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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100509

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100509

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Gommeaux, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 16 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, d'enregistrer sa demande de titre de séjour " étudiant " et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

5°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre infiniment subsidiaire, de l'admettre provisoirement au séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 313-7 et R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Un courrier a été enregistré le 6 février 2023 pour le préfet du Nord, qui déclare la situation de la requérante inchangée.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B par une décision du 29 mars 2021.

La clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 7 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 4 avril 2002 en Algérie, de nationalité algérienne, est entrée en France le 24 septembre 2016, munie d'un passeport revêtu d'un visa C valable du 7 février 2016 au 6 février 2017, et s'est maintenue ensuite sur le territoire en situation irrégulière. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 16 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour " étudiant ".

Sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 29 mars 2021, postérieure à l'introduction de la requête, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à être admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée se borne à indiquer à Mme B, de manière stéréotypée et sans faire état d'aucun fondement juridique textuel ou jurisprudentiel, que sa demande de titre de séjour est irrecevable au motif qu'elle ne détient pas de visa d'installation. Alors qu'aucun élément relatif à sa situation personnelle ne figure dans cette décision, la requérante est fondée à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée et qu'elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle. Pour ces motifs, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, la décision du 16 octobre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte:

5. Il résulte de ce qui précède que le présent jugement implique seulement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gommeaux, conseil de Mme B, renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gommeaux de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 16 octobre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 4 : L'Etat versera à Me Gommeaux, conseil de Mme B, une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord et à Me Gommeaux.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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