lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008179 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP SARTORIO-LONQUEUE-SAGALOVITSCH & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 novembre 2020 et le 21 juin 2023, l'association Urgences Patrimoine, M. R AA, Mme O L,
Mme H AC, Mme S J, M. Y C, M. AF AB,
M. A M, Mme AE Q, M. N U, M. D X,
M. P AJ, M. et Mme I et V G, Mme AD E,
M. T AI, Mme S AG, M. AM,
M. B AK et M. W AL, représentés par Me Catry, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2020 par laquelle la ministre de la culture a refusé de procéder à la mise en instance de classement au titre des monuments historiques de la chapelle Saint-Joseph située 92 rue Solférino à Lille ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision du 20 octobre 2020 a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en tant que la ministre s'est fondée pour refuser la mise en instance de classement sur des considérations étrangères aux conditions fixées par les dispositions des articles L.621-1 et L.621-7 du code du patrimoine ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en tant que la ministre s'est prononcée sur le bien-fondé d'un classement au titre des monuments historiques et non pas sur celui d'une mise sous instance de classement ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des mêmes dispositions eu égard à l'intérêt attaché à la sauvegarde de la chapelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2021, la ministre de la culture, représentée par la SCP Lonqueue - Sagalovitsch - Eglie-Richters et associés, conclut au rejet de la requête et demande à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une intervention et un mémoire enregistrés le 15 février 2021 et le 29 juin 2023, la SCI Vauban Solferino, représentée par Me Balaÿ, demande au tribunal de rejeter la requête n°2008179 ou de juger qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de celle-ci.
Elle fait valoir que la chapelle en cause a été entièrement démolie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2009-1393 du 11 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chevaldonnet,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,
- et les observations de Me Catry, représentant l'association Urgences Patrimoine, M. AA, Mme L, Mme AC, Mme J, M. C, M. AB, M. M, Mme Q, M. U, M. X, M. AJ, M. et Mme et G, Mme E, M. AI, Mme AG, M. K, M. AK et M. AL, de Me Santangelo, représentant la ministre de la culture et de Me Roels, substituant Me Balaÿ et représentant la SCI Vauban-Solferino.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 20 octobre 2020, la ministre de la culture a refusé de procéder à la mise en instance de classement au titre des monuments historiques de la chapelle Saint-Joseph située 92 rue Solférino à Lille. Par la requête susvisée l'association Urgences Patrimoine, M. AA, Mme L, Mme AC, Mme J, M. C, M. AB, M. M, Mme Q, M. U, M. X, M. AJ, M. et Mme et G, Mme E, M. AI, Mme AG, M. K, M. AK et M. AL demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'intervention de la SCI Solférino:
2. En l'espèce, la SCI Vauban Solférino doit être regardée comme s'associant aux conclusions du défendeur tendant au maintien de la décision attaquée. Elle justifie d'un intérêt au maintien de cette décision. Dès lors, son intervention est recevable.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. La seule circonstance que la chapelle Saint-Joseph au titre de laquelle le refus contesté de mise en instance de classement au titre des monuments historiques a été édicté a, postérieurement à l'introduction de l'instance, été entièrement démolie n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions à fin d'annulation des requérants. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par la SCI Vauban-Solferino doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° () les directeurs d'administration centrale () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 11 novembre 2009 relatif aux missions et à l'organisation de l'administration centrale du ministère de la culture et de la communication " L'administration centrale du ministère de la culture comprend / ()
/ la direction générale des patrimoines et de l'architecture ; () ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret " La direction générale des patrimoines et de l'architecture définit, coordonne et évalue la politique de l'Etat en matière d'architecture, d'archives, de musées, de patrimoine archéologique, de monuments historiques et de sites patrimoniaux, et de parcs et jardins.
/ I. ' Elle est chargée de l'étude, de la protection, de la conservation, de la restauration, de la valorisation et de la transmission aux générations futures du patrimoine et () des monuments historiques (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée a été signée par M. Z F, nommé directeur général des patrimoines par un décret du 14 novembre 2018. A ce titre, l'intéressé bénéficiait d'une délégation afin de signer, au nom du ministre de la culture, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous l'autorité de ce ministre, et notamment des décisions relatives à la protection des monuments historiques.
Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté, l'absence de mention expresse quant à l'exercice par M. F d'une telle délégation étant par ailleurs sans incidence.
6. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.621-1 du code du patrimoine : " Les immeubles dont la conservation présente, au point de vue de l'histoire ou de l'art, un intérêt public sont classés comme monuments historiques en totalité ou en partie par les soins de l'autorité administrative. () ". Aux termes de l'article L.621-7 de ce code : " Lorsque la conservation d'un immeuble est menacée, l'autorité administrative peut notifier au propriétaire par décision prise sans formalité préalable une instance de classement au titre des monuments historiques. / A compter du jour où l'autorité administrative notifie au propriétaire une instance de classement au titre des monuments historiques, tous les effets du classement s'appliquent de plein droit à l'immeuble visé. Ils cessent de s'appliquer si la décision de classement n'intervient pas dans les douze mois de cette notification. ". L'article L625-25 du même code dispose que : " Les immeubles ou parties d'immeubles publics ou privés qui, sans justifier une demande de classement immédiat au titre des monuments historiques, présentent un intérêt d'histoire ou d'art suffisant pour en rendre désirable la préservation peuvent, à toute époque, être inscrits, par décision de l'autorité administrative, au titre des monuments historiques. () ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'un immeuble peut, sans formalité préalable, faire l'objet d'une mise en instance de classement, dès lors, d'une part, qu'une menace pèse sur sa conservation et, d'autre part, que celle-ci présente un intérêt public du point de vue de l'histoire ou de l'art. Eu égard à la faculté que représente une telle mise en instance et à la nécessaire marge d'appréciation dont l'autorité administrative dispose pour déterminer l'existence d'un intérêt, du point de vue de l'histoire ou de l'art, susceptible de conférer à l'immeuble en cause un intérêt public, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint à l'erreur manifeste d'appréciation sur l'existence de cet intérêt.
8. En l'espèce, pour refuser de procéder à la mise en instance de classement de la chapelle Saint-Joseph au titre des monuments historiques, la ministre de la culture s'est notamment fondée sur les effets et le caractère provisoire d'une telle décision ainsi que les perspectives existantes à l'issue de celle-ci, soit une éventuelle mesure d'inscription au titre des monuments historiques selon la ministre, qui ne permettrait pas selon la décision contestée d'empêcher sa démolition, cette même décision soulignant que la propriétaire de la chapelle bénéficie d'un permis de démolir sans avoir par ailleurs renoncé à son projet. De tels motifs relatifs à l'absence d'effet utile des procédures de mise en instance de classement et d'inscription au titre des monuments historiques ne sont pas au nombre de ceux qui peuvent légalement justifier une décision de refus de mise en instance de classement. Par suite, la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.
9. Toutefois, la ministre de la culture s'est également fondée sur un autre motif pour édicter la décision litigieuse tenant à l'absence d'intérêt de l'immeuble justifiant une mise sous instance de classement.
10. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté de la maire de Lille en date du 28 mai 2019, la SCI Vauban Solférino s'est vu délivrer un permis de démolir la chapelle Saint-Joseph dont elle est propriétaire afin de permettre à terme l'aménagement d'un campus universitaire. Suivant l'avis de l'architecte des bâtiments de France en date du 26 avril 2019, cette chapelle, conçue en 1886 par l'architecte Augustin-Henri Mourcou, constitue, un exemple de chapelle du XIXème siècle, la note du bureau d'étude Anthémion indiquant quant à elle que la chapelle " rassemble toutes les caractéristiques de la commande cultuelle du XIXème siècle ". Toutefois, l'édifice a depuis lors, ainsi que l'ensemble architectural composant initialement le collège des jésuites duquel elle relève, fait l'objet de profondes transformations résultant de l'évolution des usages de l'ensemble urbain, de la désacralisation de l'édifice survenue en 2002, et de désordres survenus compte tenu de l'absence d'utilisation de l'édifice, tel que cela ressort notamment de l'avis précité. Une telle évolution de l'aspect, de l'usage et de l'état de conservation de l'édifice font par ailleurs obstacle à ce qu'il soit considéré comme étant indissociable du Palais Rameau et comme formant un " ilot urbain " homogène avec
celui-ci. Ainsi contrairement à ce qui est soutenu, il n'apparaît pas que l'édifice en cause représenterait un témoin de la mémoire historique lilloise, ferait office de marqueur urbain, et incarnerait une fonction conservatoire des métiers d'art tout en présentant une originalité architecturale. Dans ces conditions et alors que les éléments mobiliers présents au sein de la chapelle dont la conservation présente un intérêt doivent faire l'objet de mesures de sauvegarde, la ministre de la culture n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que, eu égard à l'état de conservation de l'immeuble, à l'évolution de l'environnement dans lequel il s'insère et à l'absence de caractère exceptionnel de l'édifice, la chapelle Saint-Joseph ne présente pas un intérêt suffisant pour justifier de sa mise en instance de classement. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de l'instruction que la ministre de la culture aurait pris la même décision si elle s'était uniquement fondée sur le motif mentionné au point précédent.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2020 par laquelle la ministre de la culture a refusé de procéder à la mise en instance de classement de la chapelle Saint-Joseph.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la ministre de la culture présentées sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la SCI Vauban Solférino est admise.
Article 2 : La requête de l'association Urgences patrimoine, M. AA, Mme L, Mme AC, Mme J, M. C, M. AB, M. M, Mme Q, M. U, M. X, M. AJ, M. et Mme et G, Mme E, M. AI, Mme AG, M. K, M. AK et M. AL est rejetée.
Article 3 : Les conclusions de la ministre de la culture présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Urgences patrimoine, représentante unique des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la ministre de la culture et à la SCI Vauban Solférino.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Leclère, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
B. CHEVALDONNETL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
E. GRARD
Le président-rapporteur,
Signé
B. CHEVALDONNET
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
L. ALLART
Le président-rapporteur,
Signé
B. CHEVALDONNET
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
L. ALLARTLa greffière,
Signé
M. AH
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026