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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100671

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100671

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBODART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er février 2021 et le 22 juin 2022, M. C A, représenté par Me Deregnaucourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2020 par laquelle le maire de la commune d'Haubourdin a déclaré caduc le permis de construire du 8 juillet 2015 dont il est bénéficiaire, ensemble la décision implicite de rejet de recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de commune d'Haubourdin la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a toujours lieu de statuer, la décision contestée n'ayant pas cessé de produire des effets ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, la commune d'Haubourdin, représentée par Me Bodart conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête et au rejet des conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

Elle soutient que l'exécution de la décision attaquée a été suspendue par le juge des référés du tribunal administratif de céans, que les travaux de construction ont depuis lors été poursuivis et que la décision attaquée ne constitue qu'un constat factuel sans effet sur la situation juridique du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n°2016-6 du 5 janvier 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Babski, rapporteur public,

- et les observations de Me Leuliet, substituant Me Deregnaucourt et représentant M. A, et de Me Guilbeau, substituant Me Bodart et représentant la commune d'Haubourdin.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a obtenu, le 8 juillet 2015, un permis de construire un immeuble à usage mixte d'habitation et commercial sur une parcelle située rue Léon Gambetta sur le territoire de la commune d'Haubourdin. Par une décision du 14 octobre 2020, le maire de la commune d'Haubourdin a constaté la caducité de ce permis de construire. Le recours gracieux daté du 12 novembre 2020 présenté par M. A contre cette décision a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. En l'espèce, si l'exécution de la décision en litige a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du tribunal de céans en date du 18 février 2021, une telle suspension ne revêt qu'un caractère provisoire, le maire d'Haubourdin n'ayant par ailleurs pas abrogé ou retiré la décision en litige de sorte qu'elle subsiste dans l'ordonnancement juridique. La circonstance que postérieurement à cette suspension, le pétitionnaire a exécuté, au moins pour partie, les travaux autorisés par le permis de construire, n'a pas non plus pour effet de priver d'objet les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 octobre 2020. Par suite, l'exception de non-lieu soulevée par la commune d'Haubourdin doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dans sa version issue du décret n° 2007-18 du 5 janvier 2007 pris pour l'application de l'ordonnance n° 2005-1527 du 8 décembre 2005 relative au permis de construire et aux autorisations d'urbanisme, " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de deux ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année " et aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur résultant de l'article 3 du décret n°2016-6 du 5 janvier 2016 relatif à la durée de validité des autorisations d'urbanisme et portant diverses dispositions relatives à l'application du droit des sols et à la fiscalité associée, " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. Les dispositions du présent article sont applicables à la décision de non-opposition à une déclaration préalable lorsque cette déclaration porte sur une opération comportant des travaux ". L'article 7 du décret précité précise que " Les dispositions prévues aux articles 3 et 6 du présent décret s'appliquent aux autorisations en cours de validité à la date de publication du présent décret (..). "

4. Il ressort des pièces du dossier que les travaux autorisés par le permis de construire mentionné au premier point du présent jugement ont débuté le 15 juin 2018, soit dans le délai de trois ans prévu par les dispositions précitées de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme. Des travaux de démolition de l'immeuble existant ont ainsi été menés jusqu'au mois d'octobre 2018 puis des travaux de sondage du terrain ont été effectués du 10 au 13 septembre 2019. Si M. A soutient que postérieurement à ceux-ci des travaux de reprise de maçonnerie ont été effectués en janvier 2020, il ne l'établit pas. Le constat d'huissier qu'il produit à cet effet n'a pour objet que de décrire l'état de la parcelle à la date du 26 février 2020 et ne précise aucunement la date de réalisation des différents travaux qui seraient éventuellement intervenus sur le terrain depuis la fin des sondages. Le second constat d'huissier de justice dressé le 31 août 2020 ne permet quant à lui que de constater, que par rapport au précédent constat, le sol du terrain a été débarrassé des gravats, des déchets et de la végétation qui le recouvraient et que des travaux de terrassement ont été effectués sans que ceux-ci n'impliquent toutefois la réalisation de fondations ou d'un dallage. Eu égard à leur nature et leur seule importance, de tels travaux n'ont pas eu pour effet d'interrompre le délai de péremption du permis de construire courant, en l'espèce, à compter de la fin des opérations de sondage du terrain précitées. Si ce second constat mentionne en outre la présence d'un camion ainsi que celle " d'un engin qui s'affaire ", ces seuls éléments ne permettent pas d'établir la réalité des travaux de gros œuvre dont le requérant se prévaut et qui auraient été en cours de réalisation à la date dudit constat. Par ailleurs, la circonstance que M. A aurait eu un différend avec une entreprise intervenant sur le chantier n'est pas de nature à interrompre le délai de péremption et alors qu'il n'est pas établi ni même allégué que cette défaillance constituerait un cas de force majeure. Ainsi, compte tenu de la nature et de l'importance du projet et des seuls travaux réalisés postérieurement au 13 septembre 2019, le maire de la commune d'Haubourdin n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme en constatant, à la date du 14 octobre 2020 et en raison de l'interruption des travaux depuis plus d'an à cette même date, la caducité du permis de construire délivré au requérant le 8 juillet 2015. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 8 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période en ce qu'elles ne concernent que les cas dans lesquels un délai a été imposé par l'administration, conformément à la loi et au règlement, pour la réalisation de travaux et non les délais de validité de mesures administratives tels que les autorisations d'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune d'Haubourdin.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

La rapporteure,

Signé

M. LECLERE

Le président

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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