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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008432

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008432

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantAVONTURE-HERBAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 novembre 2020 et le 8 mars 2023, M. B A, représenté par Me Avonture-Herbaut demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2019 du délégué de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) en tant qu'elle ne lui accorde qu'une aide d'un montant de 4 000 euros ainsi que la décision du 22 septembre 2020 par laquelle la directrice générale de l'ANAH a rejeté son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser une somme de 6 000 euros ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande de subvention, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 22 septembre 2020 a été édictée par une autorité incompétente ;

- la décision du 17 décembre 2019 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en tant qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'il a déposé sa demande de subvention le 7 septembre 2019 en sa qualité de propriétaire du logement situé 900 rue de la motte à Bersée ;

-les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit en tant que l'ANAH a fait application des dispositions de la délibération de son conseil d'administration n° 2017-31 du 29 novembre 2017 relative au régime d'aides applicable aux propriétaires occupants (article R.321-12 I 2° du CCH) et aux personnes assurant la charge effective des travaux pour leurs ascendants ou descendants propriétaires occupants (article R.321-12 I 3° du CCH) dans leur version issue de la délibération n°2019-25 du 9 octobre 2019 du même conseil.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 février 2023, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 1er août 2014 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Avonture-Herbaut, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a sollicité auprès de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) le bénéfice d'une aide financière en vue de financer l'acquisition d'une pompe à chaleur. Par une décision du 17 décembre 2019, le délégué de l'ANAH a accordé à l'intéressé une aide d'un montant de 4 000 euros. L'intéressé a alors présenté des recours gracieux et hiérarchique à l'encontre de cette décision en vue d'obtenir une majoration de l'aide allouée. Par des décisions des 5 mars 2020 et 22 septembre 2020, ces recours ont été rejetés. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 17 décembre 2019 du délégué de l'ANAH en tant qu'elle ne lui accorde qu'une aide d'un montant de 4 000 euros ainsi que la décision du 22 septembre 2020 par laquelle la directrice générale de l'ANAH a rejeté son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, s'il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours hiérarchique, le requérant qui conteste tant la décision initialement prise par l'autorité administrative que le rejet du recours hiérarchique, ne peut utilement contester les vices propres entachant ce dernier. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 22 septembre 2020 doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 321-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " I. - L'Agence nationale de l'habitat a pour mission () de promouvoir le développement et la qualité du parc existant de logements privés, en particulier en ce qui concerne les performances thermiques (). Elle participe () à la lutte contre la précarité énergétique () ". Aux termes de l'article R. 321-12 du même code, dans sa version applicable au litige : " I. - L'agence peut accorder des subventions : / () / 2° Aux propriétaires ou à tout autre titulaire d'un droit réel conférant l'usage des locaux pour les logements qu'ils occupent eux-mêmes () ". Aux termes de l'article R. 321-11 dudit code, dans sa rédaction applicable au litige : " () III. - Le préfet de département, délégué de l'agence dans le département : / () / 4° Sur les territoires non couverts par une convention mentionnée à l'article L. 321-1-1 et dans les conditions prévues au I de l'article R. 321-10 : / a) Etablit le programme d'actions de l'agence dans le département ; / b) Décide, en application de ce programme, de l'attribution des subventions aux bénéficiaires mentionnés aux I et II de l'article R. 321-12, dans la limite des autorisations d'engagement notifiées par le délégué de l'agence dans la région ou prononce le rejet des demandes d'aides () ". Enfin aux termes de l'article 11 du règlement général de l'ANAH, dans sa version applicable en l'espèce : " La décision d'attribution de la subvention ou de rejet de la demande d'aide est prise par le délégué de l'agence dans le département (), dans le respect des articles L. 321-1 et suivants et R. 321-12 et suivants du CCH, du présent règlement, des délibérations du conseil d'administration et, le cas échéant, au vu des engagements spécifiques souscrits par le demandeur. / La décision est prise au regard de l'intérêt du projet sur le plan économique, social, environnemental et technique. Cet intérêt est évalué en fonction notamment des dispositions et des priorités du programme d'actions mentionné au 1° du I et du II de l'article R. 321-10 du CCH et défini au A du chapitre Ier du présent règlement. / En cas d'absence ou d'insuffisance d'intérêt du projet, l'aide apportée par l'ANAH peut être refusée, minorée ou soumise à des conditions supplémentaires ayant trait à la consistance du projet ou à des engagements particuliers du propriétaire () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'attribution des subventions octroyées par l'ANAH est décidée par le délégué de l'agence dans le département, dans la limite des autorisations d'engagement et en fonction de l'intérêt du projet sur le plan économique, social, environnemental et technique. Dans ces conditions, la décision de refus d'une telle subvention n'est pas au nombre de celles qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ci-dessus rappelé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 17 décembre 2019 attaquée ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".

7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, la décision du 17 décembre 2019 n'est pas au nombre de celle qui aurait dû faire l'objet d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, M. A ne peut utilement faire valoir qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations écrites ou orales préalablement à l'édiction de cette décision prise au demeurant à sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er intitulé " Formulation de la demande de subvention " du règlement général de l'ANAH, dans sa version applicable au litige : " Toute demande de subvention doit être adressée au délégué de l'agence dans le département mentionné à l'article R. 321-11 du CCH ou au délégataire dans le ressort duquel se trouve le logement, l'immeuble ou le groupe d'immeubles pour lequel la subvention est demandée. / La demande doit être obligatoirement effectuée sur un formulaire spécifique disponible à l'ANAH, dans les délégations locales ou auprès du délégataire, le cas échéant. Elle comporte les renseignements nécessaires à l'identification du demandeur et du lieu où les travaux doivent être réalisés ainsi que le rappel des principales obligations réglementaires applicables en cas d'octroi de la subvention et, en cas de conditions spécifiques d'occupation des logements subventionnés, les obligations conventionnelles correspondantes. / Cette demande, accompagnée des pièces justificatives figurant en annexe, est datée et signée par le demandeur ou son mandataire. Des adaptations à ces règles peuvent être mises en œuvre en cas de téléprocédure. / A réception de la demande, un récépissé est délivré sans délai par le service en charge de l'instruction. / Le récépissé comporte les mentions suivantes : / -la date de réception de la demande de subvention ; / -la désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / -l'information selon laquelle seule une décision expresse d'octroi de subvention engage l'agence sur le plan juridique et financier ; / -le principe selon lequel toute demande qui n'a pas donné lieu à la notification d'une décision dans un délai de quatre mois à compter de la date de réception de la demande de subvention est réputée rejetée ; / -les délais et les voies de recours en cas de rejet implicite de la demande. "

9. D'autre part, aux termes de la délibération n° 2019-25 du conseil d'administration de l'ANAH du 9 octobre 2019 modifiant la délibération n° 2017-31 du 29 novembre 2017 relative au régime d'aides d'applicable aux propriétaires occupants (article R.321-12 I 2° du CCH) et aux personnes assurant la charge effective des travaux pour leurs ascendants ou descendants propriétaires occupants (article R.321-12 I 3° du CCH) : " La délibération n° 2017-31 du 29 novembre 2017 relative au régime d'aides applicable aux propriétaires occupants (article R. 321-12, I, 2° du CCH) et aux personnes assurant la charge effective des travaux pour leurs ascendants ou descendants propriétaires occupants (article R. 321-12, I, 3° du CCH) - Habiter Mieux Agilité - est modifiée ainsi qu'il suit : / I - Pour les travaux visés au c.b) du 2°: le plafond de travaux subventionnables est fixé à : - 8 000 € HT, sauf pour le changement de chaudière ou de remplacement de système de chauffage par une chaudière gaz, / - 2 400 € HT pour les chaudières gaz. / Ces dispositions entrent en vigueur, pour toutes les demandes de subvention1 déposées à l'Anah à compter du 10 octobre 2019 inclus () ".

10. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'accusé de réception émis par l'ANAH suite à l'enregistrement de la demande de subvention de M. A que celle-ci a été déposée le 31 octobre 2019. Pour justifier du dépôt de sa demande à une date antérieure, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la date de création de son compte personnel sur le site de l'ANAH le 7 septembre 2019, une telle démarche ne constituant pas une demande de subvention pour l'application des dispositions du règlement général mentionnées au point 8 du présent jugement. Si dans un courrier électronique en date du 16 septembre 2019, un agent de la délégation territoriale de l'ANAH a pu mentionner au requérant que sa demande d'aide a été enregistrée le 7 septembre 2019, ce courriel qui au vu de sa date et de ces mentions a nécessairement trait à la demande de création du compte de l'intéressé et non pas à sa demande d'aide, ne permet pas lui non plus de justifier d'un dépôt antérieur au 10 octobre 2019. Dans ces conditions, les dispositions citées au point précédent sont applicables à la demande du requérant et celui-ci ne peut utilement se prévaloir des termes de la délibération du conseil d'administration de l'ANAH du 29 novembre 2017 dans leur rédaction applicable aux demandes de subventions formulées avant le 10 octobre 2019. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 décembre 2019 du délégué de l'ANAH en tant qu'elle ne lui accorde qu'une aide d'un montant de 4 000 euros ainsi que celle de la décision du 22 septembre 2020 par laquelle la directrice générale de l'ANAH a rejeté son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ANAH, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère.

- M. Liénard, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

B. D

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

E. GRARD

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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