des articles L. 744-8, L. 744-9 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 alors qu'il conteste ne pas s'être présenté aux autorités ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa particulière vulnérabilité, résultant de son état de précarité en France et de ses problèmes de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C par une ordonnance du 4 mai 2023 de la présidente de la cour administrative d'appel de Douai.
La clôture de l'instruction a été fixée au 11 mai 2023 par une ordonnance du 24 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, né le 9 mai 1996 en Guinée, de nationalité guinéenne, a déposé une demande d'asile en préfecture du Nord le 18 octobre 2018 et, le même jour, a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, bénéficiant ainsi des conditions matérielles d'accueil. Après avoir fait l'objet, le 15 janvier 2019, d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, assorti d'une mesure d'assignation à résidence d'une durée de 45 jours, il ne s'est présenté ni le 6 août à 2019 à la convocation qui lui avait été remise en main propre le 17 juillet 2019 pour la remise de la feuille de route précisant ses modalités de transfert, ni le 7 août à l'embarquement de son vol de transfert. Il a été déclaré en fuite par la préfecture du Nord le 9 août 2019, et a perdu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision de l'OFII du 13 septembre 2019. Il a présenté, le 27 mai 2020, une nouvelle demande d'asile à la préfecture du Nord qui a été enregistrée en procédure accélérée et a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le même jour. Par une décision du 20 juillet 2020, dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du président de la cour administrative d'appel de Douai du 4 mai 2023, M. C s'est vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour la présente instance. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenue sans objet.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. A B, directeur territorial de l'OFII à Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er août 2019, publiée sur le site internet de l'OFII et au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée cite les textes dont elle fait application, indique qu'elle est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités afin de recevoir la feuille de route précisant ses modalités de transfert, qu'il a été déclaré en fuite par la préfecture le 9 août 2019, que les motifs qu'il a évoqués pour justifier cette absence n'expliquent pas les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté ses obligations et précise enfin que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, et alors que l'autorité administrative n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. C, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 744-14, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, à l'occasion de sa demande de rétablissement des conditions matérielles, M. C n'a pas signalé aux services de l'OFII souffrir de problèmes de santé particuliers et n'a pas non plus produit de document à caractère médical. S'il produit un certificat médical dans le cadre de la présente instance faisant état des problèmes de santé qu'il rencontre, celui-ci a été établi le 10 août 2020, soit postérieurement à la décision attaquée, et, en tout état de cause, il n'est pas démontré que ce certificat ait été transmis aux services de l'OFII. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure.
7. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 il ne soutient ni même n'allègue que la décision en litige aurait été prise sur le fondement de dispositions législatives ou réglementaires incompatibles avec ces dispositions ou que cette directive n'aurait, à cet égard, pas été transposée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement invoqué.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-8, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / () ". Aux termes de l'article L. 744-9 de la même version de ce code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () " Par ailleurs, aux termes de l'article D. 744-35, dans sa rédaction alors applicable, du même code : " Le versement de l'allocation peut être suspendu lorsqu'un bénéficiaire : / () 2° Sans motif légitime, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'information ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () L'interruption du versement de l'allocation prend effet à compter de la date de la décision de suspension ".
9. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des documents produits en défense et non sérieusement contestés, qu'il a été remis au requérant en main propre le 17 juillet 2019 une convocation à se présenter aux autorités en charge de l'asile le 6 août 2019, en vue de son transfert en Espagne, pays compétent pour le traitement de sa demande d'asile, mais qu'il ne s'est pas présenté, rendant ainsi impossible son transfert prévu le lendemain et entraînant sa déclaration " en fuite " de la part du préfet du Nord le 9 août 2019. Par suite, et alors que l'intéressé ne fait état d'aucun motif légitime pour cette absence, c'est à juste titre que le directeur territorial a retenu, pour fonder la décision de suspension, que M. C n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités.
10. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, à l'occasion de l'entretien d'évaluation en date du 20 juillet 2020, n'a signalé aucun problème de santé, n'a pas sollicité d'avis Medzo et déclarait être hébergé par le 115 à Tourcoing. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que, à la date de la décision contestée, il était père d'un enfant nouveau-né, la réalité des liens entre le père et l'enfant n'est pas établi par les pièces du dossier, pas plus qu'il en ait la charge. Au vu des pièces du dossier, M. C ne saurait être regardé comme présentant une vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent. Les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont ainsi pas été méconnues.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi à M. C de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL Le président,
Signé
X. FABRE
La greffière,
Signé
A. DOUVRY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026