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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008313

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008313

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2020, M. B C, représenté par la S.E.L.A.F.A. Cabinet CASSEL, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision de retenue de 947,21 euros sur son traitement de septembre 2018 et le titre de perception du 30 novembre 2018 portant répétition de la somme de 2052,79 euros tel que révélé par la lettre de relance du 12 février 2019, pris au titre d'un indu de perception de la première tranche du complément indemnité de fidélisation ;

2°) d'annuler la décision du 10 février 2020 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande tendant au remboursement de la première tranche du complément d'indemnité de fidélisation d'un montant de 3000 euros ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer la somme de 3000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 décembre 2019, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

4°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 décembre 2019 ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision du 10 février 2020 était compétent ;

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur de fait, le montant réclamé par l'administration ne pouvait être un montant brut ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, les décrets n° 99-1055 du 15 décembre 1999

et n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ne subordonnant pas l'acquisition définitive des premières tranches du complément de l'indemnité de fidélisation à la réalisation effective de huit années de service continu en secteur difficile en Île-de-France ;

- elles sont illégales en ce qu'elles procèdent au retrait d'une décision légale créatrice

de droits en application des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation du titre de perception du 30 novembre 2018 sont

irrecevables dès lors que le requérant, qui avait connaissance du titre de perception dès le mois de février 2019, n'a pas formé de réclamation préalable auprès du comptable public ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors que le titre de perception est

devenu définitif ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 février 2020 sont irrecevables

dès lors que cette décision a un caractère confirmatif du courrier du 6 août 2018 par lequel l'administration a informé le requérant de son intention de répéter la première tranche du complément de l'indemnité de fidélisation ;

Par deux courriers du 6 septembre 2022, des pièces complémentaires ont été demandées au ministre de l'intérieur pour compléter l'instruction, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, lequel n'a pas répondu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 99-1055 du 15 décembre 1999 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 6 janvier 2011 fixant les montants forfaitaires de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile attribuée aux fonctionnaires actifs de la police nationale, modifié par l'arrêté du 13 décembre 2011 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, lauréat du concours de recrutement des gardiens de la paix ouvert pour une affectation régionale en Ile-de-France organisé en application du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, a été nommé gardien de la paix stagiaire le 1er janvier 2013 puis a été affecté au commissariat de police des Lilas (93260) à compter du 1er décembre 2013 jusqu'à sa mutation à titre dérogatoire au sein de la circonscription de sécurité publique de Calais à compter du 1er septembre 2018. Par un courrier du 6 août 2018, le préfet de police de Paris l'a informé de ce qu'il était redevable de la première tranche du complément d'indemnité de fidélisation en secteur difficile perçue sur la paie de juin 2015 au titre de sa première année d'affectation en région Ile-de-France, pour un montant de 3 000 euros. La somme de 947,21 euros a été retenue sur la paye de septembre 2018 de M. C et par un titre exécutoire du 30 novembre 2018, le préfet de police de Paris a mis à la charge de M. C la somme de 2052,79 euros. Par courrier du 15 décembre 2019, reçu le 19 décembre suivant, M. C a demandé au préfet de police de Paris le remboursement de la somme de 3000 euros correspondant à la première tranche du complément d'indemnité de fidélisation. Le 31 décembre 2019, M. C a versé à la direction régionale des finances publiques Ile-de-France et de Paris la somme de 2052,79 euros mentionnée dans le titre exécutoire. Le préfet de police de Paris a rejeté, par une décision du 10 février 2020, la demande formée le 15 décembre 2019 par M. C.

Sur les fins de non-recevoir opposées par l'administration :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, qui figure dans le titre II relatif à la gestion budgétaire et comptable de l'Etat : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables: / 1° Soit d'une opposition à l'exécution en cas de contestation de l'existence de la créance, de son montant ou de son exigibilité ; / 2° Soit d'une opposition à poursuites en cas de contestation de la régularité de la forme d'un acte de poursuite. / L'opposition à l'exécution et l'opposition à poursuites ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance ". Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 : " Avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser une réclamation appuyée de toutes justifications utiles au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / () / La réclamation doit être déposée, sous peine de nullité : / 1° En cas d'opposition à l'exécution d'un titre de perception, dans les deux mois qui suivent la notification de ce titre ou du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause ; / 2° En cas d'opposition à poursuites, dans les deux mois qui suivent la notification de l'acte de poursuite. / L'autorité compétente délivre un reçu de la réclamation, précisant la date de réception de cette réclamation ". Aux termes de l'article 119 du même décret : " Le débiteur peut saisir la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la décision prise sur sa réclamation ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration des délais prévus à l'article 118. "

3. Il ne résulte pas de l'instruction qu'avant de saisir le tribunal de ses conclusions tendant à l'annulation du titre de perception émis le 30 novembre 2018 tel que révélé par la lettre de relance du 12 février 2019, lesquelles constituent une opposition à son exécution au sens des dispositions de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012, M. C aurait adressé au comptable chargé du recouvrement de la créance correspondante la réclamation prévue à l'article 118 du même décret. S'il résulte de l'instruction que, par son recours gracieux présenté le 15 décembre 2019 au ministre de l'intérieur, M. C a entendu contester le titre exécutoire du 30 novembre 2018, un tel recours, qui n'était pas adressé au comptable en charge du recouvrement de ce titre, et que le préfet de police de Paris n'avait pas l'obligation de transmettre à ce dernier, faute pour les dispositions de l'article L. 114-1 du code des relations entre le public et l'administration de s'appliquer aux relations entre l'administration et ses agents, ne pouvait tenir lieu de la réclamation préalable prévue à l'article 118 du décret du 7 novembre 2012. Les conclusions de M. C dirigées contre le titre exécutoire du 30 novembre 2018 sont donc pour ce motif irrecevables et doivent être rejetées.

4. En deuxième lieu, s'agissant des conclusions indemnitaires fondées sur l'illégalité du titre de perception du 30 novembre 2018, l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée. Or, il résulte de l'instruction que par une lettre de relance du 12 février 2019, M. C a été mise en demeure par la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris de s'acquitter du titre de perception litigieux émis le 30 novembre 2018, et que si aucun accusé de réception du titre de perception et de la lettre de relance n'est produit, le requérant admet, dans sa demande de remboursement du 15 décembre 2019, avoir eu connaissance de cet acte en février 2019. Dès lors, la requête, introduite le 18 novembre 2020, excède le délai raisonnable d'un an à compter de la date à laquelle il est établi qu'il avait connaissance du titre de perception litigieux. Ainsi, le titre de perception, qui a un objet exclusivement pécuniaire, était devenu définitif. Par suite, les conclusions de M. C tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme équivalente sont également irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

5. En troisième lieu, une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige. En l'espèce, entre le courrier du 6 août 2018 et la décision du 10 février 2020, le requérant a procédé au règlement de la somme mise à sa charge par le titre de perception du 30 novembre 2018. Dès lors, le caractère confirmatif de la décision du 10 février 2020 ne saurait être vérifié. Par suite, cette fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 15 décembre 1999 portant attribution d'une indemnité de fidélisation en secteur difficile aux fonctionnaires actifs de la police nationale : " Après la première, la sixième et la dixième année révolue de service continu en secteur difficile, les fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application nommés à l'issue de la réussite au concours national à affectation régionale en Ile-de-France prévu par le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale peuvent bénéficier d'un complément d'indemnité de fidélisation. " Aux termes de l'article 2 du même décret : " Sont considérés comme affectés en secteur difficile au sens du présent décret les fonctionnaires actifs de la police nationale exerçant, de façon permanente, quel que soit leur service d'affectation, leurs attributions dans le ressort territorial des circonscriptions de sécurité publique dont la liste est fixée aux annexes I et II du présent décret. ". Il résulte de l'annexe 1 au décret du 15 décembre 1999 que toute circonscription de sécurité publique de Seine-Saint-Denis est classée en secteur difficile ouvrant droit au bénéfice de l'indemnité de fidélisation. Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 6 janvier 2011 fixant les montants forfaitaires de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile attribuée aux fonctionnaires actifs de la police nationale, modifié par l'arrêté du 13 décembre 2011 : " Le montant du complément d'indemnité de fidélisation prévu au dernier alinéa de l'article 1er du décret du 15 décembre 1999 précité est fixé à 9 000 euros versé par tiers comme suit : 3 000 euros à l'issue de la première année révolue de service continu ; 3 000 euros à l'issue de la sixième année révolue de service continu ; 3 000 euros à l'issue de la dixième année révolue de service continu ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 6 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale: " I. Sous réserve des dispositions relatives aux emplois réservés, les gardiens de la paix sont recrutés par deux concours distincts. () II. Les concours mentionnés au I peuvent être ouverts pour une affectation régionale en Ile-de-France. Les gardiens de la paix recrutés par un tel concours sont affectés dans cette région pendant une durée minimale de huit ans à compter de leur nomination en qualité de stagiaire. () ".

8. En l'espèce, M. C a perçu, sur son bulletin de paie du mois de juin 2015, la somme de 3 000 euros correspondant au complément d'indemnité de fidélisation servi à l'issue de la première année révolue de service continu en Ile-de-France. Il est constant, qu'en janvier 2015, il remplissait les conditions pour bénéficier de ce complément d'indemnité. Or, il ne résulte pas des dispositions précitées ni d'aucune autre règle que cet avantage financier puisse légalement être retiré au motif que son bénéficiaire a rompu l'engagement de servir huit années dans la région Ile-de-France prévu par les dispositions du décret du 23 décembre 2004. Dans ces conditions, la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 1er du décret du 15 décembre 1999 portant attribution d'une indemnité de fidélisation en secteur difficile aux fonctionnaires actifs de la police nationale.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande tendant au remboursement de la première tranche du complément d'indemnité de fidélisation d'un montant de 3 000 euros, ensemble la décision de retenue de 947,21 euros sur son traitement de septembre 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration rembourse à M. C la somme de 3 000 euros brut correspondant à la première tranche du complément d'indemnité de fidélisation. Un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement est imparti au préfet de police de Paris pour y procéder. Cette somme produira des intérêts au taux légal lesquels courront, à compter du 19 décembre 2019, date de la réception de sa demande de remboursement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 février 2020 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté la demande de M. C tendant au remboursement de la première tranche du complément d'indemnité de fidélisation d'un montant de 3 000 euros et la décision de retenue de 947,21 euros sur son traitement de septembre 2018 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de rembourser à M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, la somme de 3 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 19 décembre 2019.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Copie, pour information, en sera adressée au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. ALa présidente,

signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

signé

C. KUREK

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2008313

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