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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100009

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100009

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS ACTION CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2021, la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Neuville-sur-Escaut s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 portant sur la réalisation de travaux en vue de l'installation d'un pylône de radiotéléphonie et la pose d'une clôture, sur le terrain sis rue du 8 mai 1945, Derrière chez Bouchart, parcelle cadastrée n° U2696, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 23 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Neuville-sur-Escaut de délivrer un certificat de non opposition à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Neuville-sur-Escaut la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit en tant qu'il méconnait les dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 dès lors qu'il retire une décision de non opposition tacite née le 21 août 2020 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, la commune de Neuville-sur-Escaut, représentée par la SCP Action-Conseils, conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que par une décision du 6 mai 2021, elle a retiré la décision attaquée et ne s'est pas opposée à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'aviation civile ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- l'arrêté du 25 juillet 1990 relatif aux installations dont l'établissement à l'extérieur des zones grevées de servitudes aéronautiques de dégagement est soumis à autorisation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Freger, représentant la commune de Neuville-sur-Escaut.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Neuville-sur-Escaut a été enregistrée le 27 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cellnex France, liée par un mandat à la société Bouygues Télécom, a déposé le 25 juin 2020, un dossier de déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 portant sur la réalisation de travaux en vue de l'installation d'un pylône de radiotéléphonie avec un paratonnerre et pose d'armoires techniques ainsi que la pose d'une clôture, sur le terrain sis rue du 8 mai 1945, Derrière chez Bouchart, parcelle cadastrée n° U2696. Par un arrêté du 3 septembre 2020, le maire de la commune de Neuville-sur-Escaut s'est opposé à la déclaration préalable. Par un courrier du 23 septembre 2020, la société Bouygues Télécom a formé un recours gracieux, implicitement rejeté par le maire de la commune de Neuville-sur-Escaut. Par une ordonnance n°2102256 du 13 avril 2021, le juge des référés du tribunal administratif de céans a suspendu l'exécution de l'arrêté du 3 septembre 2020 et a enjoint à la commune de prendre une nouvelle décision après nouvelle instruction sur la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024. Par leur requête, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France demandent au tribunal d'annuler l'arrêté municipal du 3 septembre 2020, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Neuville-sur-Escaut :

2. Si, par un arrêté du 6 mai 2021, le maire de la commune de Neuville-sur-Escaut ne s'est pas opposé à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 déposée par les sociétés requérantes le 25 juin 2020, cette décision n'est intervenue que pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lille du 13 avril 2021 qui a suspendu l'exécution de l'arrêté du 3 septembre 2020 s'opposant à cette déclaration préalable et a enjoint à la commune de prendre une nouvelle décision après nouvelle instruction dans un délai d'un mois à compter de la notification de son ordonnance. Une telle décision, qui revêt par sa nature même un caractère provisoire, n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions des sociétés requérantes tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2020. L'exception de non-lieu soulevée par la commune de Neuville-sur-Escaut doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article R.423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ; () ". Aux termes de l'article R.423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception (). " Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie. ". Aux termes de l'article R.424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé (), le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; () ". Aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R.431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / () / d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. () ". Aux termes de l'article R.244-1 du code de l'aviation civile : " A l'extérieur des zones grevées de servitudes de dégagement en application du présent titre, l'établissement de certaines installations qui, en raison de leur hauteur, pourraient constituer des obstacles à la navigation aérienne est soumis à une autorisation spéciale du ministre chargé de l'aviation civile et du ministre de la défense. / Des arrêtés ministériels déterminent les installations soumises à autorisation ainsi que la liste des pièces qui doivent être annexées à la demande d'autorisation. ". L'arrêté du 25 juillet 1990 relatif aux installations dont l'établissement à l'extérieur des zones grevées de servitudes aéronautiques de dégagement est soumis à autorisation prévoit à son article 1 : " Les installations dont l'établissement à l'extérieur des zones grevées de servitudes aéronautiques de dégagement est soumis à autorisation du ministre chargé de l'aviation civile et du ministre chargé des armées comprennent : / a) En dehors des agglomérations, les installations dont la hauteur en un point quelconque est supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau du sol ou de l'eau ; / b) Dans les agglomérations, les installations dont la hauteur en un point quelconque est supérieure à 100 mètres au-dessus du niveau du sol ou de l'eau. / Sont considérées comme installations toutes constructions fixes ou mobiles. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 29 juin 2020, la commune a demandé aux sociétés requérantes de produire le justificatif de dépôt de demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile et au d) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme. Toutefois le pylône à édifier étant d'une hauteur totale de 40,47 mètres, inférieure à celles visées à l'article 1er de l'arrêté du 25 juillet 1990 précité, le projet des sociétés requérantes n'était pas soumis à la délivrance de l'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile, comme la direction générale de l'aviation civile l'a au demeurant indiqué dans un courriel du 30 juin 2020. Dans ces circonstances, la demande de pièces complémentaires formulée par la commune le 29 juin 2020 au titre du d) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme était infondée.

6. Par un courrier du 17 juillet 2020, soit dans le délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme cité précédemment, la commune a sollicité des pièces complémentaires auprès de la société requérante, qui n'en conteste pas le bien-fondé. Il ressort des pièces du dossier que les sociétés requérantes ont fourni les pièces manquantes à la commune par courriel le 21 juillet 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune aurait, postérieurement à cette date, sollicité d'autres pièces. Ainsi, le dossier de demande d'autorisation préalable doit être réputé complet à compter du 21 juillet 2020. Eu égard au silence gardé par la commune dans le mois suivant cette date, une décision tacite de non-opposition est née le 21 août 2020. L'arrêté attaqué, édicté postérieurement au 21 août 2020, a par suite implicitement mais nécessairement eu pour effet de procéder au retrait de cette décision tacite, laquelle ne pouvait toutefois être retirée, en application des dispositions précitées de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018. Par suite, l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Neuville-sur-Escaut s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 portant sur la réalisation de travaux en vue de l'installation d'un pylône de radiotéléphonie et la pose d'une clôture, sur le terrain sis rue du 8 mai 1945, Derrière chez Bouchart, parcelle cadastrée n° U2696, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 23 septembre 2020. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Au regard des motifs qui le fondent, le présent jugement, implique qu'il soit enjoint au maire de la commune de Neuville-sur Escaut de délivrer aux sociétés requérantes un certificat de non opposition à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Neuville-sur-Escaut le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Neuville-sur-Escaut s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 déposée par les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France portant sur la réalisation de travaux en vue de l'installation d'un pylône de radiotéléphonie et la pose d'une clôture, sur le terrain sis rue du 8 mai 1945, Derrière chez Bouchart, parcelle cadastrée n° U2696 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 23 septembre 2020 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Neuville-sur Escaut de délivrer aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France un certificat de non opposition à la déclaration préalable n° DP 059429 20 C0024 dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Neuville-sur-Escaut versera aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Bouygues Télécom, à la société Cellnex France et à la commune de Neuville-sur-Escaut.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Liénard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

E. A Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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