mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2100284 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JAMAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier 2021 et 28 février 2023, M. A B, représenté par Me Jamais, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Valenciennes l'a muté d'office de son poste d'agent funéraire vers un poste de médiateur social ;
2°) d'enjoindre à la commune de Valenciennes, à titre principal, de le rétablir dans ses fonctions d'agent funéraire et, à titre subsidiaire, de l'affecter sur un autre poste avec des responsabilités et un grade équivalents à celui de son ancien poste, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Valenciennes la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il dispose d'un intérêt à agir dès lors que la mesure prise, par les effets qu'elle emporte, ne constitue pas une simple mesure d'ordre intérieur et présente tous les effets d'une sanction disciplinaire ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de consulter préalablement son dossier individuel, que l'emploi n'a pas été créé et que la publication de sa vacance n'a pas été assurée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été prise, non pas dans l'intérêt du service, mais en considération de sa personne ;
- elle est entachée de détournement de procédure dès lors que l'administration lui a fait croire qu'il s'agissait d'une immersion et non pas d'une mutation ;
- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2021 et un mémoire enregistré le 23 septembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Valenciennes, représentée par Me de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2024 par une ordonnance du 12 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 22 avril 1905 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Perrin,
- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Jamais pour M. B et de Me de Faÿ pour la commune de Valenciennes.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est adjoint technique de première classe employé par la commune de Valenciennes et affecté depuis 2001 sur un emploi d'agent funéraire au sein du service des cimetières. Par décision du 31 décembre 2020, le maire de la commune de Valenciennes l'a affecté sur l'emploi de médiateur social au sein de la direction générale des services techniques de la commune. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision.
Sur la recevabilité des conclusions de M. B :
2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'avant sa mutation, l'emploi exercé par M. B comportait des responsabilités d'encadrant de proximité et que sa nouvelle affectation ne comporte aucune mission de gestion d'équipe, de sorte que la décision attaquée ne peut être regardée comme constituant une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le caractère de sanction déguisée de la décision de mutation :
4. Une mutation d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.
5. La commune de Valenciennes établit par les pièces qu'elle communique, notamment le procès-verbal du comité technique du 16 novembre 2020 ainsi que la délibération du conseil municipal du 13 avril 2021, sa décision de réorganiser le service des cimetières de la commune en raison d'un dysfonctionnement lié à des modalités d'organisation de travail différentes ainsi qu'à un manque de cohérence de fonctionnement entre les sites Saint-Roch et Saint-Jean du cimetière communal. Dans ce cadre, elle a décidé la suppression d'un poste d'agent funéraire. Par ailleurs, il ressort également de la fiche de visite du 4 décembre 2018 de la médecine préventive que M. B devait, dans l'exercice de ses fonctions, limiter son périmètre de marche, ne pas porter de charges supérieures à 20 kg et éviter les efforts prolongés aux températures extrêmes. La même fiche proscrivait les travaux en position accroupie ou agenouillée et indiquait parmi les tâches possibles, la gestion du personnel, des dossiers, la surveillance des travaux, l'accueil du public. Dans ces conditions, la mutation d'office de M. B sur le poste de médiateur social apparait bien justifiée par l'intérêt du service, compte tenu de la réorganisation des cimetières et des restrictions médicales rendant difficiles le maintien de M. B sur un emploi d'agent funéraire et elle ne manifeste pas, par suite, une volonté de la commune de sanctionner son agent. La circonstance que M. B n'ait pas donné son accord à ce changement d'affectation est à cet égard sans incidence.
En ce qui concerne la motivation de la décision :
6. Une mutation d'office n'est pas au nombre des décisions administratives défavorables dont l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration imposent la motivation, sauf si elle constitue une sanction déguisée.
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la décision en litige ne présente pas le caractère d'une sanction déguisée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la compétence du signataire de la décision :
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C D, adjoint au maire et signataire de l'arrêté attaqué, disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par le maire par un arrêté du 3 juin 2020 régulièrement affiché en mairie et reçu en sous-préfecture de Valenciennes le 3 juin 2020. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la communication du dossier :
9. Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 alors en vigueur : " Tous les fonctionnaires () ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ".
10. En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause. Dans le cas où l'agent public fait l'objet d'un déplacement d'office, il doit être regardé comme ayant été mis à même de solliciter la communication de son dossier s'il a été préalablement informé de l'intention de l'administration de le muter dans l'intérêt du service, quand bien même le lieu de sa nouvelle affectation ne lui aurait pas alors été indiqué.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été convoqué à un premier entretien le 6 mars 2020, puis à un second entretien le 10 mars suivant pour lui proposer une immersion sur le poste de médiateur social. Il a reçu également un courrier du 24 juin 2020 par lequel la commune de Valenciennes l'a informé qu'il est " d'usage que l'agent dont le poste va être supprimé soit placé en immersion en amont de sa mobilité interne définitive. ". L'intéressé, qui a par ailleurs présenté ses observations sur sa situation par des courriers des 10 juillet 2020 et 6 août 2020, a ainsi été mis à même de solliciter la communication de son dossier individuel pendant la période transitoire précédent sa mutation définitive. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie prévue par les dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905.
En ce qui concerne la création et la publicité du poste sur lequel a été affecté M. B :
12. En premier lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction alors en vigueur : " Les emplois de chaque collectivité ou établissement sont créés par l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement. / La délibération précise le grade ou, le cas échéant, les grades correspondant à l'emploi créé. Elle indique, le cas échéant, si l'emploi peut également être pourvu par un agent contractuel sur le fondement de l'article 3-3. Dans ce cas, le motif invoqué, la nature des fonctions, les niveaux de recrutement et de rémunération de l'emploi créé sont précisés. / Aucune création d'emploi ne peut intervenir si les crédits disponibles au chapitre budgétaire correspondant ne le permettent. ".
13. Si le requérant soutient que l'emploi concerné par la décision querellée est une création et qu'elle serait illégale faute pour la commune de l'avoir soumise à l'organe délibérant, il n'est pas contesté qu'avant d'être occupé par M. B, le poste de médiateur social était pourvu, son titulaire étant en congé de longue maladie depuis le 15 octobre 2019. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des délibérations du conseil municipal de la commune de Valenciennes des 4 mars 2010, 20 décembre 2012 et 11 avril 2014, que le poste de chargé de médiateur social a été créé en 2010 puis adapté aux grades des différents agents ayant exercé leurs fonctions sur ce poste. M. B n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le poste sur lequel il a été muté, qui était vacant et qui figure au tableau des emplois, n'aurait pas été créé. Le moyen tiré de l'absence de création du poste sur lequel a été affecté M. B doit donc être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. / () ". Si ces dispositions subordonnent tout recrutement effectué par une collectivité territoriale pour pourvoir un emploi vacant à l'accomplissement de cette mesure de publicité, elles ne s'appliquent toutefois pas à cette collectivité dans le cas où elle prononce une mutation dans l'intérêt du service.
En ce qui concerne le détournement de procédure :
15. Si M. B soutient que l'administration a commis un détournement de procédure en lui assurant que son immersion au poste de médiateur social ne serait que temporaire, il ressort de ce qui a été dit au point 5 que le changement d'affectation de l'intéressé repose sur l'intérêt du service de sorte que l'accord préalable de l'agent n'était pas obligatoire. En outre, il ressort du courrier du 24 juin 2020 que l'intéressé a été préalablement informé de l'intention de la commune de le muter définitivement sur le poste de médiateur social pour les besoins du service. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision de mutation dont il a fait l'objet serait entachée d'un détournement de procédure.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la présente requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Valenciennes, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros à verser à la commune de Valenciennes au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Valenciennes une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Valenciennes.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Perrin, premier conseiller,
M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. PERRIN
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026