vendredi 3 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MOREAU-NASSAR-HAN-KWAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 novembre 2020, l'association One Voice, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 5 novembre 2020 fixant les conditions de mise en œuvre des chasses de régulation de certaines espèces en période de confinement sanitaire covid 19 dans le département du Pas-de-Calais ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en application des dispositions des articles L. 123-19-1 et suivants du code de l'environnement, la consultation du public est obligatoire préalablement à l'autorisation de la chasse ou de la destruction d'espèces non domestiques ;
- le préfet n'a pas compétence pour assouplir les mesures sanitaires édictées à l'article 3 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020, ce qu'il fait pourtant en n'encadrant pas le nombre de participants aux chasses collectives ;
- chasse et destruction obéissent à des régimes juridiques différents et le préfet ne s'est pas fondé sur l'article L. 427-6 du code de l'environnement alors que seul ce cadre juridique était pertinent ;
- il a entaché sa décision d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle vise uniquement à permettre aux chasseurs de s'adonner librement à leur loisir sans qu'aucune limitation soit apportée en terme d'identification et de qualification des personnes autorisées à chasser, en terme de nombre de personnes autorisées à chasser en même temps, en terme de traitement et de devenir des animaux abattus, en terme de territoires concernés, d'armes et munitions pouvant être utilisées, de consignes de tir et de mesures de sécurité à respecter ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est pas justifié de la nécessité qu'il y aurait à autoriser l'abattage des espèces en cause, notamment le chevreuil, le daim et le cerf sika au regard de l'objectif de prévention des dégâts faits aux cultures, qu'il n'est fixé aucun objectif chiffré que ce soit en nombre d'animaux à abattre ou en pourcentage de réalisation des plans de chasse et que les études existantes démontrent que les dégâts infligés aux cultures par les cervidés sont très faibles dans le département du Pas-de-Calais ;
- au vu de l'urgence sanitaire, il n'apparait pas que la prévention des dégâts agricoles et forestiers justifie une telle dérogation ;
- si l'arrêté prévoit en son article 7 des sanctions en cas de non-respect des prescriptions imposées, il ne renvoie toutefois à aucune disposition du code pénal, de sorte que cela revient à priver de sanction effective tout acte de chasse qui ne respecterait pas les règles édictées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir de l'association requérante et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2022 par une ordonnance du 25 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Borget ;
- et les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté 5 novembre 2020, le préfet du Pas-de-Calais a organisé une dérogation aux conditions de confinement mises en place dans le cadre de l'épidémie de covid 19 en autorisant, au nom de l'intérêt général, le déplacement de chasseurs en vue de pratiquer une régulation de certaines espèces de gibiers dans le département du Pas-de-Calais. Par la présente requête, l'association One Voice demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " I.- Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. () Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que les décisions administratives qui ont une incidence sur l'environnement doivent être précédées d'une consultation du public. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 28 juillet 2020, le préfet du Pas-de-Calais a fixé les modalités de la campagne de chasse 2020 / 2021 dans ce département. L'arrêté attaqué, qui n'a ni pour objet ou ni pour effet d'étendre les possibilités de chasse en ce qu'il se borne à organiser les conditions de dérogation à l'interdiction de déplacement dans le cadre de l'épidémie de covid 19 pour cette activité, ne peut être regardé comme ayant un effet significatif sur l'environnement au sens des dispositions précitées de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais n'était pas tenu d'organiser une procédure de participation du public avant de prendre l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'absence de mise en œuvre d'une procédure de participation du public doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales pour faire face à l'épidémie de covid 19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire " I. - Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. / II. - Les organisateurs des manifestations sur la voie publique mentionnées à l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure adressent au préfet de département sur le territoire duquel la manifestation doit avoir lieu, sans préjudice des autres formalités applicables, une déclaration contenant les mentions prévues à l'article L. 211-2 du même code, en y précisant, en outre, les mesures qu'ils mettent en œuvre afin de garantir le respect des dispositions de l'article 1er du présent décret. / Sans préjudice des dispositions de l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure, le préfet peut en prononcer l'interdiction si ces mesures ne sont pas de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. / III. - Les rassemblements, réunions ou activités sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public autres que ceux mentionnés au II mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sont interdits. () / IV. - Le préfet de département est habilité à interdire ou à restreindre, par des mesures réglementaires ou individuelles, tout rassemblement, réunion ou activité mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sur la voie publique ou dans des lieux ouverts au public relevant du III, lorsque les circonstances locales l'exigent () ". Toutefois, dans les collectivités de l'article 74 de la Constitution et en Nouvelle-Calédonie, sous réserve que le présent décret leur soit applicable en vertu des dispositions de l'article 55, le représentant de l'Etat est habilité à prendre des mesures d'interdiction proportionnées à l'importance du risque de contamination en fonction des circonstances locales, après avis de l'autorité compétente en matière sanitaire. D'autre part, aux termes de l'article 4 du même décret : " I. - Tout déplacement de personne hors de son lieu de résidence est interdit à l'exception des déplacements pour les motifs suivants en évitant tout regroupement de personnes : / () 8° Participation à des missions d'intérêt général sur demande de l'autorité administrative. / () III. - Le représentant de l'Etat dans le département est habilité à adopter des mesures plus restrictives en matière de trajets et déplacements des personnes lorsque les circonstances locales l'exigent () ".
5. L'arrêté attaqué, n'a ni pour objet ni pour effet d'autoriser les regroupements d'individus, mais vise à encadrer les déplacements autorisés dans le cadre des dispositions précitées du 8° du I de l'article 4 du décret du 29 octobre 2020, conformément au III du même article. Par suite le moyen selon lequel le préfet n'avait pas compétence pour assouplir les conditions de regroupement visées à l'article 3 du décret du 29 octobre 2020 doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent au maintien, à la restauration et à la gestion équilibrée des écosystèmes en vue de la préservation de la biodiversité. Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural ".
7. Il résulte de ces dispositions que la pratique de la chasse participe à la gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats et présente à ce titre, indépendamment des opérations de destruction prévues par l'article L. 427-6 du même code, le caractère d'une mission d'intérêt général pouvant justifier une dérogation à l'interdiction de déplacement des personnes hors de leur lieu de résidence. Par suite, le moyen tiré de ce que les chasses de régulation ne pourraient légalement relever d'un motif d'intérêt général au sens du 8° du I de l'article 4 du décret du 29 octobre 2020 doit être écarté.
8. En quatrième lieu, dès lors qu'ainsi qu'il vient d'être dit, la pratique de la chasse présente le caractère d'une mission d'intérêt général, la seule circonstance que le préfet a autorisé, à titre dérogatoire aux mesures de restriction de déplacement prévues dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de covid 19, la chasse de certaines espèces de gibier pour permettre la régulation des populations, n'est pas par elle-même de nature à établir qu'il aurait entaché sa décision d'un détournement de pouvoir.
9. En cinquième lieu, l'association requérante ne peut utilement soutenir que le préfet a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne serait pas justifié de la nécessité d'autoriser l'abattage des espèces concernées au regard des dégâts faits aux cultures. En effet, ainsi qu'il a été dit, la décision litigieuse a pour seul objet d'organiser, durant la période de confinement, l'activité de chasse de régulation pratiquée dans le cadre de l'arrêté préfectoral du 28 juillet 2020 modifié d'ouverture et de fermeture générale de la chasse dans le Pas-de-Calais pour la campagne 2020-2021 et non d'organiser des opérations de destruction sur le fondement de l'article L. 427-6 du code de l'environnement.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 610-5 du code pénal dans sa version applicable : " La violation des interdictions ou le manquement aux obligations édictées par les décrets et arrêtés de police sont punis de l'amende prévue pour les contraventions de la 1ère classe ".
11. La circonstance que l'article 7 de l'arrêté en litige ne prévoit pas de sanction précise en cas de manquements aux règles qu'il édicte n'est pas de nature à faire obstacle à l'application des dispositions précitées de l'article R. 610-5 du code pénal et, par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de légalité des délits et des peines ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, l'association One Voice n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2020 fixant les conditions de mise en œuvre des chasses de régulation de certaines espèces en période de confinement sanitaire covid 19 dans le département du Pas-de-Calais. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'association One Voice est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. BORGET
La présidente,
Signé
A-M. LEGUIN La greffière,
Signé
S. SING
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026