lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS ACTION CONSEILS |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2020, Mme D C, épouse B, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 septembre 2020 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Douai a refusé de reconnaître l'imputabilité au service d'une maladie constatée le 1er octobre 2018 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été
convoquée à la réunion de la commission de réforme le 30 juin 2020 en méconnaissance des articles 14 et 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tenant à inverser la charge de la preuve en matière de harcèlement moral ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé est en lien direct avec son activité professionnelle ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2022, le centre hospitalier de Douai, représenté par Me Freger, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 29 janvier 2022.
Un mémoire enregistré le 27 août 2022 a été présenté pour Mme B.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,
- les observations de Me Freger, représentant le centre hospitalier de Douai.
Une note en délibéré, non communiquée, présentée par le centre hospitalier de Douai, a été enregistrée le 6 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Infirmière en soins généraux hospitaliers titulaire du 1er grade depuis le 1er janvier 2015, affectée " pool de nuit " des infirmiers du centre hospitalier de Douai, Mme D C, épouse B, a demandé par un courrier du 3 décembre 2018 la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un " harcèlement au travail avec syndrome post-traumatique et de sa tentative d'autolyse du 30 septembre 2018 ". Par une décision du 17 septembre 2020, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Douai a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ces affections et a décidé que les arrêts de travail en lien avec elles seront pris au titre du congé de maladie ordinaire. Par une requête enregistrée le 16 novembre 2020, Mme D C, épouse B, demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
2. En premier lieu, aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins quinze jours avant la date de la réunion. () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis (). / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".
3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
4. Le centre hospitalier de Douai n'établit ni l'allègue que l'intéressée a été informée de ses droits préalablement à la séance de la commission de réforme hospitalière, en particulier de son droit à avoir accès à son dossier médical ainsi qu'à son dossier administratif. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme B ait été convoquée à la séance de la commission de réforme du 30 juin 2020, dont le procès-verbal ne mentionne par ailleurs pas qu'elle aurait été entendue. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision du 17 septembre 2020 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Douai a refusé de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome post-traumatique dont elle souffre a été prise au terme d'une procédure irrégulière. Ce vice de procédure, qui prive l'intéressée de la garantie du caractère contradictoire de la procédure devant la commission de réforme, entache la légalité de la décision attaquée, sans que le centre hospitalier de Douai puisse utilement se prévaloir de la circonstance, à la supposer établie, que cette irrégularité n'ait pas été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise.
5. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa version alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 42. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. "
6. Indépendamment de la caractérisation d'une situation de harcèlement moral, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
7. D'une part, il résulte de l'examen médical du 1er octobre 2018, faisant suite à la tentative d'autolyse de la requérante, que son geste est " en rapport avec une sensation de burn out ", qu'elle exprime un sentiment de persécution au travail. En outre, l'expertise médicale du 8 novembre 2019 réalisée en vue de la réunion de la commission de réforme constate " une tristesse pathologique avec un sentiment de colère mais également un sentiment de péjoration de son devenir lié à son sentiment d'invalidation professionnelle " et affirme en conclusion que la requérante " présente une décompensation psychique réactionnelle à une situation de difficultés dans son milieu de travail. Il s'agit pertinemment d'un syndrome post-traumatique avec inflexion dépressive qui en rapport exclusif et direct avec sa souffrance au travail ". Enfin dans son avis du 3 décembre 2019, la commission de réforme a estimé que la maladie de la requérante était imputable au service.
8. D'autre part, il ressort du dossier médical de la requérante, tenu par la médecine du travail que, dès le 27 novembre 2014, la requérante a témoigné auprès de la médecine du travail d'une part de son sentiment d'être mise sous pression par les appels de sa hiérarchie visant à lui faire assurer des remplacements non prévus à son planning mensuel et d'autre part, de sa peur de ne pas être titularisée si elle n'y répond pas. Le même jour, la médecine du travail a prévu de restreindre temporairement son emploi du temps à trois nuits de travail par semaine. Il ressort du même dossier que le 24 avril 2016, Mme B manifestait une asthénie, une angoisse à l'idée de reprendre le travail après un congé en raison notamment de difficultés relationnelles avec un cadre ainsi que des idées suicidaires. Il ressort en outre du même dossier que la médecine du travail a estimé le 28 juillet 2016, après avoir rapporté le souhait de la requérante d'obtenir un roulement fixe, qu'une nouvelle restriction d'emploi du temps d'une durée de six mois limitant l'emploi du temps de la requérante à trois nuits de travail par semaine accompagnée d'un rappel au respect du temps partiel était nécessaire. Cette restriction accompagnée du même rappel a été réitérée par la médecine du travail dans la fiche d'aptitude du 9 décembre 2017. Il résulte également des termes du procès-verbal de la réunion extraordinaire du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail du 11 janvier 2019 du centre hospitalier de Douai, dont l'ordre du jour portait sur la situation de la requérante et celle des infirmiers du pool de nuit, que ceux-ci craignent d'être appelés pendant leurs périodes de repos tandis que les cadres se plaignent de devoir effectuer ces appels durant leurs propres repos. Il ressort également de ce même procès-verbal que la requérante avait cumulé 348 heures supplémentaires en septembre 2018 et qu'au moins un personnel encadrant de Mme B a pu faire preuve d'un comportement inadapté, ce comportement ayant fait l'objet d'une alerte auprès de la direction de l'hôpital. Dans ces conditions, et dès lors que le centre hospitalier de Douai, qui se borne à remettre en cause l'objectivité des constatations des médecins psychologues et à faire état de difficultés relatives à la vie de famille et au projet de construction d'une maison de la requérante telles qu'évoquées par la requérante au cours de l'examen médical du 1er octobre 2018, ne conteste pas sérieusement qu'aucun fait personnel de Mme B ou toute autre circonstance particulière conduirait à détacher du service la survenance de la tentative d'autolyse et du syndrome post-traumatique dont souffre la requérante, cette pathologie, qui présente un lien suffisamment direct avec ses conditions de travail, doit être regardée comme imputable au service. Le moyen tiré de ce que la décision du 17 septembre 2020 est entachée d'une erreur d'appréciation doit, dès lors, être accueilli.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 septembre 2020.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Douai demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas non plus lieu, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B dès lors qu'elle n'en justifie pas.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 septembre 2020 du directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Douai refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de Mme B constatée le 1er octobre 2018 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Douai en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, épouse B et au centre hospitalier de Douai.
Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Grard, première conseillère,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le rapporteur,
J. ALa présidente,
J. FÉMÉNIALa greffière,
C. KUREK
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
No 2008239
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026