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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100291

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100291

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier 2021 et 15 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Lequien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision objet de ce recours n'ayant pas fait l'objet d'un retrait et l'ayant privé du droit au séjour pendant plusieurs mois, il y a toujours lieu de statuer ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait, son dossier de demande de titre de séjour étant complet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, sa demande ayant été déposée dans les délais impartis ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2021, le préfet du Nord conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que la décision contestée a été abrogée par un arrêté du 1er juillet 2021 et que l'intéressé a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 29 juin au 28 septembre 2021.

La clôture d'instruction a été fixée au 5 décembre 2022 par une ordonnance du 16 novembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou,

- et les observations de Me Lequien, représentant M. C,

- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant albanais né le 31 décembre 1998, arrivé en France au cours de l'année 2016, alors mineur, a été provisoirement placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département du Nord par une ordonnance du procureur de la République près le tribunal de grande instance de A en date du 4 août 2016, puis y a été maintenu jusqu'à sa majorité par un jugement du tribunal pour enfants de A du 3 octobre 2016. Il s'est vu délivrer par le préfet du Nord un titre de séjour en qualité d'étudiant valable du 17 janvier 2018 au 16 janvier 2019. Par une décision du 14 décembre 2020, ce préfet a refusé de lui délivrer un nouveau titre de séjour en cette même qualité. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la présente instance, le préfet du Nord a, par un arrêté du 1er juillet 2021, décidé d'abroger la décision en litige et a remis au requérant un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 29 juin 2021 au 28 septembre 2021. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que, postérieurement à la délivrance de ce récépissé, le préfet du Nord ait délivré à M. C le titre de séjour sollicité. Par suite, il y a toujours lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse est motivée par la circonstance que l'intéressé ne justifie pas être possession d'un visa d'installation et que son précédent titre de séjour est expiré depuis plus de six mois. La décision contestée n'est ainsi pas motivée par l'incomplétude de sa demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a estimé à tort son dossier incomplet est inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée aux articles L. 313-20, L. 313-21, L. 313-23, L. 313-24, L. 313-27 et L. 313-29 sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C était titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiant valable jusqu'au 16 janvier 2019 et qu'il ne justifie pas de la présentation d'une demande de renouvellement de ce titre de séjour avant l'expiration de celui-ci. Dans ces conditions, la demande à l'origine de la décision litigieuse constituait une nouvelle demande de titre de séjour dont la délivrance était subordonnée, conformément aux dispositions précitées, à la présentation d'un visa de long séjour en cours de validité et non une demande de renouvellement de son précédent titre de séjour. Par suite, c'est à bon droit que le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour " étudiant " présentée par le requérant au motif qu'en l'absence de visa d'entrée sur le territoire français, il ne remplissait pas les conditions requises à son obtention. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait à tort également fondé sa décision sur la circonstance que le titre de séjour du requérant était expiré depuis plus de six mois est inopérant.

6. En troisième lieu, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, régissant la délivrance des titres de séjour mention " vie privée et familiale ", n'étaient pas en vigueur à la date de la décision contestée. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement. Ainsi, le préfet n'était pas tenu de l'examiner à l'aune de ces dispositions. Il suit de là que le requérant ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de leur méconnaissance, lequel n'est au demeurant assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En quatrième et dernier lieu, eu égard aux motifs retenus par la décision litigieuse et au fondement de la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé en sa seule qualité d'étudiant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Hervouet, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

C. PIOU

Le président,

Signé

C. HERVOUET

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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