vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP WABLE TRUNECEK TACHON AUBRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Tachon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2020 par laquelle le maire de la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été adoptée par une autorité incompétente ; elle a été prise par le maire sans aucune consultation de la collectivité publique ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, son dossier individuel ne lui ayant pas été communiqué malgré la demande qu'il a présentée en ce sens ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du III de l'article 11 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Caustier,
- les conclusions de M. Christian, rapporteur public,
- et les observations de Me Robillard, représentant la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, attaché territorial occupant, par la voie du détachement, les fonctions de directeur général des services de la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise, a été suspendu de ses fonctions, à titre conservatoire et pour une période de quatre mois, par un arrêté du maire en date du 7 juillet 2020, en raison d'une suspicion de complicité de détournement de fonds publics. Par un courrier du 4 août 2020, M. B a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par une décision du 1er octobre suivant, le maire de Saint-Pol-sur-Ternoise a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. / () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du même code : " Le maire est seul chargé de l'administration ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une commune est saisie d'une demande de protection relative, non au maire ou aux élus sur le fondement de l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales, mais à un agent public sur le fondement de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, le maire est alors, conformément à l'article L. 2122-18 précité, seul compétent, en sa qualité de chef des services municipaux, pour refuser ou accorder à cet agent placé sous son autorité le bénéfice de cette protection.
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été adoptée par le maire de Saint-Pol-sur-Ternoise, de sorte que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, à supposer que M. B, en soutenant que la décision attaquée " a été prise par le maire sans aucune consultation de la collectivité publique ", ait entendu soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, ce moyen n'est en tout état de cause pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, il doit être écarté.
5. En troisième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit qu'une décision portant rejet d'une demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle doive être précédée de la communication de son dossier à l'agent. Le moyen soulevé à ce titre est ainsi inopérant et doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " () / II.- Sauf en cas de faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la responsabilité civile du fonctionnaire ne peut être engagée par un tiers devant les juridictions judiciaires pour une faute commise dans l'exercice de ses fonctions. / Lorsque le fonctionnaire a été poursuivi par un tiers pour faute de service et que le conflit d'attribution n'a pas été élevé, la collectivité publique doit, dans la mesure où une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions n'est pas imputable au fonctionnaire, le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui. / III.-Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. / IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / () ".
7. Les dispositions citées au point précédent établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général ou si les faits en relation avec les poursuites ont le caractère d'une faute personnelle. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, notamment en cas de diffamation, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances. L'autorité administrative se prononce au vu des éléments dont elle dispose à la date de sa décision en se fondant le cas échéant, d'une part, sur ceux recueillis dans le cadre de la procédure pénale, sans attendre l'issue de cette dernière ou de la procédure disciplinaire, ainsi que, d'autre part, sur les éléments objectifs postérieurs.
8. En revanche, les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 n'ont ni pour objet, ni pour effet d'ouvrir droit à la prise en charge par l'administration des frais qu'un fonctionnaire peut engager pour sa défense dans le cadre d'une procédure disciplinaire diligentée à son encontre par l'autorité hiérarchique dont il relève ou des frais qu'il expose pour contester devant la juridiction administrative une sanction disciplinaire prise à son encontre. Ces dispositions n'imposent pas davantage à l'administration de prendre en charge les frais générés par la contestation d'arrêtés, devant la juridiction administrative, qui ne constituent pas des sanctions disciplinaires mais des mesures purement conservatoires prises par l'autorité hiérarchique. Toutefois, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle, M. B s'est borné à faire état de la suspension de ses fonctions, par un arrêté du maire en date du 9 juillet 2020 et faisant suite à un rapport de la direction générale des finances publiques dénonçant des faits de détournement de fonds publics. Toutefois, les dispositions du quatrième alinéa de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 n'imposent pas à l'administration de prendre en charge les frais générés par la contestation de tels arrêtés devant la juridiction administrative, qui ne constituent d'ailleurs pas des sanctions disciplinaires mais des mesures purement conservatoires prises par l'autorité hiérarchique.
10. Par ailleurs, si, dans ses écritures, le requérant se prévaut également de la plainte déposée contre X par le maire de Saint-Pol-sur-Ternoise en raison de ces faits présumés de détournement de fonds public ainsi que des articles de journaux locaux relayant cette information, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le requérant faisait l'objet, à la date de la décision attaquée, de poursuites pénales, ni qu'il était placé en garde à vue ou entendu en qualité de témoin assisté ou encore qu'il se serait vu proposer une mesure de composition pénale. En outre, les articles de journaux produits, s'ils mentionnent les mesures de suspension de fonctions adoptées par le maire de Saint-Pol-sur-Ternoise à l'encontre de trois agents de la commune, ne dévoilent ni l'identité de ces derniers ni leurs fonctions - à l'exception de l'article paru le 29 octobre 2020, soit postérieurement à la date de la décision contestée - de sorte qu'il n'est pas possible d'identifier le requérant.
11. Il suit de là que M. B ne justifie pas qu'il remplissait, à la date de la décision attaquée, les conditions lui ouvrant droit au bénéfice de la protection fonctionnelle. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires doit donc être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du requérant une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Pol-sur-Ternoise.
Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marjanovic, président,
M. Larue, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
G. CAUSTIER
Le président,
Signé
V. MARJANOVIC
La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026