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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2008760

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2008760

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2008760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2020, M. B F, représenté par Me Benoit David, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la présidente de la commission de discipline du centre de détention de Bapaume lui a infligé la sanction de mise en cellule disciplinaire durant vingt jours ainsi que la décision 24 décembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a confirmé cette sanction ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière ; il n'est pas établi que les auteurs du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête étaient habilités pour les rédiger ni que ces agents n'auraient pas siégé au sein de la commission de discipline, en méconnaissance des dispositions des articles R. 57-7-13 et R. 57-7-14 du code de procédure pénale ; il n'est pas établi que l'auteur de la décision de poursuite bénéficiait de la délégation prévue à l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ; il a été porté atteinte, lors de la fouille de sa cellule, aux principes du procès équitable et aux droits de la défense ; il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée, en méconnaissance des dispositions des articles R. 57-7-6 et R. 57-7-8 du code de procédure pénale ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que l'un de ses deux conseils n'a pas été mis à même d'être présent lors de la commission de discipline ;

- la procédure disciplinaire française méconnaît les règles du procès équitable telles que définies à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le recours administratif préalable obligatoire ne permet pas un droit à un recours effectif, en méconnaissance de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- la sanction attaquée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 6 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 février 2023 à 14h00.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 décembre 2020 de la présidente de la commission de discipline du centre de détention de Bapaume, à laquelle s'est substituée la décision du 24 décembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté le recours administratif obligatoire formé par M. F et confirmé la sanction qui lui a été infligée.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, incarcéré au centre de détention de Bapaume, a fait l'objet d'un rapport d'incident, le 19 novembre 2020, pour possession d'un objet interdit en détention. Par une décision du 2 décembre 2020, la présidente de la commission de discipline a prononcé à son encontre la sanction de mise en cellule disciplinaire durant vingt jours. Le 3 décembre suivant, M. F a formé à l'encontre de cette décision le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, qui a été rejeté par une décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille en date du 24 décembre 2020. Par la présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler ces deux dernières décisions.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 29 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 2 décembre 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. ".

3. Les dispositions citées au point précédent imposent à un détenu de déférer la sanction disciplinaire dont il est destinataire au directeur interrégional des services pénitentiaires. L'institution d'un tel recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est, par suite, la seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

4. Il suit de là qu'en l'espèce, la décision du 24 décembre 2020 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille s'est substituée à la sanction prononcée par la présidente de la commission de discipline du centre de détention de Bapaume du 2 décembre 2020, de sorte que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. F contre cette décision de la présidente de la commission de discipline sont irrecevables. Elles ne peuvent, pour ce motif, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 décembre 2020 :

5. Seule la décision prise à la suite du recours administratif obligatoire, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Toutefois, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Aux termes de l'article R. 57-6-9 du même code, alors en vigueur : " () / L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires ".

7. En l'espèce, si le compte-rendu d'incident du 19 novembre 2020 ne mentionne pas l'identité de son rédacteur, l'administration pouvait, en application des dispositions précitées de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, décider d'occulter l'identité de ce dernier sur le compte rendu d'incident communiqué au détenu et à son conseil pour préserver la sécurité de son auteur. Dans le cadre de la présente instance, le garde des sceaux, ministre de la justice a produit une copie de ce compte rendu d'incident laissant apparaître les initiales des nom et prénom de son auteur (M. A), et établit de la sorte que cet agent n'a pas siégé au sein de la commission de discipline, dont la composition est établie par les pièces versées à l'instance. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'auteur de ce compte rendu, identifié sous la qualité de " 1er surveillant ", et qui relate l'incident en cause en employant la première personne, n'aurait pas été présent lors de cet incident. Enfin, les dispositions précitées de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale prévoient qu'un compte rendu d'incident peut être rédigé par tout agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier, sans exiger d'autre formalité relative à la compétence de cet agent. Les moyens soulevés sur ces différents points doivent, par suite, être écartés.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le rapport prévu par les dispositions citées au point précédent a été établi par le major pénitentiaire Loic Copie, lequel n'a pas siégé au sein de la commission de discipline. Le moyen soulevé sur ce point doit être écarté.

10. En troisième lieu, R. 57-7-15 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que les poursuites disciplinaires ont été ordonnées par une décision du 24 septembre 2018 adoptée par le capitaine C E, chef de détention, lequel avait reçu délégation à cet effet en vertu d'une décision du 8 septembre 2020 de la cheffe d'établissement du centre de détention de Bapaume, régulièrement publiée au recueil spécial des actes administratifs de l'Etat dans la préfecture du Pas-de-Calais du 30 septembre 2020. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que cette habilitation bénéficie d'une publicité particulière au sein de l'établissement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité ayant décidé les poursuites doit être écarté.

12. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs " et aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". En application de l'article R. 57-7-8 du même code alors en vigueur : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire. ".

13. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Il est créé un corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire régi par le code général de la fonction publique () ". Aux termes de l'article 2 du même décret, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire comprend quatre grades : / 1° Un grade de surveillant () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que cette commission était présidée par la cheffe d'établissement, assistée de deux assesseurs. L'assesseur extérieur à l'administration pénitentiaire, avait été habilité par une décision de la présidente du tribunal de grande instance de Béthune en date du 26 octobre 2011. Il ressort des motifs de la décision attaquée que l'assesseur pénitentiaire présent était M. D G, surveillant pénitentiaire, ce qui est corroboré par les initiales inscrites sur le rôle de la commission de discipline en cause. M. F, qui a assisté à la séance de la commission de discipline, ne conteste pas sérieusement l'identité de cet assesseur, qui est membre du premier grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. Par ailleurs, aucune disposition, ni aucun principe n'imposait, contrairement à ce que soutient M. F, que la décision par laquelle le président de la commission de discipline désigne les assesseurs choisis parmi les membres du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement revête une forme particulière ou soit publiée ou soit portée à la connaissance des personnes détenues.

15. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions relatives à la composition de la commission de discipline, doit être écarté en toutes ses branches.

16. En cinquième lieu, l'article 7 du règlement intérieur type annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur, prévoit que : " () / Les personnels pénitentiaires procèdent, en l'absence de la personne détenue, à des fouilles fréquentes et minutieuses de la cellule. () ". Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'administration pénitentiaire ne pouvait procéder à la fouille de la cellule de M. F en son absence doit être écarté.

17. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires () / II. - La personne détenue dispose de la faculté de se faire assister par un avocat de son choix ou par un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats et peut bénéficier à cet effet de l'aide juridique. / () ".

18. Si les dispositions précitées de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale impliquent que l'intéressé soit informé, en temps utile, de la possibilité de se faire assister d'un avocat, possibilité dont il appartient à l'administration pénitentiaire d'assurer la mise en œuvre lorsqu'un détenu en fait la demande, la circonstance que l'avocat dont l'intéressé a ainsi obtenu l'assistance ne soit pas présent lors de la réunion de la commission de discipline est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que cette absence n'est pas imputable à l'administration.

19. Il ressort des pièces du dossier que l'administration pénitentiaire s'est acquittée des diligences nécessaires afin d'aviser les deux avocats désignés par M. F, à savoir Me Monsef et Me David, en vue de la séance de la commission de discipline du 2 décembre 2020. Si l'intéressé soutient que les droits de la défense ont été méconnues dès lors que la convocation de Me David a été annulée après que Me Monsef a confirmé la présence d'un confrère, Me C, le substituant durant la commission de discipline, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le requérant ait expressément indiqué souhaiter la présence simultanée de deux conseils lors de la commission de discipline. A l'inverse, le garde des sceaux, ministre de la justice, fait valoir, sans être contredit sur ce point, qu'interrogé sur cette éventualité par un agent pénitentiaire, M. F avait indiqué ne pas souhaiter la présence de Me David si Me Monsef devait accepter la convocation qui lui a été envoyée. Il suit de là que le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté, en toutes ses branches.

20. En septième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".

21. Eu égard, d'une part, à la nature et au degré de gravité des sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues, qui n'ont, par elles-mêmes, pas d'incidence sur la durée des peines initialement prononcées, les dispositions relatives à la procédure disciplinaire applicable aux détenus ne sauraient être regardées comme portant sur des accusations en matière pénale au sens de ces stipulations. D'autre part, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que les stipulations précitées soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer, à l'encontre de la décision en litige, la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

22. En huitième lieu, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

23. La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline a l'obligation de former un recours administratif préalable auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires en application des dispositions précitées de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Toutefois, ces dispositions ne font pas obstacle à ce que, sans attendre l'issue de ce recours administratif préalable, cette personne ait recours aux procédures de référé prévues par le livre V du code de justice administrative, en particulier à celle de référé-suspension régie par l'article L. 521-1 de ce code et à celle de référé-liberté, régie par l'article L. 521-2, dont l'existence est par ailleurs rappelée par le dernier alinéa de l'article 726 du code de procédure pénale, dans sa rédaction issue de l'article 91 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009. Lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, le juge des référés, d'une part, " se prononce dans un délai de quarante-huit heures ", d'autre part, a le pouvoir de prendre " toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale ", au nombre desquelles figurent la suspension de l'exécution de la décision litigieuse ainsi qu'un pouvoir d'injonction à l'égard de l'administration. L'ensemble des voies de recours ainsi offertes à la personne détenue lui garantit le droit d'exercer un recours effectif, susceptible de permettre l'intervention du juge en temps utile, alors même que son exercice est par lui-même dépourvu de caractère suspensif. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

24. En neuvième lieu, il ressort des pièces du dossier que la sanction en litige a été adoptée après la découverte, dans la cellule occupée par M. F, d'un smartphone, objet interdit en détention. Si le requérant soutient que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie, il n'apporte à l'appui de ce moyen aucun élément de nature à établir que cet objet n'était pas à lui, ainsi qu'il le prétend, et à remettre ainsi en cause les énonciations du compte-rendu d'incident établi le 19 novembre 2020, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de matérialité des faits fondant la décision attaquée doit être écarté.

25. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () / 8° La mise en cellule disciplinaire. ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. / () ".

26. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

27. Compte tenu de la faute commise par M. F, qui relève du 1er degré au sens des dispositions précitées de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, et de la circonstance que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une sanction disciplinaire pour des faits similaires, la sanction de mise en cellule disciplinaire durant 20 jours ne présente pas un caractère disproportionné. Le moyen doit être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. F tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Benoit David.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. CAUSTIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2008760

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