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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2009111

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2009111

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2009111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantSCP MASSON ET DUTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 décembre 2020 et 18 novembre 2022, sous le numéro 2009111, Mme B C, représentée par Me Dutat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié une dette d'un montant de 7802,58 euros résultant d'un indu d'aide personnalisée au logement pour la période allant d'octobre 2017 à août 2020 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocation familiales du Nord de lui verser l'aide personnalisée au logement ;

3°) à titre subsidiaire de lui accorder une remise gracieuse ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Nord la somme de 2000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R.825-2 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie pour avis ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R.133-9-2 du code de la sécurité sociale, dès lors qu'elle ne fait pas référence à la possibilité de présenter des observations dans le cadre de la séance de la commission de recours amiable ;

- elle méconnait le principe du contradictoire et l'article 6§1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce que le rapport d'enquête ne lui a pas été communiqué ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle réside de manière régulière et stable en France et que la caisse d'allocations familiales ne démontre pas qu'elle aurait séjourné à l'étranger de façon régulière à partir d'octobre 2017 ;

- elle est dans une situation de précarité et démontre sa bonne foi, ce qui justifie de lui accorder une remise gracieuse de sa dette en tout état de cause.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est prématurée en l'absence de réponse au recours préalable obligatoire ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 21 juin 2021 le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 8 mars 2021, 18 novembre 2022 et 20 novembre 2022, sous le numéro 2101745, Mme B C, représentée par Me Dutat, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié une dette d'un montant de 7802,58 euros résultant d'un indu d'aide personnalisée au logement pour la période allant d'octobre 2017 à août 2020, ainsi que la décision implicite du 2 janvier 2021 rejetant son recours préalable ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocation familiales du Nord de lui verser l'aide personnalisée au logement ;

4°) à titre subsidiaire de lui accorder une remise gracieuse ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Nord la somme de 2000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision du 15 octobre 2020, malgré une demande de communication de motifs, n'a pas été motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R.825-2 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie pour avis ;

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut à la jonction des instances n°2009111 et 2101745.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative :

- le rapport de M. Groutsch, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 15 octobre 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a notifié à Mme C une dette d'un montant de 7802,58 euros résultant d'un indu d'aide personnalisée au logement pour la période allant d'octobre 2017 à août 2020. Elle a formé un recours administratif préalable contre cette décision le 2 novembre 2020, qui a été implicitement rejeté. Elle demande au tribunal l'annulation de cette décision et de celle du 15 octobre 2020.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2009111 et 2101745 présentées par la même requérante, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle dans le dossier n°2101745 :

3. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance " et aux termes de l'article 20 de la même loi: " (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

5. Aux termes de l'article R.825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

6. En l'espèce, Mme C a formé un recours administratif contre la décision du

15 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement. En raison du silence gardé par la caisse d'allocations familiales, une décision implicite de rejet est née et s'est substituée à la décision du

15 octobre 2020. Dans ces circonstances, les requêtes de Mme C doivent être regardées comme dirigées contre la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales rejetant implicitement son recours administratif.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet implicite de son recours préalable obligatoire :

7. D'une part, le code des relations entre le public et l'administration prévoit à son article L. 211-2 que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire " et à son article L. 232-4 qu'" une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () En l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite initiale se trouve entachée d'illégalité. () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 825-2 de ce code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées. ".

8. En premier lieu, la décision par laquelle une caisse d'allocations familiales procède à la récupération des sommes indûment versées au titre de l'aide personnalisée au logement est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de ces dispositions, et Mme C établit avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté son recours préalable, décision qui s'est substituée à celle du 15 octobre 2020 par laquelle l'indu lui avait été notifié. Par suite la décision de rejet du recours préalable obligatoire de Mme C est entaché d'un défaut de motivation.

9. En second lieu, en l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que le recours de

Mme C du 2 novembre 2020 dirigé contre la décision du 15 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord l'a informée de la récupération d'un indu d'aide personnalisée au logement ait été soumise à la commission de recours amiable, laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales, afin qu'elle se prononce sur cette réclamation, que ce soit de façon expresse ou implicite.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté son recours contre la décision du 15 octobre 2020.

Sur la demande de remise gracieuse :

11. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable, en vertu des dispositions de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation, aux aides personnelles au logement, dont fait partie l'aide personnalisée au logement : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur à la date du présent jugement et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

12. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

13. En l'espèce, Mme C a sollicité le 10 novembre 2020 une remise de dette qui lui a été refusée par décision du 11 décembre 2020 en raison de la fraude à l'origine de sa dette. Il résulte en effet de l'instruction que Mme C a sciemment omis de déclarer ses nombreux séjours à l'étranger et continuait à percevait l'allocation d'aide au logement sur des périodes pendant lesquelles elle ne résidait pas sur le territoire français. Sa bonne foi étant remise en cause, elle ne peut dans ces conditions utilement solliciter une remise gracieuse de sa dette.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'annulation de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord a rejeté son recours contre la décision du 15 octobre 2020, implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, que la caisse d'allocations familiales statue à nouveau sur le recours de Mme C par une décision motivée rendue après saisine de la commission de recours amiable. Dans ces conditions, il est enjoint à la caisse d'allocations familiales du Nord de procéder au réexamen de la demande de Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes présentées par Mme C au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er: Mme C est admise, dans le dossier n°2101745, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision implicite par laquelle la caisse d'allocation familiales du Nord a rejeté le recours de Mme C à l'encontre de la décision du 15 octobre 2020 lui notifiant une dette résultant d'un indu d'aide personnalisée au logement, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la caisse d'allocation familiales du Nord de procéder au réexamen du recours de Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. DLa greffière,

P.MAGHRI

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

2, 2101745

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