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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008103

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008103

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP CAPELLE-HABOURDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 novembre 2020, 1er juillet, 5 et 21 septembre 2023, M. C D, représenté par Me Gauthier Lacherie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2020 par laquelle le directeur général de l'établissement public départemental de l'enfance et de la famille (B) lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de vingt-quatre mois dont six mois avec sursis ;

2°) d'enjoindre à B de le réintégrer et de reconstituer sa carrière dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière ; il n'est pas établi qu'il ait été convoqué par le président du conseil de discipline quinze jours au moins avant la date de réunion de ce conseil, conformément aux dispositions de l'article 2 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ; son conseil n'a pas été convoqué à cette réunion, en méconnaissance des droits de la défense ; il n'a pas été informé de son droit de présenter des observations écrites et de citer des témoins ; l'auteur du rapport du saisine du conseil de discipline a siégé au sein de ce conseil ; il n'est pas établi que le vote des membres du conseil de discipline se soit opéré à huit clos ; l'avis du conseil de discipline ne précise pas les dispositions de l'article 6 du décret précité ;

- la sanction en litige est disproportionnée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 janvier 2021 et 23 août 2023 et un mémoire non-communiqué enregistré le 5 octobre 2023, l'établissement public départemental de l'enfance et de la famille, représentée par Me Camille Briatte, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 21 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au 6 octobre 2023 à 14h00.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le décret n° 2003-655 du 18 juillet 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier,

- les conclusions de M. Christian, rapporteur public

- les observations de Me Gautier Lacherie, représentant M. D et les observations de Me Camille Briatte pour l'établissement public départemental de l'enfance et de la famille.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, assistant socio-éducatif de la fonction hospitalière, exerçant, au sein de l'établissement public départemental de l'enfance et de la famille (B) à Arras, les fonctions d'éducateur spécialisé auprès des personnes accueillies au sein du service " semi-autonomie " du pôle " hébergement et accompagnement familial " de l'établissement, a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 18 juin 2020. Par une décision du 7 septembre 2022, le directeur général de B lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions durant vingt-quatre mois dont six mois avec sursis. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D a été convoqué à la séance du conseil de discipline du 28 août 2020 par un courrier daté du 17 juillet 2020, dont il a accusé réception le 20 juillet suivant. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas disposé d'un délai suffisant pour préparer utilement sa défense entre la réception de la lettre de convocation devant le conseil de discipline et la réunion de ce conseil. En outre, ni les dispositions du décret du 7 novembre 1989 précitées ni aucun principe n'impose à l'administration d'adresser une convocation au défenseur du fonctionnaire poursuivi.

5. D'autre part, si le requérant soutient que les dispositions précitées de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 ont été méconnues dès lors que la lettre de convocation devant le conseil de discipline ne l'a pas informé de son droit à présenter des observations écrites et d'y faire citer des témoins, il ressort des pièces du dossier que M. D, qui n'établit ni même n'allègue avoir été empêché de faire citer un témoin en particulier du fait du défaut d'information invoqué, a pu présenter des observations orales devant les membres du conseil de discipline. Dans ces circonstances, même à supposer établi le vice de procédure en cause, celui-ci n'aurait, en tout état de cause, pas été de nature à exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou à priver le requérant d'une garantie.

6. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 doit être écarté, en toutes ses branches.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Lorsque le conseil de discipline examine l'affaire au fond, son président porte en début de séance à la connaissance des membres du conseil les conditions dans lesquelles le fonctionnaire poursuivi et, le cas échéant, son ou ses défenseurs ont exercé leur droit à recevoir communication intégrale du dossier individuel et du rapport mentionné à l'article 1er. / () / () Ils doivent être invités à présenter d'ultimes observations avant que le conseil ne commence à délibérer. ".

8. Il ressort des mentions portées au procès-verbal de la réunion du conseil de discipline, dont la véracité n'est pas contestée, que M. D a été interrogé, en début de séance, sur l'exercice de son droit à consulter son dossier et à se faire assister d'un défenseur de son choix. Il ressort du même document que M. D et son défendeur ont été invités à présenter de " dernières observations ". Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions citées au point précédent auraient été méconnues.

9. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, applicable au présent litige : " Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. ". Aux termes de l'article 3 du décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Lorsqu'elle n'est pas membre du conseil de discipline, l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire est convoquée dans les formes prévues à l'article 2. Elle dispose alors des mêmes droits que le fonctionnaire poursuivi. ". Aux termes de l'article 7 de ce décret : " Le conseil de discipline délibère en dehors de la présence de toute personne qui n'est pas membre du conseil, son secrétaire excepté ".

10. S'il ressort des pièces du dossier que M. E A, directeur général de B et auteur du rapport de saisine du conseil de discipline, a participé audit conseil de discipline en sa qualité d'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, cette circonstance n'est pas de nature à révéler une méconnaissance de l'obligation d'impartialité des membres de cet organe consultatif dès lors que l'intéressé n'a pas été présent au cours du délibéré. Le moyen soulevé à ce titre doit, dès lors, être écarté.

11. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le vote des membres du conseil de discipline lors du délibéré n'aurait pas été réalisé à huis clos, conformément aux dispositions citées au point 9. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au présent litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / () / Troisième groupe : / La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / La mise à la retraite d'office, la révocation. / () / L'exclusion temporaire de fonctions, qui est privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel. Celui-ci ne peut avoir pour effet, dans le cas de l'exclusion temporaire de fonctions du troisième groupe, de ramener la durée de cette exclusion à moins d'un mois. / () ".

13. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

14. Il est reproché à M. D d'avoir, de manière répétée, vendu des vêtements neufs de contrefaçon aux jeunes personnes accueillies par le service " semi-autonomie " au sein duquel il exerce les fonctions d'éducateur spécialisé, d'avoir adopté un comportement non adapté, voire irrespectueux, dans l'exercice de ses fonctions, en se moquant et en critiquant les usagers de la structure, en ne respectant pas leur intimité en entrant sans invitation dans leurs logements et en se servant dans leurs placards, d'avoir usé de pratiques éducatives excessives, notamment en salissant délibérément les logements afin de forcer leurs occupants à les nettoyer, d'avoir ponctuellement consommé de l'alcool sur son lieu de travail, durant ses heures de service, et d'avoir emporté à son domicile, à des fins personnelles, des denrées alimentaires destinés au service.

15. D'une part, les faits précités, dont la matérialité n'est pas contestée par le requérant, constituent autant d'agissements fautifs de nature à justifier l'infliction d'une sanction disciplinaire.

16. D'autre part, ces faits sont d'une gravité particulière et caractérisent un comportement incompatible avec les fonctions d'éducateur spécialisé, qui impliquent une exemplarité particulière et le développement d'un lien de confiance avec les usagers du service, qui constituent un public vulnérable. Les faits reprochés à M. D ont été de nature à rompre ce lien de confiance et à porter atteinte à l'image de B auprès des personnes qu'il accueille. La répétition des faits reprochés au requérant malgré les rappels à l'ordre, en particulier à l'occasion d'un entretien réalisé le 14 novembre 2019, constitue un facteur aggravant. Dans ces circonstances, M. D n'est pas fondé à soutenir que la sanction du troisième groupe qui lui a été infligée serait disproportionnée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en du 7 décembre 2020 par laquelle le directeur général de B lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de vingt-quatre mois dont six mois avec sursis.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par l'établissement public défendeur au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à l'établissement public départemental de l'enfance et de la famille.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. CAUSTIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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