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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100078

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100078

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantWECXSTEEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 janvier 2021, le 5 novembre 2021 et le 8 mars 2022, M. et Mme C et B A, représentés par Me Wecxsteen, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 août 2020 par laquelle le maire de la commune de Croix a refusé d'attester la conformité des travaux réalisés en exécution du permis de construire délivré le 2 mars 2017, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Croix de lui délivrer un certificat de conformité des travaux réalisés ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Croix la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été édictée sans examen sérieux de leur demande ;

- elle est irrégulière en l'absence de visite contradictoire ;

- elle est tardive en application des dispositions de l'article R. 462-6 du code de l'urbanisme ;

- elle est irrégulière en l'absence de notification d'une mise en demeure préalable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juillet 2021 et le 22 février 2022, la commune de Croix conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a plus lieu à statuer sur la requête ;

- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Wecxsteen, représentant M. et Mme A, et F, représentant la commune de Croix.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

1. Aux termes de l'article L. 462-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " A l'achèvement des travaux de construction ou d'aménagement, une déclaration attestant cet achèvement et la conformité des travaux au permis délivré ou à la déclaration préalable est adressée à la mairie. ". Aux termes de l'article R. 462-6 du même code : " A compter de la date de réception en mairie de la déclaration d'achèvement, l'autorité compétente dispose d'un délai de trois mois pour contester la conformité des travaux au permis ou à la déclaration () ". Aux termes de l'article R. 462-9 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Lorsqu'elle estime que les travaux ne sont pas conformes à l'autorisation, l'autorité compétente pour délivrer le permis ou prendre la décision sur la déclaration préalable met en demeure, dans le délai prévu à l'article R. 462-6, le maître de l'ouvrage de déposer un dossier modificatif ou de mettre les travaux en conformité avec l'autorisation accordée () ". Aux termes de l'article R. 462-10 dudit code : " Lorsque aucune décision n'est intervenue dans le délai prévu à l'article R. 462-6, une attestation certifiant que la conformité des travaux avec le permis ou la déclaration n'a pas été contestée est délivrée sous quinzaine, par l'autorité compétente, au bénéficiaire du permis ou à ses ayants droit, sur simple requête de ceux-ci () ".

2. En l'espèce, par un arrêté du 2 mars 2017, le maire de la commune de Croix a délivré à M. et Mme A un permis de construire une maison individuelle. Le 14 mars 2020 les intéressés ont adressé au maire de Croix une déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux effectués en exécution de cette autorisation d'urbanisme. Estimant que les travaux réalisés n'étaient pas conformes à celle-ci en raison de la superficie insuffisante des surfaces végétalisées réalisées, le maire de la commune a, par un courrier du 23 avril 2020, mis en demeure les époux A de régulariser les travaux sur ce point. Puis, par un courrier du 15 juillet 2020, le maire a demandé aux pétitionnaires de compléter leur déclaration en ce qui concerne le respect de la réglementation thermique, ceux-ci produisant la pièce sollicitée en ce sens le 24 juillet 2020. Par un courrier daté du 24 août 2020, le maire de la commune de Croix, après avoir estimé que les travaux en cause n'avaient pas été régularisés, a informé les époux A qu'il entendait poursuivre la procédure contentieuse engagée à leur encontre et dresser un procès-verbal à destination du procureur de la République.

3. Si par un arrêté du 3 février 2021, le maire de la commune de Croix a délivré à M. et Mme A un permis de construire modificatif concernant l'aménagement des revêtements de l'accès et l'implantation d'un portail, un tel arrêté n'a ni pour effet, ni pour objet, d'abroger ou de retirer l'acte du 24 août 2020 en litige. Dès lors, les conclusions de la requête de M. et Mme A ne peuvent être regardées comme dépourvues d'objet. Par suite, l'exception de non-lieu soulevée par la commune de Croix doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. En l'espèce, d'une part, contrairement à ce que la commune fait valoir, le courrier attaqué ne constitue pas une nouvelle mise en demeure édictée sur le fondement de l'article R. 462-9 du code de l'urbanisme, ni une simple information des requérants mais caractérise le refus du maire de Croix de constater la conformité des travaux effectués et tels qu'ils ont été autorisés par le permis de construire délivré le 2 mars 2017. D'autre part, cette décision, qui devait être motivée en application des dispositions du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne vise pas les textes dont elle fait application et ne comporte aucune considération de droit. Elle est, dès lors, insuffisamment motivée et le moyen soulevé en ce sens doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation de la décision du 24 août 2020 par laquelle le maire de la commune de Croix s'est opposé à la conformité de leurs travaux ainsi que par voie de conséquence la décision par laquelle le maire a implicitement rejeté leur recours gracieux présenté le 8 septembre 2020. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le maire de la commune de Croix réexamine, au regard des circonstances de droit et de fait existantes à la date de sa nouvelle décision, la demande de certificat de conformité de travaux de M. et Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme A, qui ne sont pas la partie perdante, la somme demandée par la commune de Croix au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Croix la somme demandée par les requérants au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de la commune de Croix en date du 24 août 2020 et la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté le 8 septembre 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Croix de procéder au réexamen de la demande de certificat de conformité des travaux de M. et Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Croix présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et B A et à la commune de Croix.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERELe président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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