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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100269

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100269

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (5)
Avocat requérantHOLLEBECQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête enregistrée le 12 janvier 2021 sous le numéro 2100269,

Mme A B, représentée par Me Hollebecque, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif préalable dirigé contre la décision 3 décembre 2019 rejetant sa demande de carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ".

Elle soutient que son état de santé justifie la délivrance de cette carte.

La requête a été communiquée au département du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

II°) Par une requête enregistrée le 8 octobre 2021 sous le numéro 2107937,

Mme A B, représentée par Me Hollebecque, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a rejeté son recours administratif préalable dirigé contre la décision rejetant sa demande de carte mobilité inclusion portant la mention

" stationnement " ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de lui délivrer la carte sollicitée pour une durée d'au moins 5 ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- son état de santé justifie la délivrance de la carte sollicitée.

Par des mémoires enregistrés les 2 novembre 2021 et 16 juin 2022, le département du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Liénard, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes analysées ci-dessus introduites par Mme B concernent toutes deux la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La carte mobilité inclusion destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée / () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour () apprécier : / () si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution () de la carte mobilité inclusion mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code () ".

3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles :

" I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles, concernant le critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : " 1. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande de carte de stationnement pour personnes handicapées ou de carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées ", c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.

5. En premier lieu, il résulte des principes énoncés au point 4 que les moyens tirés du défaut de motivation et de l'incompétence de l'auteur de la décision rejetant le recours administratif préalable obligatoire de Mme B doivent être écartés comme inopérants.

6. En second lieu, Mme B a sollicité la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " dans un premier temps auprès du président du conseil départemental du Nord puis, dans un second temps, auprès du président du conseil départemental du Pas-de-Calais le 21 janvier 2021. Par une décision du 6 mai 2021, cette autorité a rejeté la demande de l'intéressée au motif qu'elle ne remplissait pas les conditions fixées par l'arrêté du 3 janvier 2017 puis a rejeté le 26 août 2021 son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre cette décision. En l'espèce, il résulte du compte-rendu médical du 4 juin 2021 et des certificats médicaux du 14 juin 2021 et du 1er juillet 2021 que Mme B, née en 1985, souffre de crises d'épilepsie fréquentes, a un taux d'incapacité reconnu supérieur à 80 % et bénéficie de l'allocations aux adultes handicapés. Toutefois, si elle soutient avoir besoin d'une aide systématique dans ses déplacements, il résulte des termes du certificat médical du 15 janvier 2021 que son besoin d'assistance n'est que ponctuel. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le périmètre de marche de Mme B serait inférieur à 200 mètres, non plus qu'elle aurait besoin de recourir systématiquement à une aide technique ou une aide humaine pour ses déplacements ou qu'elle aurait recours à une oxygénothérapie. Par suite, Mme B ne remplit pas les conditions posées par l'arrêté du 3 janvier 2017 permettant la délivrance de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".

7. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Hollebecque, au département du Nord et au département du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées du Nord et à la maison départementale des personnes handicapées du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

Q. LIENARD

La greffière,

Signé

J. DEREGNIEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°s2100269

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