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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008145

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008145

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL NEOS AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 novembre 2020, le 21 mars 2022 et le 4 avril 2022, la société Terres d'Opale, représentée par Me Dubrulle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Wissant a prononcé le retrait du permis de construire n° PC 062 899 19 000 14 qu'il lui avait délivré le 17 mars 2020 pour la construction d'un bâtiment comprenant six logements et une cellule commerciale, sur un terrain situé chemin du Moulin sur le territoire communal ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Wissant la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée ne peut s'analyser que comme un retrait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme en ce qu'elle est intervenue au-delà du délai de trois mois ;

- le motif tiré de l'incomplétude du dossier ne peut légalement fonder la décision de retrait en litige dès lors qu'il appartenait à la commune, dans le cadre de la phase d'instruction de sa demande, de solliciter la production des pièces qu'elle estimait manquantes ;

- les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions des articles UA6 et UA7 du règlement du plan d'occupation des sols ne sont pas fondés ;

- le projet ne porte atteinte ni à l'intérêt des lieux avoisinants ni à la sécurité publique, de sorte que la substitution de motifs sollicitée doit être écartée.

Par des mémoires en défense enregistrés le 22 février 2022, le 23 mars 2022 et le 5 avril 2022, la commune de Wissant, représentée par Me Deldique, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Terres d'Opale le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- elle sollicite une substitution de motifs au profit de deux nouveaux motifs tirés d'une méconnaissance des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Un mémoire en intervention, enregistré le 16 mai 2022, a été produit par le préfet du Pas-de-Calais.

La société Terres d'Opale a présenté le 30 mai 2022 et le 1er juin 2022 des mémoires qui n'ont pas été communiqués, sans préjudicier aux droits des parties.

Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dubrulle, représentant la société Terres d'Opale, et les observations de Me Deldique, représentant la commune de Wissant.

Considérant ce qui suit :

1. La société Terres d'Opale s'est vue délivrer par arrêté du 17 mars 2020 du maire de Wissant un permis de construire pour l'édification d'un bâtiment comprenant six logements et une cellule commerciale, sur un terrain situé chemin du Moulin, parcelles cadastrées AB 24 et AB 527, sur le territoire communal. Par un arrêté du 22 septembre 2020, le maire de Wissant a procédé au retrait du permis de construire accordé. Par la présente requête, la société Terres d'Opale demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'intervention du préfet du Pas-de-Calais :

2. L'arrêté attaqué ayant été pris après que le préfet du Pas-de-Calais a saisi le maire de Wissant d'un recours gracieux introduit dans le cadre du contrôle de légalité, visant au retrait de l'arrêté du 17 mars 2020 ayant accordé le permis de construire en litige à la société Terres d'Opale, le préfet du Pas-de-Calais a intérêt à s'associer aux conclusions de la commune tendant au rejet de la requête présentée par la société Terres d'Opale. Son intervention au soutien des conclusions de la commune de Wissant est ainsi recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire (), tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ". L'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire que s'il est illégal et si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle cette autorisation a été accordée.

4. D'autre part, aux termes de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " () les délais d'instruction des demandes d'autorisation et de certificats d'urbanisme et des déclarations préalables prévus par le livre IV du code de l'urbanisme, y compris les délais impartis à l'administration pour vérifier le caractère complet d'un dossier ou pour solliciter des pièces complémentaires dans le cadre de l'instruction, ainsi que les procédures de récolement prévues à l'article L. 462-2 du même code, qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période comprise entre le 12 mars 2020 et le 23 mai 2020 est reporté à l'achèvement de celle-ci. / Les mêmes règles s'appliquent () au délai dans lequel une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou une autorisation d'urbanisme tacite ou explicite peut être retirée, en application de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme () ".

5. En application des dispositions précitées, le délai dont disposait le maire de Wissant pour retirer le permis de construire délivré le 17 mars 2020 à la société Terres d'Opale a commencé à courir le 24 mai 2020 et expirait donc le 24 août 2020, sans que l'introduction par le préfet, le 23 juillet 2020, d'un recours gracieux ait pu avoir pour effet de proroger les délais ainsi fixés par le législateur. Est tout autant sans incidence sur l'expiration du délai la circonstance que le permis de construire délivré aurait été entaché d'illégalité. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu en défense, la décision attaquée ne peut s'analyser comme procédant à l'abrogation et non au retrait du permis de construire antérieurement accordé dès lors, d'une part, que sa dénomination est sans ambiguïté et, d'autre part, que les dispositions particulières du code de l'urbanisme, qui s'appliquent à l'exclusion des dispositions générales du code des relations entre le public et l'administration, ne prévoient que trois hypothèses de disparition d'un permis, qui sont la caducité, le retrait et l'annulation. Dès lors, la société Terres d'Opale est fondée à soutenir qu'en retirant, par l'arrêté du 22 septembre 2020, le permis de construire antérieurement délivré, le maire de Wissant a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ".

7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune ait invité, dans un délai d'un mois à compter de la réception du dossier de permis de construire, la société pétitionnaire à compléter son dossier en précisant la surface totale de l'unité foncière. Dès lors, le maire de Wissant ne pouvait légalement fonder la décision de retrait sur le motif tiré de ce que l'absence d'indication de la surface totale de l'unité foncière ne permettait pas de vérifier que le projet respectait les dispositions de l'article UA14 du plan d'occupation des sols relatif aux possibilités maximales d'occupation du sol.

8. Si la commune de Wissant fait valoir qu'elle aurait pu légalement fonder la décision attaquée sur d'autres motifs que ceux énoncés dans la décision attaquée, tirés de la méconnaissance des dispositions des articles UA6 et UA7 du règlement du plan d'occupation des sols, et de la méconnaissance des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la décision de retrait attaquée ne pouvait légalement être prise postérieurement au 24 août 2020, pour quelque motif que ce soit. Il n'y a, dès lors, pas lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par la commune.

9. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ". Aucun des autres moyens soulevés par la société requérante n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la société Terres d'Opale, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Wissant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Wissant la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Terres d'Opale et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du préfet du Pas-de-Calais est admise.

Article 2 : L'arrêté du 22 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Wissant a prononcé le retrait du permis de construire n° PC 062 899 19 000 14 délivré le 17 mars 2020 à la société Terres d'Opale est annulé.

Article 3 : La commune de Wissant versera à la société Terres d'Opale la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Wissant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Terres d'Opale, à la commune de Wissant et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Leguin, présidente,

- M. Borget, premier conseiller,

- Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

J. BORGET

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN La greffière,

signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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