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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008164

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008164

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2020, M. A C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 21 septembre 2020 par lesquelles le préfet du Nord a refusé d'abroger les arrêtés préfectoraux des 2 juin 2015 et 1er mars 2018 et lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité habilitée ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant refus d'abrogation méconnait les dispositions de l'article L. 243-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions contestées ont été prises en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles méconnaissent les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2020, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'inexistence de la décision portant refus de délivrance à M. C d'un titre de séjour.

Par un mémoire, enregistré le 9 mars 2023, M. C déclare se désister de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 septembre 2020 portant refus lui délivrer un titre de séjour et maintenir le surplus de ses conclusions.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant angolais né le 12 décembre 1976 à Cabinda (Angola), déclare être entré en France le 5 juillet 2012. Par un arrêté du 2 juin 2015, le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un certificat de résident en qualité de réfugié, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 1er mars 2018, ce même préfet a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par un courrier en date 24 juillet 2020, reçu le 29 juillet suivant, M. C a demandé au préfet du Nord d'abroger ces précédents arrêtés. Par une décision du 21 septembre 2020, cette demande a été rejetée. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision du même jour lui refusant la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En réponse au moyen d'ordre public communiqué par le présent tribunal par courrier du 6 mars 2023, M. C a produit un mémoire, enregistré le 9 mars suivant, par lequel il déclare se désister de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord du 21 septembre 2020 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'abrogation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 2 janvier 2020, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 01 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme Amélie Boucart, secrétaire administrative de classe normale, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " correspondances et messages électroniques, à caractère décisoire ou non, adressés aux avocats () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. C. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, en vertu de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / () "

7. Si M. C invoque la méconnaissance de l'article L. 114-5 précité du code des relations entre le public et l'administration, le préfet n'a pas opposé à l'intéressé, à qui il appartenait de produire à l'appui de sa demande tout élément qu'il estimait devoir être connu de l'administration dans le cadre de l'examen de sa situation, le caractère incomplet de sa demande, mais s'est fondé sur la circonstance, appréciée à partir des éléments transmis par M. C, qu'il ne remplissait pas les conditions de fond permettant de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ". Il appartient à tout intéressé de demander à l'autorité compétente de procéder à l'abrogation d'une décision non réglementaire illégale qui n'a pas créé de droits, si cette décision est devenue illégale à la suite de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction.

9. S'il ressort des pièces du dossier que, postérieurement aux décisions dont l'intéressé demande l'abrogation, Mme E, mère de ses trois premiers enfants, a donné naissance à un quatrième enfant né le 20 mars 2020, il n'établit pas, par la seule production d'une attestation peu circonstanciée de celle-ci et de deux attestations de médecins des 18 avril 2018 et 13 mars 2020 indiquant que son fils, D, était accompagné de son père lors d'une consultation médicale, qu'il serait en lien régulier avec ses enfants et qu'il contribuerait effectivement, de quelque manière que ce soit, à leur éducation et leur entretien. Ainsi cette nouvelle circonstance de fait n'a pas d'incidence sur la légalité des décisions objet de la demande d'abrogation. Par ailleurs, il ne ressort pas davantage des pièces produites que la vie commune avec la mère de ses enfants aurait reprise depuis l'édiction des arrêtés dont il est demandé l'abrogation, alors qu'ils ont notamment déclaré des adresses différentes sur le formulaire des personnes responsables à remettre à l'établissement scolaire de leur fils daté du mois de septembre 2020 et que l'intéressé produit une attestation d'élection de domicile également datée du mois de septembre 2020 à l'AIDA. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur de droit en refusant d'abroger ses précédents arrêtés.

10. En sixième lieu, si le requérant invoque un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision litigieuse n'a pas pour objet de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement, dont il n'a au demeurant pas sollicité la délivrance. Il suit de là que M. C ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de leur méconnaissance. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 9, de la circonstance que M. C ne se prévaut d'aucune autre attache sur le territoire français que ses deux enfants et leur mère, ressortissante angolaise également, non plus que d'aucune intégration sociale, de ce qu'il n'est pas isolé en Angola où résident a minima deux autres de ses enfants, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant d'abroger ses deux précédents arrêtés le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C doit être écarté.

14. En neuvième et dernier lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la même convention : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Eu égard aux motifs retenus au point 9, plus particulièrement à l'absence d'éléments de nature à établir l'existence d'un lien entre le requérant et ses enfants ou d'une contribution à leur éducation et leur entretien, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. C de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet du Nord du 21 septembre 2020 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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