mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLEMENT D'ARMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2020, M. C D, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2020 par laquelle le directeur de la direction territoriale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) à Lille lui a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre l'OFII de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil à compter de la date de la décision litigieuse, à savoir le 8 juillet 2020, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date et de lui fournir un hébergement adapté à ses besoins ; à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à son bénéfice de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ainsi que des articles L. 744-8, L. 744-9 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction antérieure à la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 dès lors qu'il conteste ne pas s'être présenté aux autorités en vue de son transfert au Portugal ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa particulière vulnérabilité, résultant de son état de précarité en France et de ses problèmes de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2023, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. D par une décision du 1er mars 2020.
La clôture de l'instruction a été fixée au 11 mai 2023 par une ordonnance du 20 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, né le 1er janvier 1970 en République Démocratique du Congo, de nationalité congolaise, a déposé une demande d'asile en préfecture du Nord le 9 mai 2018 et, le même jour, a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII, bénéficiant ainsi des conditions matérielles d'accueil. Après avoir fait l'objet, le 8 juin 2018, d'un arrêté de transfert aux autorités portugaises, responsables de sa demande d'asile, assorti d'une mesure d'assignation à résidence d'une durée de 45 jours, il n'a pas répondu à sa convocation pour la remise de la feuille de route précisant ses modalités de transfert et ne s'est pas non plus présenté le 5 décembre 2018, date prévue pour son transfert. Il a été déclaré en fuite par la préfecture du Nord le 2 janvier 2019, et a perdu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision de l'OFII en date du 15 mars 2019. Il a déposé, le 19 mai 2020, une nouvelle demande d'asile à la préfecture du Nord qui a été enregistrée en procédure accélérée et a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil le même jour. Par une décision du 8 juillet 2020, dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 1er mars 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. D. Les conclusions tendant à ce que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. A B, directeur territorial de l'OFII à Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er août 2019, publiée sur le site internet de l'OFII et au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, par suite, être écarté.
4. En second lieu, la décision contestée cite les textes dont elle fait application, indique qu'elle est fondée sur la circonstance que l'intéressé a été déclaré en fuite par la préfecture, que les motifs qu'il a évoqués pour justifier cette absence ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté ses obligations, que l'avis Medzo rendu le 26 juin 2020 relevait à son égard la nécessité d'un suivi spécialisé sans caractère d'urgence à l'hébergement et précise enfin que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni de besoins particuliers en matière d'accueil. Ainsi, et alors que l'autorité administrative n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. D, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il ne soutient ni même n'allègue que la décision en litige aurait été prise sur le fondement de dispositions législatives ou réglementaires incompatibles avec ces dispositions ou que cette directive n'aurait, à cet égard, pas été transposée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement invoqué.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / () ". Aux termes de l'article L. 744-9 de la même version de ce code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () " Par ailleurs, aux termes de l'article D. 744-35, dans sa rédaction alors applicable, du même code : " Le versement de l'allocation peut être suspendu lorsqu'un bénéficiaire : / () 2° Sans motif légitime, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'information ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / () L'interruption du versement de l'allocation prend effet à compter de la date de la décision de suspension ".
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des documents produits en défense et non sérieusement contestés, que le requérant n'a pas répondu à la convocation qui lui était faite de se présenter aux autorités en charge de l'asile en vue de son transfert au Portugal, pays compétent pour le traitement de sa demande d'asile, rendant ainsi impossible son transfert prévu le 5 décembre 2018 et entraînant sa déclaration " en fuite " de la part du préfet du Nord le 2 janvier 2019. Par suite, et alors que l'intéressé ne fait état d'aucun motif légitime pour cette absence, c'est à juste titre que le directeur territorial a retenu, pour fonder la décision de suspension, que M. D n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6, dans sa rédaction alors applicable, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / () ".
9. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a subi plusieurs opérations chirurgicales en 2018, il n'est ni soutenu ni allégué, et ne ressort pas des pièces du dossier, que les problèmes de santé alors traités aient encore nécessité une prise en charge au moment de la décision contestée. Par ailleurs, si le requérant fait également valoir qu'il souffre de troubles psychologiques au titre desquels il est suivi par les équipes de l'Etablissement Public de Santé Mentale (EPSM) de Lille et du Centre Médico-Psychologique d'Haubourdin, il ressort toutefois de l'avis médical établi par le médecin de l'OFII le 26 juin 2020 que l'intéressé nécessite un suivi spécialisé mais sans caractère d'urgence à l'hébergement. Ainsi, et au vu des seules pièces versées du dossier, M. D ne saurait être regardé comme présentant une vulnérabilité particulière au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent. Les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont ainsi pas été méconnues.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'octroi à M. D de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL Le président,
Signé
X. FABRE
La greffière,
Signé
A. DOUVRY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026