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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008272

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008272

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP TRUSSANT-DOMINGUEZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.- Par une requête enregistrée sous le n° 2008272, le 13 novembre 2020, Mme C B, représentée par Me Dominguez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2020 du président du centre communal d'action sociale de Vieux-Condé portant suspension de fonctions de Mme B à compter du 15 septembre 2020 pour une durée 4 mois ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vieux-Condé une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le principe général du droit de la défense a été méconnu en l'absence de communication à l'agent de son dossier et de convocation à un entretien préalable, et la procédure disciplinaire est ainsi viciée ;

- la décision a été prise en méconnaissance du décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;

- la décision méconnaît les lois n° 83-634 du 13 juillet 1983 et n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

-elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juin 2022 et 15 août 2022, le centre communal d'action sociale de la commune de Vieux-Condé, représenté par Me Ingelaere, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusion en annulation de la décision du 26 octobre 2021 sont irrecevables car nouvelles et sans lien suffisant avec l'instance ; il en est de même des conclusions tenant au rétablissement de l'indemnité de traitement versée à Mme B à compter du 1er novembre 2021 et des conclusions indemnitaires dirigées contre la commune de Vieux-Condé, lesquelles n'ont par ailleurs pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 octobre 2022.

Par une décision du 16 août 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle et fixé la contribution de l'Etat à 55 %.

II.- Par une requête enregistrée sous le n° 2110093, le 27 décembre 2021 et deux mémoires du 5 juillet 2022 et 29 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Dominguez, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le président du centre communal d'action sociale de Vieux-Condé a pris à son encontre la sanction de révocation ;

2°) de condamner la commune de Vieux-Condé à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts pour décision abusive ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vieux-Condé la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la présomption d'innocence doit lui être appliquée ;

- la motivation de l'arrêté de révocation est insuffisamment détaillée ;

- la sanction repose sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'elle a été relaxée en appel ;

- la sanction est manifestement disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 9 mai 2022, la commune de Vieux-Condé conclut en ce qu'elle n'est pas partie à l'instance et s'associe aux conclusions présentées par le centre communal d'action sociale de la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2023, le centre communal d'action sociale de la commune de Vieux-Condé, représenté par Me Ingelaere, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en toutes ses conclusions car dirigée contre la commune de Vieux-Condé qui n'est pas l'auteur de la décision attaquée ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 7 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle et fixé la contribution de l'Etat à 55 %.

Par ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guyard,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- et les observations de Me Robiquet, substituant Me Ingelaere, représentant le centre communal d'action sociale de Vieux-Condé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est employée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Vieux-Condé depuis 2008 en qualité d'aide-ménagère à domicile et a été titularisée à compter du 1er septembre 2020. Par un arrêté du 14 septembre 2020, dont Mme B demande l'annulation dans la requête enregistrée sous le n° 2008272, le président du CCAS de Vieux-Condé l'a suspendue de ses fonctions à compter du 15 septembre 2020 pour une durée maximum de quatre mois. Dans sa seconde requête enregistrée sous le n° 2110093, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021 du président du CCAS de Vieux-Condé portant révocation à compter du 1er novembre 2021 ainsi que le versement par la commune de Vieux-Condé d'une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi résultant de cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2008272 et n° 2110093, présentées pour Mme C B, concernent la situation d'une même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. Le document enregistré sous le n° 2008272 le 5 juillet 2022 constitue en réalité un mémoire complémentaire présenté pour Mme B dans l'instance n° 2110093, ainsi que l'a indiqué le conseil de la requérante par un courrier du 29 novembre 2022. Par suite, ce mémoire doit être rayé du registre du greffe du tribunal et joint à la requête enregistrée sous le n° 2110093. En conséquence, la fin de non-recevoir opposée en défense dans le dossier n° 2008272 tendant à ce que les conclusions nouvelles présentées dans ce mémoire du 5 juillet 2022 soient jugées irrecevables doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 14 septembre 2020 portant suspension de fonctions :

4. Aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. () ".

5. En premier lieu, une mesure de suspension de fonctions prise en application des dispositions précitées est une mesure conservatoire prise dans le seul intérêt du bon fonctionnement du service public. Elle n'a en conséquence pas à être précédée d'une procédure contradictoire, ni à être motivée. Plus particulièrement, la décision n'est pas au nombre des mesures pour lesquelles le fonctionnaire concerné doit être mis à même de consulter son dossier ou invité à se faire assister d'un défenseur de son choix avant qu'elle ne soit prise. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance du principe du contradictoire sont inopérants.

6. En deuxième lieu, la décision de suspension n'a pas davantage à prendre en compte les dispositions du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des lois du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriales n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

8. En dernier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, la mesure provisoire de suspension ne présente pas, par elle-même, un caractère disciplinaire et est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le CCAS de Vieux-Condé a été informé que, par un jugement du 12 mai 2020, le tribunal correctionnel de Valencienne avait prononcé à l'encontre de Mme B une condamnation à un emprisonnement délictuel de huit mois avec sursis total pour des chefs de vol et escroquerie à raison de faits commis du 20 mars 2019 au 4 septembre 2019 et du 22 avril 2019 au 29 août 2019 à l'encontre de Mme A, bénéficiaire des services à domicile de Mme B. Dans ces conditions, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2020 du président du CCAS de Vieux-Condé doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée de ce que la requête serait irrecevable pour être dirigée à tort contre la commune de Vieux-Condé.

En ce qui concerne l'arrêté du 26 octobre 2021 portant révocation de Mme B :

S'agissant de la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la mauvaise identification du défendeur par la requérante :

10. La circonstance que la requête, qui est accompagnée de la décision attaquée, mentionnerait à tort le maire de la commune de Vieux-Condé comme auteur de cette décision, n'a pas pour effet de rendre la requête irrecevable.

S'agissant de la légalité de l'arrêté du 26 octobre 2021 :

11. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ".

12. Le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître, de façon complète et précise, les motifs de la sanction qui le frappe. La volonté du législateur n'est pas respectée lorsque la décision prononçant la sanction ne comporte en elle-même aucun motif précis et se borne à viser un document dont le texte n'est ni incorporé, ni joint à la décision.

13. En l'espèce, la décision attaquée, après avoir visé les textes applicables, mentionne qu'il est reproché à Mme B d'avoir commis " une escroquerie à l'encontre d'une bénéficiaire et d'avoir abandonné son poste ". Cette formulation ne permet pas de regarder les faits fautifs comme suffisamment précisés, datés et circonstanciés sans que la référence à l'avis du conseil de discipline dont la défense n'établit, ni même n'allègue, qu'il ait été annexé à la décision puisse venir remettre en cause le caractère lacunaire de cette motivation. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 26 octobre 2021 du président du centre communal d'action sociale de Vieux-Condé, portant révocation de Mme B doit être annulé.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 123-6 du code de l'action sociale et des familles : " Le centre d'action sociale est un établissement public administratif communal ou intercommunal. Il est administré par un conseil d'administration présidé, selon le cas, par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale. () ".

15. Il résulte des dispositions précitées qu'un centre communal d'action sociale est un établissement public ayant une personnalité juridique propre et un personnel distinct de celui de la commune. Il s'ensuit que Mme B, recrutée et employée par le centre communal d'action sociale de Vieux-Condé, n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune de Vieux-Condé pour les fautes qui auraient été commises dans la gestion de sa situation administrative. Par suite, comme l'ont fait valoir la commune et le CCAS en défense, ses conclusions indemnitaires, mal dirigées, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Vieux-Condé, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, les sommes demandées par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B les sommes demandées par le centre communal d'action sociale de Vieux-Condé au même titre.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n° 2008272 est rejetée.

Article 2 : L'arrêté du 26 octobre 2021 du président du centre communal d'action sociale de Vieux-Condé est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2110093 est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre communal d'action sociale de la commune de Vieux-Condé au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au centre communal d'action sociale de la commune de Vieux-Condé et à la commune de Vieux-Condé.

Délibéré après l'audience du 29 août 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Guyard, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

S. GUYARDLa présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

C. CALIN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2008272, 2110093

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