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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100660

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100660

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAARPI PANTONE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 29 janvier 2021 et 16 janvier 2023, Mme C A E, représentée par Me Thieffry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre à ce préfet d'enregistrer sa demande de titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, en tout état de cause, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il appartenait au préfet du Nord d'analyser sa demande de renouvellement de son précédent titre de séjour comme une demande de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le refus d'enregistrement n'apparait pas justifié par le caractère incomplet de sa demande ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles R. 311-1, R. 311-3 et R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en l'absence d'examen particulier de sa situation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture d'instruction a été fixée au 23 janvier 2023 à 14 h 00 par une ordonnance du 21 décembre 2022.

M. A E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A E, ressortissante marocaine née le 23 novembre 1999 à Casablanca (Maroc), déclare être entrée régulièrement en France sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante, valable du 23 août 2018 au 23 août 2019. Après l'expiration de celui-ci, elle a sollicité du préfet du Nord la délivrance d'un nouveau titre de séjour en cette même qualité, demande rejetée par décision du 26 novembre 2020. Par la présente requête, Mme A E demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a rejeté la demande de titre de séjour présentée par l'intéressée en l'estimant " irrecevable " compte tenu de l'expiration de son précédent titre de séjour et de l'absence de présentation d'un visa long séjour. Cette décision, qui constitue un refus de lui délivrer un titre de séjour, n'atteste pas, compte tenu de sa formulation qui ne comporte aucun autre élément de fait relatif à la situation personnelle et familiale de l'intéressée, de ce que le préfet du Nord a effectivement procédé à un examen particulier de la situation de Mme A E. La requérante est par suite fondée, pour ce motif, à en demander l'annulation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le préfet du Nord a refusé à Mme A E un titre de séjour en qualité d'étudiante doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Compte tenu de ce qui précède, le présent jugement implique seulement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de titre de séjour présentée par Mme A E. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme A E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Thieffry, conseil de Mme A E, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 novembre 2020 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme A E est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A E dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Thieffry, conseil de Mme A E, une somme de 1 200 (mille deux cent) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A E, au préfet du Nord et à Me Thieffry.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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