mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007976 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 novembre 2020 et 3 décembre 2020, Mme E C, représentée par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 30 juin 2020 par laquelle le directeur de la direction territoriale de l'OFII à Lille lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la date de sa décision, à savoir le 30 juin 2020, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date et de lui fournir un hébergement adapté à ses besoins ; à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à la requérante de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il n'est pas établi que l'OFII l'a informée, dans une langue qu'elle comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'elle la comprend, que le fait de ne pas respecter les exigences des autorités chargées de l'asile entraîne, de plein droit, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, par conséquent, le refus de leur rétablissement ;
- il n'est pas établi qu'elle ne s'est pas présentée aux autorités de sorte que le motif, retenu par l'OFII, selon lequel elle aurait été déclarée en fuite le 18 décembre 2019 par la préfecture du Nord ne peut légalement fonder la décision en litige ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa particulière vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2020, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme C par une décision du 4 mars 2021 du président de la cour administrative d'appel de Douai.
La clôture de l'instruction a été fixée au 14 novembre 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 13 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, née le 25 février 1992 à Conakry (Guinée), de nationalité guinéenne, a déposé une demande d'asile en préfecture du Nord le 21 février 2019 et, le même jour, a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, bénéficiant ainsi des conditions matérielles d'accueil. Après avoir fait l'objet, le 26 avril 2019, d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, Mme C a été déclarée en fuite par l'OFII le 18 décembre 2019. Par une décision du 13 février 2020, l'OFII lui a suspendu le versement de ses conditions matérielles d'accueil. Elle a présenté, le 14 mai 2020, une nouvelle demande d'asile à la préfecture du Nord et a sollicité, le 26 mai 2020, le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 30 juin 2020, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 4 mars 2021 du président de la cour administrative d'appel de Douai, Mme C s'est vue accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour la présente instance. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenue sans objet.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. A B, directeur territorial de l'OFII à Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er août 2019, publiée sur le site internet de l'OFII et au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors de son enregistrement au guichet unique des demandeurs d'asile, le 21 février 2019, Mme C a certifié avoir été informée, dans une langue qu'elle comprend, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision contestée, qui est motivée, que le directeur de l'OFII de Lille a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante avant de prendre la décision en litige.
6. En quatrième lieu, la décision contestée a été prise au motif, notamment, que l'intéressée avait été déclarée en fuite le 18 décembre 2019 par la préfecture du Nord pour " absence convocation routing ". La requérante ne conteste pas sérieusement le bien-fondé de ce motif alors que l'OFII fait valoir en défense que Mme C n'a repris contact avec les autorités qu'à l'expiration du délai de transfert vers l'Espagne. Le moyen tiré de ce que c'est à tort que le directeur territorial de l'OFII à Lille a considéré que le motif de fait retenu par la décision contestée n'était pas fondé ne peut, par suite, qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article. L 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines."
8. Il résulte de l'article L. 744-7 précité que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par OFII après l'enregistrement de la demande d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme C a été déclarée en fuite le 18 décembre 2019 par la préfecture du Nord pour " absence convocation routing " et l'intéressée ne justifie d'aucun motif valable à cette absence. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier, d'une part, que la requérante a sollicité en mai 2020 une réévaluation par l'OFII de sa situation de vulnérabilité au regard des troubles psychiques dont elle est atteinte. Elle a été reçue par le médecin coordinateur de la zone nord qui, dans un avis du 26 juin 2020, a considéré que l'état de santé de la requérante nécessitait un suivi spécialisé sans caractère d'urgence à l'hébergement. Les deux certificats qu'elle produit dans le cadre de cette présente instance en date des 10 et 17 août 2020, indiquant, d'une part, qu'elle est atteinte de troubles du sommeil, d'angoisse et d'anxiété rendant nécessaire son accompagnement médical et, d'autre part, qu'elle suit un traitement par anxiolytique, ne sont pas de nature à infléchir cet avis médical alors qu'ils ne contiennent pas d'éléments nouveaux par rapport à ce qui a été communiqué au médecin coordinateur. La requérante invoque, d'autre part, être atteinte de céphalées chroniques atypiques et d'ovaires polykystiques, en ne produisant cependant au dossier que des ordonnances pour des examens exploratoires qui ne sauraient prouver l'effectivité des pathologies. Enfin, si la requérante produit un compte rendu d'examen en date du 24 juillet 2020 attestant qu'elle souffre d'un déficit auditif, aucune pièce du dossier n'indique le niveau de gravité de ce déficit ainsi que les conséquences qu'il induit sur son état de santé. Les éléments médicaux portés au dossier sont ainsi insuffisants à démontrer l'état de particulière vulnérabilité de Mme C pas plus d'ailleurs que la circonstance que l'intéressée se trouve dans une situation de précarité matérielle et financière. Par voie de conséquence, les dispositions des articles L. 744-6 et L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi à Mme C de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à l'Office française de l'immigration et de l'intégration et à Me Clément.
D E C I D E :
Délibéré après l'audience du 21 février 2023 à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
Le président,
Signé
X. FABRELe rapporteur,
Signé
A.-L. D
La greffière,
Signé
A. DOUVRY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026