lundi 15 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2020, M. A C, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Nord (CLAC) du 31 juillet 2020 lui refusant la délivrance d'une carte professionnelle ;
2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à défaut, d'enjoindre à un nouvel examen de sa demande en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'agent ayant consulté ses données à caractère personnel ne disposait pas de l'habilitation prévue au 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur une condamnation qui a été exécutée et dès lors que, se fondant sur des infractions qui n'ont pas donné lieu à une condamnation, elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors que son comportement n'est pas incompatible avec l'exercice de fonctions de sécurité ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 3 janvier 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergerat, rapporteure,
- les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ioannidou, représentant le Conseil national des activités privées de sécurité.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 21 juillet 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle Nord (CLAC) a refusé à M. C la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Le 31 juillet 2020, il a formé un recours administratif préalable obligatoire devant la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Ce recours a été rejeté par une décision du 15 octobre 2020. M. C demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les dispositions du code de la sécurité intérieure dont elle fait application, mentionne les faits retenus à l'encontre du requérant et les raisons pour lesquelles ces agissements ont justifié le refus de délivrance de sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée alors même qu'elle ne reprendrait pas précisément les informations communiquées par le requérant à la commission locale d'agrément et de contrôle Nord.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 27 juillet 2020, Mme B D, agent du siège du CNAPS, qui a réalisé l'enquête administrative, a été habilitée, ainsi qu'il est prévu au 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, à accéder aux données à caractère personnel et aux informations enregistrées dans le traitement des antécédents judiciaires. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".
6. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
7. Pour refuser de délivrer la carte professionnelle sollicitée par M. C, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a considéré que les conditions définies aux 1° et 2° de l'article L. 621-20 du code de la sécurité intérieure ne sont pas satisfaites. En premier lieu, il ressort, en effet, des pièces du dossier, notamment du bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé, qu'il a été condamné le 17 septembre 2019 par le tribunal correctionnel de Béthune à une peine d'obligation d'accomplir un stage de citoyenneté pour des faits de vol en réunion, en l'espèce, la soustraction frauduleuse de six sacoches de luxe au préjudice d'un magasin de maroquinerie. A cet égard, est sans incidence, le règlement par l'intéressé des sommes accessoires à cette peine auxquelles il a été condamné, au titre du préjudice matériel dont il est responsable ainsi que des frais d'instance et de procédure. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est également fondée sur les résultats de l'enquête administrative qui a révélé que l'intéressé était connu des services de police pour d'autres faits de vol en réunion commis le 12 juillet 2018. Contrairement à ce que fait valoir le requérant, l'absence de condamnation, à la date de la décision attaquée, pour ces faits ainsi que pour ceux de vol en réunion du 31 janvier 2018, au demeurant non retenus par le CNAPS, ne fait pas obstacle à ce qu'ils puissent être pris en compte par la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS. Enfin, si M. C a également fait l'objet le 14 novembre 2019 d'une contravention pour infraction routière, cette condamnation n'a pas été retenue par la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit ou méconnaîtrait le principe de la présomption d'innocence.
8. En quatrième lieu, si M. C conteste l'appréciation portée par la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS sur son comportement, il ressort toutefois des pièces du dossier que, compte tenu de leur nature et de leur réitération sur une courte période récente (2018-2019), les faits et condamnations précités pour lesquels l'intéressé est connu des services de police et de justice constituent des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des biens et des personnes, qui ne sont pas compatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. Par suite, en refusant de délivrer la carte professionnelle sollicitée par M. C au motif que son comportement transgressif et réitéré était incompatible avec l'exercice d'une activité d'agent privé de sécurité, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.
9. En dernier lieu, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux et particulier et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé qui reprennent les mêmes arguments que ceux précédemment exposés doivent également être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a refusé de lui délivrer une carte professionnelle.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
12. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le Conseil national des activités privées de sécurité, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
13. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. C la somme que demande le Conseil national des activités privées de sécurité au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le Conseil national des activités privées de sécurité au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Paganel, président,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.
La rapporteure,
signé
S. BERGERAT
Le président,
signé
M. PAGANELLa greffière,
signé
N. PAULET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026