lundi 20 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2009399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | NGOUDJO NGAGOUM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 décembre 2020 et 26 juillet 2021, M. A H, représenté par Me Ngoudjo Ngagoum, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 27 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à la société Protectim security services une autorisation de travail présentée en sa faveur pour un emploi d'agent de sécurité au sein de l'établissement situé à Lille ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté son recours gracieux à l'encontre de la décision du 27 octobre 2020 ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'adéquation entre son cursus et l'emploi qui lui est proposé ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la rémunération proposée par son employeur ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés et qu'il n'y a pas lieu d'examiner le motif tiré de l'insuffisance de rémunération, compte tenu de la décision prise sur le recours gracieux.
Par une ordonnance du 29 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 29 octobre 2021.
M. H a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. H, ressortissant gabonais né le 30 janvier 1984, est entré en France en juin 2017 sous couvert d'un visa en qualité d'étudiant. Il a bénéficié d'un titre de séjour en cette qualité, qui a été renouvelé jusqu'au 31 mars 2021. La société Protectim security services a sollicité le 5 octobre 2020 une autorisation de travail en faveur de M. A H afin de le recruter en qualité d'agent de sécurité à temps partiel, pour un salaire mensuel de 882,56 euros pour 80 heures par mois. Par une décision du 27 octobre 2020, le préfet du Nord a rejeté cette demande, en se fondant sur les deux motifs tirés de l'inadéquation entre l'emploi vacant et les qualifications du salarié et de l'insuffisance de la rémunération, l'emploi étant prévu à temps partiel. M. H a formé un recours gracieux, fondé sur un emploi à temps complet, rémunéré à hauteur de 1 559,48 euros par mois. Ce recours a été rejeté par une décision du 19 novembre 2020 qui n'est fondée, contrairement à ce que suggère l'emploi de l'adverbe " notamment ", que sur l'inadéquation des qualifications de l'intéressé à l'emploi en cause. Par la présente requête, le requérant doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 27 octobre 2020 ainsi que celle du 19 novembre 2020.
Sur l'étendue du litige :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
3. Il ressort des pièces du dossier que l'administration, par la décision du 19 novembre 2020, prise sur recours gracieux, s'est prononcée à nouveau sur la demande d'autorisation de travail présentée par la société Protectim security services en faveur de M. H. Ce dernier doit ainsi être regardé comme demandant l'annulation tant de la décision du 27 octobre 2020 rejetant la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur à son profit que de la décision du 19 novembre 2020, prise sur recours gracieux et retirant, implicitement mais nécessairement, la décision du 27 octobre 2020, en tant qu'elle rejette la demande d'autorisation de travail le concernant.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 octobre 2020 :
4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 4 août 2020 publié le même jour au recueil n° 192 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. E D, directeur régional des entreprises de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Hauts-de-France à l'effet de signer, notamment, les décisions prises en matière d'autorisation de travail délivrées aux ressortissants étrangers. Par un arrêté du 25 août 2020, publié le même jour au recueil n° 213 des actes administratifs de la préfecture, M. E D a subdélégué sa signature à M. D B, directeur régional adjoint des entreprises de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Hauts-de-France, responsable de l'unité départementale Nord-Lille, à l'effet de signer, notamment, ces dernières décisions. Ce même arrêté prévoit qu'en cas d'empêchement ou d'absence de M. D B, cette subdélégation sera exercée par Mme G F, signataire de la décision attaquée. Il n'est pas établi que M. B n'aurait pas été absent ou empêché lors de la signature de la décision du 15 mars 2019, par laquelle Mme G F a rejeté la demande d'autorisation de travail présentée par la société requérante. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de faits, vise l'ensemble des textes dont elle fait application, cite notamment les articles L. 5221-1 et R. 5221-1 du code du travail et expose avec suffisamment de précisions le motif sur lequel elle repose. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de la décision en litige, que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
7. En dernier lieu, aux termes du 1° de l'article R. 5221-1 du code du travail : " Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération Suisse () ". Aux termes du 2° de l'article R. 5221-20 du même code, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule. / Lorsque la demande concerne un étudiant ayant achevé son cursus sur le territoire français cet élément s'apprécie au regard des seules études suivies et seuls diplômes obtenus en France ; () / 6° Le salaire proposé à l'étranger qui, même en cas d'emploi à temps partiel, est au moins équivalent à la rémunération minimale mensuelle mentionnée à l'article L. 3232-1 ; () ".
8. Il résulte des dispositions du 2° de l'article R. 5221-20 du code du travail que l'octroi de l'autorisation de travail suppose d'apprécier l'adéquation entre d'une part la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'intéressé, et d'autre part, les caractéristiques de l'emploi auquel il postule. Il est en outre loisible à un ressortissant étranger de faire valoir une expérience professionnelle alors même qu'elle a été acquise au titre d'un emploi accessoire exercé sous couvert d'un titre de séjour étudiant, que le préfet peut prendre en compte, comme toute autre expérience professionnelle, pour déterminer l'adéquation de l'expérience professionnelle de l'intéressé avec les caractéristiques de l'emploi auquel il postule.
9. Pour refuser à M. H la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet du Nord s'est fondé sur deux motifs, l'inadéquation du poste pour lequel la demande d'autorisation a été faite avec les études qu'il a suivies et la circonstance que la rémunération du requérant est inférieure au salaire minimum mensuel à temps plein.
10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a obtenu un diplôme de prévention et de sécurité en 2018, a travaillé en qualité d'agent de sécurité à compter du mois d'avril 2019 et, ce jusqu'au mois de juin 2020. Bien qu'il n'ait pas allégué l'obtention de son diplôme de fin d'études, compte tenu de l'adéquation entre l'expérience professionnelle en tant qu'agent de sécurité acquise par l'intéressé au titre de son activité salariée accessoire et l'emploi auquel il postule, le préfet du Nord a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail.
11. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier de la décision en litige, que la société Protectim security services a produit, à l'appui de la demande d'autorisation de travail qu'elle a formée pour M. H, un formulaire de demande d'autorisation de travail mentionnant une rémunération de 882,56 euros pour une durée de travail de 80 heures mensuelles, ce qui correspond à un salaire inférieur au salaire minimum mensuel à taux plein, soit 1 539,42 euros, et qui n'est pas contesté par le requérant.
12. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ce second motif tiré de l'absence de rémunération versée au requérant au moins égale au montant minimum réglementaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait méconnu l'article R. 5221-20 du code du travail doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de ces conclusions, dirigées contre une décision retirée avant l'introduction de la requête et de ce fait privées d'objet dès l'origine, que M. H n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 octobre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 novembre 2020 en tant qu'elle rejette la demande d'autorisation de travail :
14. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord, saisi sur recours de l'intéressé, a tenu compte dans sa décision du 19 novembre 2020 d'une circonstance nouvelle, l'augmentation de la rémunération de M. H et de son temps de travail. Il ressort de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que par sa décision du 19 novembre 2020, qui n'est fondée que sur le motif de l'inadéquation entre l'expérience professionnelle en tant qu'agent de sécurité acquise par l'intéressé au titre de son activité salariée accessoire et l'emploi auquel il postule, le préfet du Nord a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail. Par suite, M. H est fondé à soutenir que la décision du 19 novembre 2020 est entachée d'une illégalité.
15. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. H est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Nord du 19 novembre 2020.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande d'autorisation de travail portant la mention " salarié ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
17. M. H a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ngoudjo Ngagoum, avocate de M. H, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ngoudjo Ngagoum de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 novembre 2020 par laquelle le préfet du Nord a refusé la délivrance d'une autorisation de travail en faveur de M. H est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de travail en faveur de M. H dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait.
Article 3 : L'Etat versera à Me Ngoudjo Ngagoum, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ngoudjo Ngagoum renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A H, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la société Protectim security services et à Me Ngoudjo Ngagoum.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Nord et au préfet du Pas-de-Calais (plateforme interrégionale de Béthune).
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026