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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2009118

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2009118

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2009118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSARTIAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 17 décembre 2020 et le 28 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Sartiaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Nord (CLAC) du 21 juillet 2020 lui refusant la délivrance d'une carte professionnelle ;

2°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne qu'il exerce les fonctions de directeur de la sûreté du port de Calais ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors que son comportement n'est pas incompatible avec l'exercice de fonctions de sécurité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 juillet 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle Nord (CLAC) a refusé à M. A la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité. Le 14 septembre 2020, il a formé un recours administratif préalable obligatoire devant la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Ce recours a été rejeté par décision du 27 octobre 2020. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

3. Pour refuser de délivrer la carte professionnelle sollicitée par M. A, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a considéré que les conditions définies au 2° de l'article L. 621-20 du code de la sécurité intérieure n'étaient pas satisfaites au motif qu'était incompatible avec l'exercice des métiers de la sécurité privée la condamnation de l'intéressé, le 3 octobre 2019, par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, à une peine de 1 500 euros d'amende avec sursis pour avoir commis, du 5 octobre 2016 au 5 janvier 2017, des faits de harcèlement moral. La commission nationale du CNAPS a également précisé que cette condamnation, inscrite sur le bulletin n°2 du casier judiciaire du requérant, portait sur des faits graves et récents révélant un comportement contraire à l'honneur et à la probité, de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, qui se sont déroulés durant l'exercice par M. A de ses fonctions de directeur de la sûreté du port de Calais.

4. En premier lieu, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des attestations du 12 février 2004 du directeur des ressources humaines de la chambre de commerce et d'industrie de Calais et du 7 septembre 2020 du secrétaire général du Port de Boulogne-Calais que M. A n'exerce pas les fonctions de directeur de la sûreté du port de Calais mais celles d'agent de sûreté portuaire. En second lieu, il ressort également du jugement correctionnel du 3 octobre 2019 du tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer que M. A a diffusé de manière répétée, du 5 octobre 2016 au 5 janvier 2017, des tracts, des messages sur les réseaux sociaux et des dessins à caractère diffamatoire, injurieux et obscène visant le directeur de la sûreté du port de Calais. Si, à cet égard, M. A fait valoir que ces faits ont été commis dans le cadre de l'exercice de fonctions syndicales pour alerter sur les conditions de travail, cette circonstance, au demeurant non établie, est sans incidence. De même, il ressort de l'ordonnance du 6 avril 2021 du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer effaçant la mention de la condamnation au bulletin n°2 du casier judiciaire, que M. A ne s'est pas fait connaître défavorablement des services de police et de la justice depuis l'unique condamnation du 3 octobre 2019. Dans ces conditions, eu égard au caractère ancien des faits commis près de quatre ans antérieurement à l'édiction de la décision attaquée, qui ont uniquement donné lieu à une condamnation au paiement d'une amende avec sursis, à leur nature et à leur caractère isolé et alors que le requérant n'exerce pas les fonctions de directeur de la sûreté du port de Calais, en refusant de délivrer la carte professionnelle sollicitée par M. A au motif que son comportement, quand bien même aurait-il été contraire à l'honneur et à la probité au moment de la commission des faits, était incompatible avec l'exercice d'une activité d'agent privé de sécurité, la commission nationale du CNAPS a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a refusé de lui délivrer une carte professionnelle.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, les conclusions de M. A, qui n'établit pas avoir exposé des frais au titre des dépens dans le cadre de la présente instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 27 octobre 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de délivrer à M. A une carte professionnelle d'agent privé de sécurité est annulée.

Article 2 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.

La rapporteure,

signé

S. BERGERAT

Le président,

signé

M. PAGANELLa greffière,

signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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