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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2009247

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2009247

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2009247
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantBAUCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2020, M. B A, représenté par Me Bauchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a confirmé un indu d'un montant initial de 23 136,29 euros résultant d'un trop perçu de revenu de solidarité active pour la période de novembre 2016 à octobre 2019 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Nord de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Nord de cesser toute retenue dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 3 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est irrégulière dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée ;

- elle méconnaît l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 dès lors qu'elle n'indique pas les bases de liquidation de la créance

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les erreurs de déclaration portent uniquement sur une période de janvier à mai 2019 et pas de novembre 2016 à octobre 2019, qu'elles ne sont pas frauduleuses et qu'il est dans une situation précaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Groutsch, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 novembre 2019, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Nord a notifié à M. B A un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 23 136,29 euros résultant d'un trop perçu de revenu de solidarité active pour la période de novembre 2016 à octobre 2019. Le recours administratif formé le 3 janvier 2020 par M. A a été rejeté par une décision du 14 février 2020 du président du conseil départemental du Nord. M. A demande au tribunal d'annuler cette dernière.

2. En premier lieu, Mme C E, responsable du Pôle Droits et Devoirs des Allocataires du revenu de solidarité active, a reçu délégation de signature du président du conseil départemental du Nord, par arrêté du 15 septembre 2016, publié dans le numéro spécial du recueil des actes administratifs du département relatif à l'organisation des services départementaux, tel que modifié par l'arrêté n°2019/DS/DGASOL/DIPLE/06 du 29 novembre 2019, à l'effet de signer, au nom du président du conseil départemental du Nord, tous courriers et tous actes et décisions dans le cadre d'une procédure administrative conduisant à la prise d'une décision par une des autorités décisionnaires du département et notamment les décisions de rejet et leur notification. Par suite, Mme E était compétente pour signer la décision du 14 février 2020 rejetant le recours administratif exercé par M. A contre la décision du 13 novembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Nord lui a réclamé le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active. Ce moyen, qui manque en fait, doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que la décision litigieuse n'ait été notifiée au requérant que par courrier simple, qui n'est susceptible d'avoir d'incidence que sur l'opposabilité des délais de recours, est sans incidence sur la légalité de la décision elle-même.

4. En troisième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération, ce qu'elle a fait en l'espèce. En revanche, dès lors qu'elle ne constitue pas un titre exécutoire, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne mentionne pas les bases de liquidation et les modalités de calcul de l'indu en cause est donc sans incidence sur la solution du litige et doit, dès lors, être écarté.

5. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

6. Il résulte en l'espèce de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête réalisé par l'agent assermenté de la caisse d'allocation familiales du Nord produit à l'instance, que M. A a effectué des activités non déclarées en Belgique dans le même restaurant que sa famille, ce qui a pu être confirmé par les dépôts d'argent en liquide réalisés par le requérant sur son compte. L'agent de la caisse d'allocations familiales a, au regard des éléments recueillis, estimé que M. A avait réalisé volontairement de fausses déclarations et éludé son activité en Belgique afin de percevoir plus de droits sur la période de novembre 2016 à octobre 2019. Pour contester les constats effectués, le requérant se borne tout d'abord à soutenir que la période pendant laquelle il n'aurait pas procédé aux déclarations requises se limiterait aux cinq premiers mois de l'année 2019, sans apporter aucun élément de nature à remettre en cause le constat de l'agent assermenté et à démontrer ses allégations. Il soutient par ailleurs qu'il n'aurait eu aucune intention frauduleuse mais serait seulement perdu dans les démarches administratives et en situation précaire. Néanmoins, les moyens tirés de la bonne foi et de la précarité de sa situation, au demeurant non démontrés, sont inopérants à l'appui d'un recours tendant à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours et confirmé son intention de recouvrer un indu de revenu de solidarité active correspondant à un montant de 23 136,29 euros. Ses conclusions présentées au titre de l'injonction et des frais irrépétibles doivent par voie de conséquence être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. D La greffière,

P.MAGHRI

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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