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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008301

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008301

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET SYNERGIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 novembre 2020, le 1er décembre 2020 et le 20 janvier 2022, la chambre de commerce et d'industrie des Hauts-de-France, représentée par Me Dagostino, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Laurent-Blangy a délivré à la société civile immobilière VAL un permis de construire modificatif pour l'édification d'un bâtiment de stockage de matériels d'aviation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent-Blangy une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 18 septembre 2020 ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire initial délivré le 14 septembre 2017 est illégal en ce qu'il méconnaît les dispositions des articles R. 423-1 et R. 431-13 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 9 novembre 2021 et le 20 décembre 2021, la SCI VAL conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 26 novembre 2021 et 13 janvier 2023, la commune de Saint-Laurent-Blangy, représentée par Me Le Rioux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la chambre de commerce et d'industrie des Hauts-de-France le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2023.

Par courrier de la juridiction du 28 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen ayant trait à la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, présenté à l'encontre de l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Laurent-Blangy a délivré à la société civile immobilière VAL un permis de construire modificatif, ce moyen ayant été présenté plus de deux mois après la communication aux parties du premier mémoire en défense, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Par courrier de la juridiction du 5 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen ayant trait à l'exception d'illégalité du permis de construire initial délivré le 14 septembre 2017 au regard des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme, présenté à l'encontre de l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Laurent-Blangy a délivré à la société civile immobilière VAL un permis de construire modificatif, ce moyen ayant été présenté plus de deux mois après la communication aux parties du premier mémoire en défense, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Une pièce, enregistrée le 6 décembre 2023, a été produite pour la commune de Saint-Laurent-Blangy à la demande du tribunal et communiquée sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borget, rapporteur,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Me Liénard, substituant Me Dagostino, représentant la chambre de commerce et d'industrie des Hauts-de-France,

- et les observations de Me Houlmann substituant Me Le Rioux, représentant la commune de Saint-Laurent-Blangy.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 septembre 2017, le maire de la commune de Saint-Laurent-Blangy a accordé à la société civile immobilière (SCI) VAL un permis de construire portant sur un projet de construction d'un bâtiment de stockage de matériels d'aviation sur un terrain situé chemin de Blangy sur le territoire communal. Le 29 juillet 2020, la SCI VAL a déposé une demande de permis de construire modificatif visant à modifier l'implantation de la réserve incendie. Par un arrêté du 18 septembre 2020, le permis de construire modificatif a été accordé. La chambre de commerce et d'industrie (CCI) des Hauts-de-France, propriétaire de la parcelle d'implantation du projet, a formé par courrier du 16 novembre 2020, une demande de retrait de ce permis de construire modificatif, restée sans réponse. Par la présente requête, la CCI des Hauts-de-France demande l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 18 septembre 2020 contesté a été signé, pour le maire de la commune, par M. A B, adjoint au maire en charge de l'urbanisme. Par un arrêté du 26 mai 2020, le maire de la commune a donné à celui-ci délégation pour signer " tout document, courrier, avis, réponse, réclamation, arrêté, convention relatifs " au domaine de l'urbanisme notamment. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ".

4. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter, en vertu de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 du même code. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis de construire, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

5. Il ressort des pièces du dossier que la SCI VAL a, conformément aux dispositions précitées, attesté dans le formulaire Cerfa de demande de permis de construire modificatif, avoir qualité pour demander cette autorisation. Elle a produit à l'appui de sa demande un courrier par lequel la CCI, propriétaire du terrain d'assiette du projet, a, en 2016, autorisé l'association " Les godasses volantes " à déposer une demande de permis de construire, sans que ce courrier ne soit de nature à induire en erreur l'administration sur l'identité ou la qualité du pétitionnaire. Par ailleurs, contrairement à ce qu'affirme la CCI des Hauts-de-France, le courrier du 27 mai 2020 qu'elle produit, par lequel le maire de Saint-Laurent-Blangy a demandé à la SCI VAL de se conformer au permis de construire délivré, ne fait pas mention du caractère irrégulier de l'occupation de la parcelle appartenant à la requérante et ne permet pas ainsi d'en déduire que la commune en avait connaissance. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que la SCI VAL a, par courrier du 21 juillet 2020, informé la mairie qu'elle ne disposait d'aucun droit d'occupation sur le terrain d'assiette du projet et qu'elle avait sollicité auprès de la CCI " une concession d'utilisation de l'emplacement de cette réserve à incendie à des fins privées ", cette circonstance ne suffit pas à établir qu'elle n'aurait pas été autorisée par la CCI à déposer une demande tendant à la délivrance d'une autorisation de construire. Il ressort également des pièces du dossier que s'est tenue le 20 juillet 2020, une réunion entre les différentes parties concernées, dont la CCI des Hauts-de-France, et qu'un accord concernant l'édiction de la réserve litigieuse sur la parcelle appartenant à la requérante était susceptible d'avoir été trouvé. Dans ces conditions, et alors que le hangar autorisé par le permis de construire initial avait été érigé sans contestation de la CCI des Hauts-de-France, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la commune disposait d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de la demande ou, à tout le moins, faisant apparaître que la SCI VAL ne disposait d'aucun droit à déposer la demande de permis modificatif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code (), les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. () ".

7. Les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme et, d'autre part, par la voie de l'exception, de l'illégalité du permis de construire initial délivré le 14 septembre 2017, soulevés par la CCI des Hauts-de-France dans son mémoire enregistré le 20 janvier 2022, ont été présentés plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense de la SCI VAL, le 9 novembre 2021. En application des dispositions précitées, ils sont irrecevables et doivent par suite être écartés comme tels.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par la CCI des Hauts-de-France doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Laurent-Blangy, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la CCI des Hauts-de-France demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la CCI des Hauts-de-France le versement à la commune de Saint-Laurent-Blangy de la somme de 1 500 euros au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la CCI des Hauts-de-France est rejetée.

Article 2 : La CCI des Hauts-de-France versera à la commune de Saint-Laurent-Blangy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la chambre de commerce et d'industrie des Hauts-de-France, à la société civile immobilière VAL et à la commune de Saint-Laurent-Blangy.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. BORGET

La présidente,

Signé

A-M. LEGUIN La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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