lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2009291 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2020, la commune de Flêtre demande au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du 15 septembre 2020 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur son territoire, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs aux phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols intervenus au cours de la période allant du 1er janvier 2019 au 30 septembre 2019.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, le maillage du territoire n'étant pas adapté ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation eu égard à la nature du sol de la commune, aux valeurs d'humidité en constante diminution, aux dégâts occasionnés par la sécheresse 2019 et alors que le préfet du Nord a édicté des mesures de restrictions d'usage de l'eau au cours de l'année 2019 ;
- il méconnait le principe d'égalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco-Légal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Flêtre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune de Flêtre ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Babski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la sécheresse ayant frappé son territoire au cours de la période allant du 1er janvier 2019 au 30 septembre 2019, la commune de Flêtre a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances, déposé une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. Par un arrêté interministériel du 15 septembre 2020, le ministre de l'économie et des finances, le ministre de l'intérieur et le ministre de l'action et des comptes publics ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols pour l'année 2019, au nombre desquelles ne figure pas la commune de Flêtre. Cet arrêté a été publié au Journal officiel de la République française le 25 octobre 2020 et notifié à la commune par une lettre du préfet du Nord du 27 octobre 2020. Par la requête susvisée, la commune de Flêtre demande au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du 15 septembre 2020 en tant qu'il a refusé de reconnaître l'état de catastrophe naturelle en ce qui la concerne.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / En outre, si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions prévues au contrat correspondant. / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'Etat dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile. / Aucune demande communale de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle ne peut donner lieu à une décision favorable de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle par arrêté interministériel lorsqu'elle intervient dix-huit mois après le début de l'événement naturel qui y donne naissance. Ce délai s'applique aux événements naturels ayant débuté après le 1er janvier 2007. Pour les événements naturels survenus avant le 1er janvier 2007, les demandes communales de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle doivent être déposées à la préfecture dont dépend la commune avant le 30 juin 2008. / Les cavités souterraines considérées peuvent être naturelles ou d'origine humaine. Dans ce dernier cas, sont exclus de l'application du présent chapitre les dommages résultant de l'exploitation passée ou en cours d'une mine ".
3. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la circulaire du 10 mai 2019 relative à la révision des critères de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, mise en ligne sur le site Légifrance à compter du 13 mai 2019, et du courrier de notification daté du 27 octobre 2020 adressé à la commune de Flêtre que pour instruire la demande de la commune de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, les ministres se sont fondés sur deux critères cumulatifs, un critère géologique et un critère météorologique examinés au regard des études réalisées par Météo France pour les données météorologiques, et par le BRGM pour les données géologiques. Suivant cette méthode, le critère géotechnique est rempli lorsqu'au moins 3% du territoire communal est composé de sols sensibles aux mouvements de terrain. S'agissant du critère météorologique, Météo France, en utilisant l'ensemble des données pluviométriques présentes dans sa base de données climatologiques, modélise le bilan hydrique de l'ensemble du territoire français à l'aide d'une grille composée d'un maillage de plus de 9 000 mailles, chacune ayant huit kilomètres de côté. Pour chaque maille est évalué le seuil à partir duquel le phénomène de retrait-gonflement issu de la sécheresse est considéré comme intense et anormal. La méthode retenue est basée sur des modèles simulant les échanges d'eau et d'énergie entre le sol et l'atmosphère (modèle ISBA), prenant en compte le ruissellement et le drainage (modèle MODCOU) et les variables atmosphériques près de la surface (modèle SAFRAN). La teneur en eau des sols est représentée par le paramètre SWI qui est un indice d'humidité du sol, intégrant l'humidité de la zone racinaire et de la zone profonde. Est examiné, pour chaque saison de l'année, l'indicateur d'humidité des sols et la durée de retour de cet indicateur par comparaison aux indicateurs d'humidité des sols des années précédentes. Pour que l'intensité anormale de l'épisode de sécheresse soit retenue, la durée de retour doit être supérieure ou égale à 25 ans.
4. En premier lieu, la commune ne fournit à l'appui de ses allégations quant à l'emploi de mailles d'une superficie trop conséquente pour instruire sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle aucun élément à caractère scientifique étayé permettant d'établir les insuffisances qu'elle invoque du système de modélisation développé par Météo France. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le périmètre de la maille à l'intérieur de laquelle s'étend le territoire de la commune requérante n'a pas permis d'appréhender avec une pertinence et une précision suffisantes l'intensité de l'aléa naturel en cause au titre de la période allant du 1er janvier au 30 septembre 2019. Le moyen doit ainsi être écarté.
5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis émis le 8 septembre 2020 par la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles que le sol de la commune de Flêtre est composé à 99,04% de sols sensibles aux aléas de retrait et gonflement. La nature du sol de la commune a ainsi était pris en compte. Il apparaît en outre qu'en ce qui concerne la maille 59 à laquelle la commune est rattachée, l'indicateur de teneur en eau des sols a été estimé, pour l'épisode hivernal, à 0,964 avec une durée de retour associé estimée à 5 ans. Pour l'épisode printanier, ce même indicateur a été estimé à 0,559 avec une durée de retour de 3 ans, s'agissant de la période estivale, la teneur en humidité a été estimée à 0,215 pour une durée de retour estimée à 16 ans, et pour la période automnale la teneur en humidité a été estimée à 0,374 pour une durée de retour de 2 ans. De telles durées de retour ne permettent pas de caractériser l'existence d'épisodes de sécheresse intense et anormale. Par ailleurs, alors que les dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances ne subordonnent pas le bénéfice de la garantie qu'elles prévoient à la démonstration de la survenance ou de la persistance des dommages imputables à la sécheresse mais à la constatation de l'intensité anormale de l'agent naturel à l'origine de ceux-ci, les dommages que plusieurs habitations de résidents auraient subi à la suite de la sécheresse de l'année 2019 ne permettent pas d'établir, à eux seuls, le caractère exceptionnel ou anormal de l'intensité du phénomène de sécheresse invoqué par la commune. Il en est de même en ce qui concerne l'édiction par le préfet du Nord, le 9 avril 2019, d'un arrêté plaçant le département du Nord en " vigilance sécheresse " et de plusieurs arrêtés fixant des mesures de restriction d'usage de l'eau au cours de la même année, dès lors que les critères mis en œuvre à cette occasion diffèrent de ceux appliqués pour déterminer l'existence d'un état de catastrophe naturelle. Par suite, les ministres n'ont pas fait une inexacte appréciation de la situation de la commune de Flêtre en estimant que l'intensité des phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols ayant touché son territoire au cours de la période allant du 1er janvier 2019 au 30 septembre 2019 n'était pas anormale. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation doit ainsi être écarté.
6. En troisième et dernier lieu, la commune de Flêtre ne peut utilement invoquer la circonstance que certaines communes, qu'elle ne nomme pas, se sont vues reconnaître le bénéfice de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols pour l'année 2019 dès lors qu'elle n'établit pas, ni même n'allègue, que l'évaluation des phénomènes de sécheresse en cause et de leur caractère exceptionnel n'a pas été effectuée à l'aide des mêmes critères pour l'ensemble de ces communes et que la situation de celles-ci était identique à la sienne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la commune de Flêtre tendant à l'annulation de l'arrêté interministériel du 15 septembre 2020 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur son territoire, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs aux phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols intervenus au cours de la période 1er janvier 2019 au 30 septembre 2019 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du ministre de l'intérieur présentées au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Flêtre est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Flêtre et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- M. Liénard, conseiller,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.
La rapporteure,
Signé
M. LECLERE
Le président
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026