mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2100593 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP WABLE TRUNECEK TACHON AUBRON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C E a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2014 par lequel le maire de Licques a déclaré le péril non imminent de sa propriété située 212 rue Antoine de Lumbres à Licques (Pas-de-Calais), de condamner la commune de Licques à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 28 novembre 2014 et des préjudices consécutifs à l'effondrement de la voûte du pont passant sous sa propriété, d'ordonner à la commune de Licques et au département du Pas-de-Calais de procéder à la réfection de l'intégralité de la voûte du pont, ou à défaut, de lui verser la somme de 70 558,80 euros afin qu'elle effectue elle-même ces travaux, de condamner la commune de Licques et le département du Pas-de-Calais à lui payer la somme totale de 13 461,03 euros à titre de dommages et intérêts en raison du défaut d'entretien de l'ouvrage public, de mettre à la charge de la commune de Licques et du département du Pas-de-Calais les frais d'expertise d'un montant de 3 895,79 euros et la somme de 3 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1500466 du 12 juillet 2018, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.
Par un arrêt n° 18DA01857 du 22 décembre 2020, la cour administrative d'appel de Douai, statuant sur l'appel de Mme E, a, en premier lieu, annulé le jugement du tribunal administratif de Lille, en deuxième lieu, renvoyé Mme E devant le tribunal administratif de Lille pour qu'il soit statué sur les conclusions de sa requête après mise en cause du département du Pas-de-Calais, et, en dernier lieu, rejeté le surplus des conclusions de la requête de Mme E.
Par une ordonnance n° 449975 du 12 juillet 2021, le Conseil d'Etat n'a pas admis le pourvoi formé par Mme E à l'encontre de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai.
Procédure devant le tribunal :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 janvier 2015, les 10 et 12 mai 2016 et le 13 février 2017, un mémoire récapitulatif enregistré le 4 décembre 2017, et des mémoires complémentaires enregistrés les 2 mars 2021, 3 février 2022 et 6 mai 2022, Mme C E, représentée par Me Tachon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2014 par lequel le maire de Licques a déclaré le péril non imminent de l'immeuble situé au 212 rue Antoine de Lumbres à Licques (Pas-de-Calais) lui appartenant ;
2°) de condamner la commune de Licques à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité dudit arrêté ;
3°) d'ordonner à la commune de Licques et au département du Pas-de-Calais de procéder à la réfection de l'intégralité de la voûte du pont passant sous sa propriété et sous la voie publique, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, ou, à défaut, de les condamner à lui verser la somme de 54 000 euros afin qu'elle effectue elle-même les travaux ;
4°) de condamner la commune de Licques et le département du Pas-de-Calais à lui payer la somme globale de 23 263,03 euros à titre de dommages et intérêts en raison du défaut d'entretien normal d'un ouvrage public ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Licques et du département du Pas-de-Calais les frais d'expertise d'un montant de 3 895,79 euros, ainsi que la somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- elle a subi un préjudice du fait de l'adoption de l'arrêté de péril non imminent attaqué correspondant aux frais de relogement de ses locataires et aux pertes de loyers ;
- elle est victime du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public qui passe sous sa propriété, qui aurait dû être entretenu par la commune de Licques qui a délégué cette tâche au département du Pas-de-Calais ;
- elle a subi des préjudices en lien de causalité direct avec le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, qui correspondent au montant des travaux de confortement à concurrence de la somme de 340 euros, au montant des dépenses engagées pour reloger ses locataires à concurrence de la somme de 982 euros, à la perte de loyer à concurrence de la somme de 9 341,03 euros, à la perte de loyers du fait de l'impossibilité de louer à concurrence de la somme de 2 600 euros, et aux troubles dans ses conditions d'existence et son préjudice moral à concurrence de la somme de 10 000 euros ;
- les travaux de réfection, comprenant la réfection de la voûte et du trottoir en pied de la façade de son immeuble, la réfection de la voûte dans la cour de son immeuble, la révision complète de la structure de maçonnerie de brique de l'ouvrage situé sous son immeuble ainsi que les prestations intellectuelles, ont été globalement estimés par l'expert judiciaire à la somme de 70 558,80 euros ; la commune ayant réalisé au printemps 2018 les travaux de réfection de la voûte au droit du trottoir en pied de la façade de son immeuble, il y a lieu de déduire de ce montant global la somme correspondant à ces travaux, soit 16 558,80 euros ;
- les frais d'expertise s'élèvent à la somme de 3 895,79 euros.
Par des mémoires enregistrés les 28 et 29 septembre 2015, 14 novembre 2017, 19 janvier 2022 et 25 avril 2022, la commune de Licques, représentée par Me Delevacque, conclut à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de sursis à statuer présentée par Mme E, au rejet du surplus des conclusions de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la requérante soit condamnée à réaliser sous astreinte de 300 euros par jour de retard, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, les travaux de réfection de la voûte passant sous la cour de son immeuble et les travaux de révision complète de la structure de maçonnerie de brique de l'ouvrage passant sous son habitation, à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation du département du Pas-de-Calais à la garantir de toutes condamnations intervenant à son égard, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de Mme E, outre les entiers frais et dépens, la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- il n'y a pas lieu d'ordonner le sursis à statuer demandé par la requérante ;
- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables dès lors que l'arrêté du 28 novembre 2014 n'est entaché d'aucune illégalité ;
- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables au regard des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, faute de demande préalable indemnitaire adressée au département ou à elle-même ;
- les conclusions indemnitaires au titre des dommages de travaux publics sont irrecevables dès lors qu'elles relèvent d'un litige distinct des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2014 portant péril non imminent ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 6 avril 2022, le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Delozière, conclut au rejet de la demande en garantie présentée par la commune de Licques et à ce que soit mise à la charge de cette dernière la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la demande en garantie présentée par la commune de Licques est prescrite ;
- elle est, au surplus, infondée.
Par une lettre du 3 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2014, les moyens d'annulation de cet arrêté étant, en application des dispositions de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, réputés avoir été abandonnés dans le mémoire récapitulatif enregistré le 4 décembre 2017, et n'ayant pas été repris dans les mémoires complémentaires présentés ultérieurement par Mme E.
Le 7 juin 2022, Mme E a présenté une réponse à ce moyen susceptible d'être relevé d'office, qui a été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Mulier, représentant la commune de Licques.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E est propriétaire d'une maison, mise en location, située 212 rue Antoine de Lumbres sur le territoire de la commune de Licques. En 2013, puis en 2014, la commune de Licques a réalisé des travaux de tout à l'égout dans la rue. Le 28 novembre 2014, Mme E a constaté l'affaissement de la voûte souterraine en maçonnerie de briques d'une galerie canalisant un cours d'eau passant sous son habitation, menaçant d'effondrement une partie de la façade arrière de son habitation. Le même jour, le maire de Licques a pris un arrêté de péril non imminent assorti d'une interdiction d'habiter ou d'utiliser le bien et a mis Mme E en demeure de faire cesser dans un délai d'un mois maximum le péril résultant du risque d'effondrement d'un mur de son habitation, en effectuant des travaux de consolidation de la voûte souterraine. Le 23 mars 2015, un éboulement d'une partie de la voûte du pont a eu lieu sous le trottoir situé au pied de la façade avant de l'habitation de Mme E. Par une ordonnance en date du 15 février 2016, la présidente du tribunal administratif de Lille a fait droit à la demande d'expertise de Mme E. L'expert a remis son rapport le 21 décembre 2016, dans lequel il conclut que la cause de l'effondrement de la voûte en maçonnerie de briques résulte de sa vétusté et de son mauvais entretien et n'est pas imputable aux travaux d'assainissement réalisés par la commune. L'expert a évalué le montant des travaux de réparation de la voûte à la somme de 70 558,80 euros, à répartir par moitié entre la commune et le département du Pas-de-Calais. Par un courrier du 10 mars 2015, Mme E a saisi la commune de Licques d'une demande indemnitaire préalable et, par sa requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2014, la condamnation de la commune de Licques à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité dudit arrêté, à ce qu'il soit ordonné à la commune et au département du Pas-de-Calais de procéder à la réfection de l'intégralité de la voûte du pont passant sous sa propriété et sous la voie publique, ainsi que la condamnation de la commune et du département à l'indemniser des préjudices subis du fait du défaut d'entretien de cet ouvrage public.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par la commune de Licques :
2. Si la commune de Licques fait valoir qu'il n'y a pas lieu d'ordonner le sursis à statuer sollicité par Mme E, cette dernière ne demande plus, dans ses dernières écritures, à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision du Conseil d'Etat sur le pourvoi formé à l'encontre de l'arrêt n° 18DA01857 de la cour administrative d'appel de Douai. Il suit de là que l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Licques ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. () / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d'un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé. ".
4. En l'espèce, par un courrier du 30 novembre 2017, il a été demandé à Me Tachon, avocat de Mme E, de produire un mémoire récapitulatif dans un délai de quarante-cinq jours, en l'avertissant que les conclusions et moyens qui ne seraient pas repris dans le mémoire récapitulatif seraient réputés abandonnés et qu'à défaut de production de ce mémoire, Mme E serait réputée s'être désistée de sa requête. La requérante a produit un mémoire récapitulatif le 4 décembre 2017, dans lequel elle demande notamment " l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2014 ", sans plus de précision et sans reprendre aucun des moyens développés dans sa requête introductive d'instance tendant à cette annulation. En ne reprenant, dans son mémoire récapitulatif, et au demeurant dans aucun des mémoires complémentaires enregistrés postérieurement à l'enregistrement de ce mémoire récapitulatif, aucun des moyens d'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2014, Mme E est réputée, en application des dispositions précitées, avoir abandonné ces moyens.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Licques, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2014 doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par la commune de Licques :
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
7. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.
8. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 10 mars 2015, notifié aux services de la commune de Licques le lendemain, Mme E a demandé l'indemnisation des préjudices subis du fait, d'une part, de l'illégalité de l'arrêté du 28 novembre 2014 portant péril non imminent sur l'immeuble dont elle est propriétaire, et, d'autre part, de l'effondrement de la voûte qui s'est produit le 28 novembre 2014. Les dommages évoqués dans la demande préalable indemnitaire et dans les écritures de la requérante étant similaires, la circonstance que le quantum sollicité par la requérante dans le cadre de ses écritures soit supérieur au quantum évoqué dans le cadre de sa demande indemnitaire préalable est sans incidence sur la liaison du contentieux indemnitaire. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Licques sur le fondement de l'article R. 421-1 du code de justice administrative doit, dès lors, être écartée.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport d'expertise amiable de l'agence Saretec du 20 février 2015, ainsi que du rapport d'expertise du 21 décembre 2016, que l'ouvrage en cause traverse la commune entre les parcelles cadastrées 592 et 431, en passant notamment sous la rue Antoine de Lumbres pour venir s'écouler en fossé de l'autre côté de la rue, qu'il sert à canaliser la rivière Sanghen et permet l'évacuation des eaux pluviales de la commune. Cet ouvrage, qui fait partie du réseau d'écoulement des eaux pluviales de la commune, constitue, par suite, un ouvrage public. Il résulte également de l'instruction que l'effondrement de la voûte maçonnée en briques de la galerie souterraine passant sous la propriété de Mme E est à l'origine de la menace d'effondrement du mur arrière de sa propriété, à la suite duquel un arrêté de péril non imminent a été pris le 28 novembre 2014 par le maire de la commune de Licques, lui ordonnant de procéder aux travaux de réfection de la voûte. Les préjudices dont la requérante demande réparation sont les conséquences d'un même dommage et sont communs à l'arrêté de péril non imminent et au mauvais entretien de l'ouvrage public mentionné ci-dessus. Ainsi, il existe un lien suffisant entre le litige relatif aux dommages de travaux publics et le litige relatif à l'arrêté du 28 novembre 2014. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Licques, tirée de ce que les conclusions indemnitaires fondées sur la vétusté et le mauvais entretien de l'ouvrage public seraient irrecevables, doit être écartée.
En ce qui concerne la responsabilité :
S'agissant de l'illégalité de l'arrêté du 28 novembre 2014 :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que Mme E ne soutient pas que l'arrêté du 28 novembre 2014 serait illégal. Les conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de la commune de Licques du fait de l'illégalité de cet arrêté ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
S'agissant de la responsabilité sans faute du fait du défaut d'entretien d'un ouvrage public :
11. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.
12. Ainsi que cela a été rappelé au point 9 du présent jugement, et contrairement aux allégations de la commune de Licques, l'ouvrage en cause, soit un ouvrage souterrain constitué notamment par une voûte maçonnée en briques située sous l'immeuble appartenant à Mme E, est un ouvrage public servant à la canalisation d'une rivière et permettant l'évacuation des eaux pluviales de la commune. Dans ces conditions, cet ouvrage, dont il résulte du rapport d'expertise du 21 décembre 2016 qu'il est " situé d'une part sous le réseau départemental et d'autre part sur la commune de Licques ", doit être regardé comme constituant, à défaut d'autres éléments relatifs à sa propriété, ce qui ne saurait se déduire de ce que le département procède annuellement à une inspection à la partie de cet ouvrage située sous la voirie départementale, un ouvrage public communal affecté au service public de collecte des eaux pluviales. Il résulte de l'instruction que Mme E a la qualité de tiers à cet ouvrage public. Il résulte enfin du rapport d'expertise établi le 21 décembre 2016 que cet ouvrage ancien est " vétuste " et " dépourvu d'entretien " et a occasionné un trou de pied en façade arrière de l'immeuble appartenant à Mme E en 2014, ainsi qu'un trou de pied en façade avant du même immeuble en 2015. Dans ces conditions, les désordres constatés doivent être regardés comme trouvant leur origine directe et certaine dans le défaut d'entretien de l'ouvrage public situé sous la propriété de la requérante.
13. Il résulte de ce qui précède que seule la responsabilité de la commune de Licques se trouve engagée à l'égard de Mme E.
En ce qui concerne les préjudices :
14. En premier lieu, la requérante établit, par la production d'une facture, avoir supporté une somme de 348 euros au titre de la mise en place, le 16 décembre 2014, d'un étaiement provisoire sous la maison lui appartenant à la suite de l'effondrement de la voûte mentionnée ci-dessus qui s'est produit le 28 novembre 2014. Par suite, il y lieu de lui allouer la somme de 348 euros en réparation du préjudice financier ainsi subi.
15. En deuxième lieu, la requérante établit, par la production de deux factures, avoir supporté une somme totale de 982 euros au titre du relogement temporaire des locataires de l'immeuble dont elle est propriétaire à la suite de l'effondrement qui s'est produit le 28 novembre 2014. Par suite, il y lieu de lui allouer la somme de 982 euros en réparation du préjudice financier ainsi subi.
16. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'avant la survenance de l'effondrement de l'ouvrage public en cause le 28 novembre 2014, l'immeuble appartenant à Mme E était loué pour un loyer mensuel de 650 euros. La requérante soutient sans être contestée avoir été placée dans l'impossibilité de continuer à louer son bien à la suite du départ des locataires à la fin du mois d'avril 2018. Dans ces conditions, et au vu de la somme globale demandée par Mme E en réparation des préjudices qu'elle subit, il y a lieu de limiter la somme allouée à la requérante au titre du préjudice tiré de la perte de loyers subi au cours de la période courant du mois de mai 2018 jusqu'à la date de rendu public du présent jugement à la somme de 20 933,03 euros.
17. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que Mme E a subi des troubles dans ses conditions d'existence présentant un caractère grave et spécial en lien avec le défaut d'entretien de l'ouvrage public mentionné ci-dessus. En revanche il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante en lui allouant, à ce titre, la somme de 1 000 euros.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E est seulement fondée à demander la condamnation de la commune de Licques à lui verser une somme de 23 263,03 euros.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
19. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
20. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.
21. Il résulte de l'instruction que les travaux de nature à mettre fin au dommage subi par Mme E, qui n'ont pas cessé à la date de rendu public du présent jugement, comprennent la réfection de la voûte et du trottoir en pied de la façade de son immeuble, la réfection de la voûte dans la cour de l'immeuble, la révision complète de la structure de maçonnerie de brique de l'ouvrage situé sous l'immeuble ainsi que les prestations intellectuelles. Il est constant que la commune de Licques a déjà réalisé les travaux de réfection de la voûte au droit du trottoir en pied de la façade de l'immeuble appartenant à Mme E. En outre, il résulte de l'instruction que, par son abstention à réaliser l'ensemble de ces travaux, la commune de Licques commet une faute. Enfin, il résulte de l'instruction qu'aucun motif d'intérêt général ne justifie l'abstention de la commune, et notamment pas que le coût des travaux, estimé à 54 000 euros, serait disproportionné. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Licques de procéder à la réalisation de ces travaux dans un délai de six mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur l'appel en garantie présenté par la commune de Licques :
22. La commune de Licques demande à être garantie par le département du Pas-de-Calais des condamnations qui seraient prises à son encontre.
23. Ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, l'ouvrage en cause constitue un ouvrage public affecté au service public de collecte des eaux pluviales. Si cet ouvrage est en partie situé sous une voie départementale, il constitue, à défaut d'autres éléments relatifs à sa propriété, un ouvrage public communal affecté au service public de collecte des eaux pluviales. La commune de Licques n'est dès lors pas fondée à soutenir que la responsabilité du département du Pas-de-Calais est susceptible d'être engagée compte tenu des dommages causés par la canalisation.
24. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription quadriennale opposée par le département du Pas-de-Calais, que la commune de Licques n'est pas fondée à demander à ce que le département du Pas-de-Calais soit condamné à la garantir des condamnations prononcées contre elle par le présent jugement.
Sur les dépens :
25. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".
26. Par ordonnance n° 1508694 du 3 janvier 2017, la présidente du tribunal administratif de Lille a liquidé et taxé les frais et honoraires de M. A à la somme de 3 895,79 euros. Ces frais et honoraires sont mis à la charge définitive de la commune de Licques.
Sur les frais liés au litige :
27. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la seule charge de la commune de Licques une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme E, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Licques demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Licques la somme que le département du Pas-de-Calais demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2014 par lequel le maire de Licques a déclaré le péril non imminent de l'immeuble situé au 212 rue Antoine de Lumbres appartenant à Mme E sont rejetées.
Article 2 : La commune de Licques est condamnée à verser à Mme E une somme de 23 263,03 euros.
Article 3 : Il est enjoint à la commune de Licques de procéder aux travaux rappelés au point 21 du présent jugement, dans un délai de six mois à compter de la notification de ce jugement.
Article 4 : Les frais et honoraires d'expertise taxés et liquidés à la somme totale de 3 895,79 euros par ordonnance citée au point 27 du présent jugement, sont mis à la charge définitive de la commune de Licques.
Article 5 : La commune de Licques versera à Mme E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Les conclusions d'appel en garantie présentées par la commune de Licques, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens, sont rejetées.
Article 8 : Les conclusions du département du Pas-de-Calais présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à la commune de Licques et au département du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Thielleux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
D. DLa présidente,
signé
J. FÉMÉNIALa greffière,
signé
P. MAGHRI
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026