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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008424

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008424

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS ACTION CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2020 et le 23 juin 2022, Mme D B, représentée par Me Freger, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 22 octobre 2019 par le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord pour un montant de 6 289,11 euros, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux formé le 6 décembre 2019 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes s'y rapportant ;

3°) subsidiairement, de la décharger partiellement de l'obligation de payer la somme mise à sa charge ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas revêtu de la signature de l'ordonnateur en méconnaissance de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- compte tenu de la reconnaissance par arrêté du 9 juillet 2019 de l'imputabilité au service de la pathologie du 14 août 2018 devant avoir pour incidence pécuniaire le maintien de l'intégralité du traitement pendant toute la période d'invalidité, l'ensemble des arrêtés la plaçant en disponibilité d'office à demi-traitement sont illégaux au regard de l'article 21 bis alinéa 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et le titre exécutoire est fondé sur un arrêté illégal du 14 juin 2019 portant disponibilité d'office à demi-traitement du 21 février 2019 au 24 août 2019 ;

- le titre de perception est entaché d'erreur de droit dès lors qu'ayant été placée rétroactivement à la retraite pour invalidité imputable au service, le plein traitement qui lui a été versé lui était dû et acquis jusqu'à son admission à la retraite ;

- elle doit bénéficier d'une décharge partielle car d'une part elle est de bonne foi et en situation de précarité et d'autre part, le litige trouve son origine dans le retard avec lequel l'administration a régularisé sa situation financière.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 23 novembre 2021, la direction régionale des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord fait valoir que seul le secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur Nord est compétent pour statuer sur la régularité au fond du titre de perception en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 ;

- code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public

- les observations de Me Freger, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, gardienne de la paix maintenue en position d'activité au-delà de la limite d'âge, a été placée en congé de maladie ordinaire du 22 février 2018 au 21 février 2019. Par un arrêté du 2 mai 2019, elle a été placée à titre provisoire en disponibilité d'office à demi-traitement du 21 février au 24 mai 2019 inclus. Par un arrêté du 14 juin 2019, elle a été placée à titre provisoire en disponibilité d'office à demi-traitement du 21 février au 24 août 2019. Par un arrêté du 9 juillet 2019, les troubles anxio-dépressifs de Mme B constatés par une expertise médicale du 12 avril 2019 sont reconnus imputables au service par le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord. Aux termes de cet arrêté, sur la période s'étendant du 21 février 2018 au 20 février 2019, Mme B doit percevoir l'intégralité de sa rémunération et ses soins doivent être pris en charge. Par un arrêté du 7 août 2019, elle a été maintenue en disponibilité d'office du 25 août au 24 novembre 2019. Par un arrêté du 16 octobre 2019 elle a été maintenue en disponibilité d'office du 25 novembre 2019 au 24 février 2020. Le 22 octobre 2019, le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord a émis à l'encontre de Mme B un titre de perception d'un montant de 6 289,11 euros, en vue de la récupération de trop-perçus de rémunération versés à l'intéressée du 21 février 2019 au 30 juin 2019. Le 5 décembre 2019, Mme B a formé un recours gracieux contre l'arrêté du 16 octobre 2019 et tendant au retrait des arrêtés du 14 juin 2019, du 16 juin 2019, et du 7 août 2019. Le 6 décembre 2019, Mme B a formé un recours gracieux contre le titre de perception du 22 octobre 2019. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de ce titre de perception ainsi que du rejet implicite du recours gracieux qu'elle a formé le 6 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

3. Le titre de perception en litige, qui n'est pas signé, indique que son auteur est M. E C, préfet délégué à la zone de sécurité et de défense Nord. En revanche, le préfet ne justifie pas, alors que l'absence de signature du titre est soulevée par la requérante, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de l'ordonnateur. Dans ces conditions, le titre exécutoire émis le 22 octobre 2019 est entaché d'un vice de forme de sorte qu'il doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, le rejet du recours gracieux qu'elle a formé contre ce titre le 6 décembre 2019.

4. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

En ce qui concerne le bien-fond du titre exécutoire :

5. Aux termes de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service, () peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si cette dernière a été prononcée en application de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée. () ". Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. () " Aux termes de l'article 63 de la même loi : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. () " Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. () ".

6. Il résulte de la combinaison des articles 34 et 63 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite que le fonctionnaire dont les blessures ou la maladie proviennent d'un accident de service, d'une maladie contractée ou aggravée en service ou de l'une des autres causes exceptionnelles prévues à l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, et qui se trouve dans l'incapacité permanente d'exercer ses fonctions au terme d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé maladie, sans pouvoir bénéficier d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée, doit bénéficier de l'adaptation de son poste de travail ou, si celle-ci n'est pas possible, être mis en mesure de demander son reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emploi, s'il a été déclaré en mesure d'occuper les fonctions correspondantes. S'il ne demande pas son reclassement ou si celui-ci n'est pas possible, il peut être mis d'office à la retraite par anticipation. Il appartient à l'autorité compétente de se prononcer sur la situation de l'intéressé au vu des avis émis par le comité compétent, sans être liée par ceux-ci. En l'absence de modification de la situation de l'agent, l'administration a l'obligation de le maintenir en congé de maladie avec plein traitement jusqu'à la reprise de service ou jusqu'à sa mise à la retraite, qui ne peut prendre effet rétroactivement.

7. Il résulte de l'instruction que les troubles anxio-dépressifs de Mme B ont été reconnus imputables au service par le préfet par un arrêté du 9 juillet 2019. Il résulte également de l'instruction que par un arrêté du 21 avril 2020, pris après avis favorable de la commission de réforme du SGAMI du 17 janvier 2020, le préfet a admis Mme B à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité imputable au service à compter du 21 février 2019, date à compter de laquelle le préfet l'avait placée en disponibilité d'office à demi-traitement jusqu'au 24 février 2020 par trois arrêtés préfectoraux successifs. Or en limitant ainsi la rémunération de la requérante à compter du 21 février 2019 alors même qu'elle avait droit, en application des dispositions citées au point précédent, au maintien de son plein traitement après cette date et jusqu'à sa mise à la retraite le 21 avril 2020, l'administration a commis une erreur de droit.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis à son encontre le 22 octobre 2019, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux formé le 6 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

9. Eu égard aux motifs d'annulation du titre exécutoire émis le 22 octobre 2019, le présent jugement implique que Mme B soit déchargée de l'obligation de payer la somme de 6 289,11 euros mise à sa charge.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire émis à l'encontre de Mme B le 22 octobre 2019 par le préfet de la zone de défense et de sécurité Nord ainsi que le rejet du recours gracieux formé le 6 décembre 2019 sont annulés.

Article 2 : Mme B est déchargée de l'obligation de payer la somme de 6 289,11 euros.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Horn, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le rapporteur,

J. ALa présidente,

J. FÉMÉNIA

La greffière,

C. KUREK

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2008424

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