mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2100723 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT - MICHAUD - RAVAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2021 et le 21 octobre 2021, la société hospitalière d'assurance mutuelle (SHAM), représentée par Me Budet, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 2020-1601 émis à son encontre par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) le 20 octobre 2020 aux fins de recouvrement d'une somme de 177 895,30 euros ;
2°) de prononcer la décharge de la somme de 177 895,30 euros mise à sa charge par ce titre ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ONIAM ne prouve pas que la signataire du titre litigieux dispose d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- le titre litigieux ne mentionne pas les bases de liquidation et elle n'a pas été destinataire d'un protocole d'indemnisation et d'un certificat de paiement de nature à prouver le versement à la victime des sommes en litige ;
- si la responsabilité du centre hospitalier de Tourcoing est engagée en raison de la survenue d'une infection nosocomiale subie par M. B F au cours de sa prise en charge au sein de ce centre, cette infection n'est responsable que d'une perte de chance de 75 % ;
- le centre hospitalier de Tourcoing n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- les préjudices retenus par l'ONIAM sont contestables et il lui appartient de justifier des modalités de leur évaluation ; l'assistance par tierce personne, l'incidence professionnelle et le déficit fonctionnel temporaire ont été surestimés ; " les dépenses de santé actuelles ", aux termes du protocole, et le préjudice d'agrément ne sont pas établis ;
- l'ONIAM est irrecevable à présenter des conclusions aux fins de condamnation au paiement de la somme en litige dès lors qu'il a émis un titre exécutoire aux fins de recouvrement de cette somme ;
- son refus d'indemniser les préjudices de M. F n'étant pas dilatoire, elle ne saurait se voir infliger la pénalité prévue par les dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;
- l'ONIAM est irrecevable à demander le remboursement des frais d'expertise qu'il a exposés puisqu'il s'agit d'un litige distinct de celui relatif au titre attaqué ; il n'appartient pas au juge administratif de la condamner à rembourser les frais d'expertise si l'ONIAM ne l'a pas saisi de conclusions en ce sens ;
- la mise en cause de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Artois n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2021, l'ONIAM, représenté par Me Birot, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la SHAM à lui verser la somme de 177 895,30 euros mise en recouvrement par le titre litigieux ;
3°) en tout état de cause, à la condamnation de la SHAM à lui verser les intérêts au taux légal sur cette somme à compter du 2 décembre 2020 et au prononcé de leur capitalisation annuelle ;
4°) à la condamnation de la SHAM à lui verser une pénalité de 26 684,30 euros en application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ;
5°) à la mise à la charge de la SHAM des frais d'expertise ;
6°) à la déclaration du jugement commun et opposable à la CPAM de l'Artois ;
7°) à la mise à la charge de la SHAM de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il fait valoir que :
- le directeur de l'ONIAM est compétent pour prendre le titre litigieux ;
- la responsabilité du centre hospitalier de Tourcoing est engagée en raison d'une infection nosocomiale subie par M. F lors de sa prise en charge au sein de ce centre ;
- le centre hospitalier de Tourcoing a commis des fautes consistant en l'administration d'une antibioprophylaxie non conforme aux règles de l'art, en la mauvaise réalisation de la pose d'une prothèse de hanche et en une mauvaise prise en charge à la suite de cette intervention, fautes de nature à engager sa pleine responsabilité ;
- en se fondant sur son référentiel d'indemnisation, il a accordé à M. F une somme de 177 895,30 euros en réparation de ses préjudices, somme se décomposant comme suit :
* 700 euros au titre des frais divers ;
* 8 481,56 euros au titre de l'assistance temporaire par tierce personne ;
* 98 569,18 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;
* 89,80 euros au titre des frais de logement adapté ;
* 21 651,76 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs ;
* 4 656 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 16 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 22 647 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 1 800 euros au titre du préjudice d'agrément ;
* 3 300 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- le titre litigieux mentionne l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) et le protocole transactionnel qu'il a conclu avec M. F, qui ont été joints et qui mentionnent les bases de liquidation ;
- il est fondé à obtenir la condamnation de la SHAM à lui verser la somme mise en recouvrement par le titre litigieux, les intérêts sur cette somme capitalisés à chaque échéance annuelle, la pénalité prévue par les dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique et à lui rembourser les frais d'expertise ;
- le jugement à intervenir ayant nécessairement des conséquences sur les droits de la CPAM de l'Artois au remboursement de ses débours, il y a lieu de l'appeler à la cause.
Par une ordonnance du 10 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Boissat, représentant la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. M. F a subi en raison d'un accident survenu sur la voie publique le 22 novembre 1996 une fracture du cotyle droit associée à une luxation de la tête fémorale et une paralysie sciatique droite nécessitant seulement le port d'un releveur de pied. Malgré plusieurs tentatives de réduction de la fracture, l'articulation coxofémorale droite s'est détruite, nécessitant la mise en place d'une prothèse totale de hanche. En raison de son usure et de son descellement, cette prothèse a été remplacée sans cimentation le 16 octobre 2013 au sein du centre hospitalier de Tourcoing. Une radiographie réalisée le 22 octobre suivant a cependant mis en évidence une inclinaison trop verticale de la cupule de la prothèse, inclinaison dont une radiographie du 30 juin 2014 a relevé l'accentuation. À partir du 18 mars 2015, M. F a commencé à subir des douleurs superficielles au niveau de l'aine qui sont apparues majorées le 20 mai suivant. Le 13 août 2015, le patient marchait avec une boiterie marquée en raison d'une inégalité de longueur entre les deux jambes. Le 29 septembre suivant, le descellement de la cupule a été objectivé avec la présence d'un épanchement apparaissant comme stérile après ponction. Le 19 octobre 2015, M. F a subi à la suite d'un craquement de la hanche droite une douleur brutale. Une radiographie a permis de diagnostiquer une verticalisation et une ascension de la cupule. Le patient a donc été admis au sein du centre hospitalier de Tourcoing le 25 octobre 2015 afin que soit réalisé le surlendemain un remplacement complet de la prothèse par des implants cimentés. Une radiographie qui a suivi cette intervention a permis de diagnostiquer une fracture du grand trochanter droit. Le patient a été transféré au sein d'une clinique privée le 3 novembre suivant. Il présentait alors une importante douleur de la hanche droite et la plaie opératoire est apparue inflammatoire le lendemain. Le 5 novembre 2015, M. F a subi une luxation de la hanche droite et a, en conséquence, immédiatement été transféré au sein du centre hospitalier de Tourcoing. Le lendemain, une réduction de la luxation a été tentée par des manœuvres externes avec maintien d'un décubitus strict, sans succès. Le 17 novembre 2015, un remplacement de la tête de la prothèse et une ostéosynthèse du grand trochanter ont été réalisés. M. F a toutefois présenté une fébricule le 20 novembre suivant et de la fièvre les 21 et 22 novembre. Une hémoculture réalisée le 20 novembre 2015 s'est avérée stérile. Une antibiothérapie probabiliste a en conséquence été mise en place. Le patient a été admis dans une clinique de rééducation le 10 décembre suivant et présentait alors une fébricule et un écoulement cicatriciel stérile. En raison d'une suspicion d'infection, M. F a été transféré au sein du service des maladies infectieuses du centre hospitalier de Tourcoing le 18 décembre 2015. Il présentait alors de la fièvre, une asthénie, une perte d'appétit, une cicatrice opératoire fermée, propre et non inflammatoire et un taux de protéine C-réative (CRP) élevé. En raison de la disparition de la fièvre le 21 décembre suivant, il a été de nouveau transféré à la clinique de rééducation. Un scanner abdomino-pelvien réalisé le 31 décembre 2015 a permis de diagnostiquer la présence de formations ganglionnaires au niveau de la fosse iliaque droite associées à une collection. Par ailleurs, un scanner réalisé le 25 janvier 2016 a permis de suspecter un descellement de la prothèse de nature infectieuse et une ostéolyse du fémur. Le 28 janvier suivant, une ponction de la hanche droite a été réalisée au sein du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille qui a permis d'isoler un citrobacter koseri. M. F a en conséquence de nouveau été admis au sein de ce centre le 9 mars 2016 afin que soit réalisés le lendemain le retrait de la prothèse, des prélèvements et la mise en place d'un spacer de hanche. Une antibiothérapie a été mise en place jusqu'au 23 mars suivant, date à laquelle le patient a été admis en clinique. Un prélèvement anal ayant permis d'isoler une klebsiella pneumoniae, cette antibiothérapie a été maintenue jusqu'au 14 avril 2016. À l'issue de ce traitement, le taux de CRP que présentait M. F a diminué. Il a de nouveau été admis le 8 mai 2016 au sein du CHRU de Lille afin que soit réalisée le lendemain la pose d'une prothèse totale de hanche et le 8 juin suivant afin que soit réalisé le lendemain le verrouillage de la tige fémorale. Le patient a été admis en clinique de convalescence entre ces deux hospitalisations puis jusqu'au 22 août 2016, du 2 au 8 septembre suivants pour un reconditionnement de jour du 12 septembre au 28 octobre 2016. Le 11 décembre suivant, M. F a été hospitalisé au sein du CHRU de Lille afin que soit réalisée le lendemain l'ablation des crochets trochantériens au niveau de la hanche droite. Il a pu regagner son domicile le 13 décembre 2016 avant d'être de nouveau hospitalisé de jour au sein de la clinique de convalescence du 25 janvier et le 24 février 2017. M. F a pu reprendre son travail à mi-temps le 18 avril 2017.
2. Le 13 novembre 2017, M. F a saisi la CCI qui a confié le 5 avril 2018 une mission d'expertise au Dr C, chirurgien-orthopédiste, et au Dr E, spécialiste des maladies infectieuses. Ceux-ci ont établi leur rapport le 19 août 2018. Par un avis du 18 octobre 2018, la CCI a estimé que la responsabilité du centre hospitalier de Tourcoing est engagée et qu'il appartient à son assureur d'indemniser les préjudices subis par M. F. Par un courrier du 28 mars 2019, la SHAM a informé celui-ci de ce qu'elle refusait de lui faire parvenir une offre d'indemnisation. Par un courrier du 30 mai suivant, la victime a demandé à l'ONIAM de se substituer à cette société. L'ONIAM a par suite conclu avec M. F un protocole transactionnel le 21 septembre 2020 pour un montant de 177 895,30 euros. En conséquence, l'ONIAM a émis à l'encontre de la SHAM, le 20 octobre 2020, le titre exécutoire n° 2020-1601 d'un montant de 177 895,30 euros. Par sa requête, la SHAM demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire et de prononcer la décharge de la somme mise en recouvrement par celui-ci.
Sur le cadre juridique du litige :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales estime qu'un dommage relevant du premier alinéa de l'article L. 1142-8 engage la responsabilité d'un professionnel de santé, d'un établissement de santé, d'un service de santé ou d'un organisme mentionné à l'article L. 1142-1 ou d'un producteur d'un produit de santé mentionné à l'article L. 1142-2, l'assureur qui garantit la responsabilité civile ou administrative de la personne considérée comme responsable par la commission adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis dans la limite des plafonds de garantie des contrats d'assurance ". Aux termes de l'article L. 1142-15 du même code : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / () / L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime, ou ses ayants droit, en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur ou, le cas échéant, au fonds institué au même article L. 426-1 du code des assurances ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis ".
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-22 du code de la santé publique : " L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est un établissement public à caractère administratif de l'Etat, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé. Il est chargé de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale, dans les conditions définies au II de l'article L. 1142-1, à l'article L. 1142-1-1 et à l'article L. 1142-17, des dommages occasionnés par la survenue d'un accident médical, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ainsi que des indemnisations qui lui incombent, le cas échéant, en application des articles L. 1142-15, L. 1142-18, L. 1142-24-7 et L. 1142-24-16 ". Aux termes de l'article L. 1142-23 de ce code : " L'office est soumis à un régime administratif, budgétaire, financier et comptable défini par décret. / () / Les recettes de l'office sont constituées par : () 4° Le produit des recours subrogatoires mentionnés aux articles L. 1221-14, L. 1142-15, L. 1142-17, L. 1142-24-7, L. 1142-24-16, L. 1142-24-17, L. 3131-4, L. 3111-9 et L. 3122-4 ; () ". Aux termes de l'article R. 1142-53 de ce code, l'ONIAM " est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ".
5. Aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Aux termes de l'article 28 du décret du 7 novembre 2012 visé plus haut, article qui figure dans le titre Ier de ce décret : " L'ordre de recouvrer fonde l'action de recouvrement. Il a force exécutoire dans les conditions prévues par l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales. / Le comptable public muni d'un titre exécutoire peut poursuivre l'exécution forcée de la créance correspondante auprès du redevable, dans les conditions propres à chaque mesure d'exécution. / Le cas échéant, il peut également poursuivre l'exécution forcée de la créance sur la base de l'un ou l'autre des titres exécutoires énumérés par l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution ". Aux termes de l'article 192 de ce décret, inséré dans son titre III : " Tout ordre de recouvrer donne lieu à une phase de recouvrement amiable. En cas d'échec du recouvrement amiable, il appartient à l'agent comptable de décider l'engagement d'une procédure de recouvrement contentieux. / L'exécution forcée par l'agent comptable peut, à tout moment, être suspendue sur ordre écrit de l'ordonnateur ".
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique que l'ONIAM peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur. Les dispositions de l'article L. 1142-15 de ce code ne font pas obstacle à ce que l'ONIAM émette un tel titre à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances afin de recouvrer les sommes versées à la victime, aux droits de laquelle il est subrogé.
Sur les conclusions de l'ONIAM aux fins de condamnation de la SHAM au versement des sommes mises à sa charge par les titres litigieux :
7. Lorsqu'il cherche à recouvrer les sommes versées aux victimes en application de la transaction conclue avec ces dernières, l'ONIAM peut soit émettre un titre exécutoire à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances, soit saisir la juridiction compétente d'une requête à cette fin.
8. Toutefois, l'office n'est pas recevable à saisir le juge d'une requête tendant à la condamnation du débiteur au remboursement de l'indemnité versée à la victime lorsqu'il a, préalablement à cette saisine, émis un titre exécutoire en vue de recouvrer la somme en litige. Réciproquement, il ne peut légalement émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement forcé de sa créance s'il a déjà saisi le juge ou s'il le saisit concomitamment à l'émission du titre.
9. Il résulte de ce qui précède que, ainsi que le soutient la SHAM, l'ONIAM est irrecevable à demander la condamnation de celle-ci à lui verser les sommes mises en recouvrement par les titres litigieux. Les conclusions reconventionnelles présentées par l'ONIAM en ce sens doivent en conséquence être rejetées.
Sur la recevabilité des conclusions de l'ONIAM aux fins de condamnation de la SHAM au remboursement des frais d'expertise :
10. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique que l'ONIAM est recevable dans le cadre de son recours subrogatoire à solliciter le remboursement des frais des expertises diligentées par la CCI. Si, comme en l'espèce et dans l'hypothèse où l'Office a eu recours à des titres exécutoires, le montant de ces frais d'expertise correspond à une créance distincte de celles mises en recouvrement par les titres litigieux, il est loisible à celui-ci de présenter des conclusions reconventionnelles aux fins de recouvrement de ces frais qui ont été exposés à la suite du même fait générateur. Contrairement en outre à ce que soutient la SHAM, l'ONIAM a, par son mémoire en défense, présenté de telles conclusions. La fin de non-recevoir opposée par la société requérante doit en conséquence être écartée.
Sur le bien-fondé des titres litigieux :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité du centre hospitalier de Tourcoing :
11. Lorsque l'ONIAM a émis un titre exécutoire en vue du recouvrement de la somme versée à la victime en application de l'article L. 1142-15, le recours du débiteur tendant à la décharge de la somme ainsi mise à sa charge invite le juge administratif à se prononcer sur la responsabilité du débiteur à l'égard de la victime aux droits de laquelle l'office est subrogé, ainsi que sur le montant de son préjudice. Lorsqu'il procède à cette évaluation, le juge n'est pas lié par le contenu de la transaction intervenue entre l'ONIAM et la victime.
12. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / () ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
13. En premier lieu, il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que M. F a subi une infection par un citrobacter koseri isolé le 28 janvier 2016. Il résulte en outre de ce rapport qui n'est pas remis en cause sur ce point que ce germe a été introduit au cours de l'intervention du 17 novembre 2015 tendant à une reprise de la prothèse totale de hanche mise en place le mois précédent. Il est par suite constant que ce germe n'était ni présent ni en incubation avant le début de la prise en charge au sein du centre hospitalier de Tourcoing. Cette infection présente par suite le caractère d'une infection nosocomiale.
14. En deuxième lieu, si l'ONIAM soutient que la cupule de la prothèse totale de hanche mise en place le 27 octobre 2015 a été installée de manière non conforme au regard de sa verticalité, il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que la pose de cette prothèse a été rendue difficile par la modification de l'anatomie de la cotyle osseuse et par l'importante perte osseuse subie par la victime au niveau de son bassin. Eu égard à ces difficultés techniques, le centre hospitalier de Tourcoing ne saurait être regardé comme ayant commis un manquement au cours de l'intervention du 27 octobre 2015.
15. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'à la suite de cette intervention, le centre hospitalier de Tourcoing a permis à M. F de prendre appui sur sa jambe avec l'aide de deux béquilles. Si l'ONIAM soutient qu'une telle prescription n'était pas conforme aux règles de l'art, les experts par leur rapport indiquent qu'eu égard à la fracture du grand trochanter et à la stabilité de la reconstruction de la cotyle, il aurait été préférable d'éviter une reprise immédiate de l'appui sur la jambe. Il ne résulte ainsi pas des termes de ce rapport qui n'énonce aucune absence de conformité aux règles de l'art sur ce point, contrairement à la question de l'antibioprophylaxie, et se limite à déplorer une adéquation imparfaite du choix thérapeutique adapté à l'état de santé de la victime que le suivi de l'intervention du 27 octobre 2015 aurait été marqué par un manquement aux règles de l'art. Par suite, l'ONIAM se bornant à citer ce rapport sans apporter d'élément de nature à appuyer ses allégations, le centre hospitalier de Tourcoing ne saurait être regardé comme ayant commis un quelconque manquement dans le cadre de ce suivi.
16. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que si une antibioprophylaxie a été mise en place préalablement à la réalisation de l'intervention du 17 novembre 2015, cette antibiothérapie qui n'intégrait pas suffisamment d'antibiotiques, parmi lesquels celui auquel le citrobacter koseri à l'origine de l'infection litigieuse était sensible, n'était pas conforme. Par suite, le centre hospitalier de Tourcoing a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Il résulte toutefois de l'instruction que les conséquences dommageables de cette faute qui consistent seulement en une perte de chance pour la victime d'avoir évité l'infection litigieuse se confondent avec celles plus globales de cette infection.
17. S'il résulte de ce qui précède que M. F a subi une infection nosocomiale, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas du rapport d'expertise, que cette infection, certes à l'origine d'une ostéolyse, serait en lien avec l'état de santé consolidé de la victime alors qu'il résulte de ce qui a été exposé plus haut qu'elle subit une modification de l'anatomie de la cotyle osseuse et une importante perte osseuse qui ont été de nature à modifier l'inclinaison de la cupule de la prothèse totale de hanche mise en place le 17 novembre 2015. En l'absence d'un tel lien de causalité, la SHAM est fondée à solliciter la décharge des sommes relatives à l'assistance par tierce personne pour la période post-consolidation, soit 98 569,18 euros, aux frais de logement adapté désignés sous l'intitulé de " dépenses de santé actuelles " dans le protocole, pour 89,80 euros, au déficit fonctionnel permanent, indemnisé à hauteur de 22 647 euros, et au préjudice d'agrément, pour 1 800 euros. Il ne résulte en outre pas de l'instruction que cette infection et les interventions qu'elle a rendu nécessaire seraient à l'origine d'un préjudice esthétique permanent, indemnisé à hauteur de 3 300 euros. La SHAM est ainsi fondée, tout d'abord, à demander la décharge du titre litigieux, pour les préjudices cités, à hauteur de 126 405,98 euros (89,80 + 98 569,18 + 22 647 + 1 800 + 3 300) En revanche, l'infection étant ainsi sans lien avec le déficit fonctionnel permanent subi par la victime, déficit au demeurant évalué par les experts à un taux inférieur au taux de 25 % prévu par les dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique, il appartenait au centre hospitalier de Tourcoing d'indemniser la totalité des préjudices actuels et la perte de gains professionnels futurs en lien avec cette infection sur le fondement des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du même code, et non pas seulement à hauteur de la perte de chance dont se prévaut la SHAM.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des frais divers :
18. L'ONIAM justifie avoir versé à la victime une somme de 700 euros au titre des frais divers constitués par les honoraires d'un médecin-conseil que celle-ci a exposés dans le cadre de la procédure initiée auprès de la CCI puis par les honoraires d'un avocat à la suite du refus de la SHAM de lui présenter une offre d'indemnisation. Au demeurant l'Office apporte également la preuve de ce que les dépenses exposées à ce titre par M. F s'élèvent à un montant supérieur à celui de la somme qu'il lui a versée. La créance de l'ONIAM est par suite fondée dans sa totalité quant à ce poste de préjudice.
S'agissant de l'assistance temporaire par tierce personne :
19. L'ONIAM justifie s'être acquitté de la somme de 8 481,56 euros au titre de l'assistance temporaire par tierce personne. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que les besoins de M. F en assistance par tierce personne devait être évalués avant consolidation à une heure par jour. Cette assistance doit être regardée comme étant en lien avec l'infection nosocomiale au cours de la période du 20 novembre 2015, date d'apparition des symptômes de celle-ci, au 22 août 2016, date de fin de l'hospitalisation au sein de la clinique de convalescence à la suite de la mise en place d'une nouvelle prothèse en raison de l'intervention de cette infection. Il résulte cependant de l'instruction qu'au cours de cette période, M. F a été continuellement hospitalisé à l'exception d'une période entre le 6 et le 9 décembre 2015, de telle sorte que l'assistance nécessaire lui a été prodiguée en dehors de cette dernière période par le personnel hospitalier. Ainsi, pour cette période indemnisable de quatre jours, sur une base annuelle de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés, il y a lieu de calculer l'indemnisation incombant à la SHAM à partir d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, le préjudice imputable à la seule infection doit être évalué à hauteur de 67,73 euros (15 X 4 X 412/365). La SHAM est ainsi également fondée à demander la décharge du titre en cause ce qui concerne ce préjudice, à hauteur de 8 413,83 euros (8 481,56 - 67,73).
S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :
20. Aux termes de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale : " L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite mentionné au premier alinéa de l'article L. 351-1 du présent code () est fixé à soixante-deux ans pour les assurés nés à compter du 1er janvier 1955. / () ". Aux termes de l'article L. 161-17-3 du même code : " Pour les assurés des régimes auxquels s'applique l'article L. 161-17-2, la durée d'assurance nécessaire pour bénéficier d'une pension de retraite au taux plein et la durée des services et bonifications nécessaire pour obtenir le pourcentage maximum d'une pension civile ou militaire de retraite sont fixées à : / 1° 167 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1958 et le 31 décembre 1960 ; / () ". Aux termes de l'article L. 351-1 du même code : " L'assurance vieillesse garantit une pension de retraite à l'assuré qui en demande la liquidation à partir de l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2. / Le montant de la pension résulte de l'application au salaire annuel de base d'un taux croissant, jusqu'à un maximum dit " taux plein ", en fonction de la durée d'assurance, dans une limite déterminée, tant dans le régime général que dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires, ainsi que de celle des périodes reconnues équivalentes, ou en fonction de l'âge auquel est demandée cette liquidation. / () ". Aux termes de l'article L. 351-3 du même code : " Sont prises en considération en vue de l'ouverture du droit à pension, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat : / 1°) les périodes pendant lesquelles l'assuré a bénéficié des prestations maladie, maternité, invalidité, accident du travail () ". Enfin, aux termes de l'article R. 351-29 du même code : " I.-Pour l'application de l'article L. 351-1, et sous réserve des dispositions des articles R. 173-4-3 et R. 351-29-1 le salaire servant de base au calcul de la pension est le salaire annuel moyen correspondant aux cotisations permettant la validation d'au moins un trimestre d'assurance selon les règles définies par l'article R. 351-9 et versées au cours des vingt-cinq années civiles d'assurance accomplies postérieurement au 31 décembre 1947 dont la prise en considération est la plus avantageuse pour l'assuré. / () ".
21. L'ONIAM justifie avoir accordé à M. F une somme de 21 651,76 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs occasionnée par une réduction du montant de ses droits à la retraite. Il est constant que la victime, née au cours de l'année 1958, a bénéficié d'une liquidation de sa pension de retraite au cours de l'année 2020 à l'âge de 60 ans. Il ne résulte cependant pas de l'instruction que l'infection litigieuse qui ne saurait être regardée comme ayant eu des conséquences permanentes en dehors de la période de manifestation de ses symptômes entre le 20 novembre 2015 et le 22 août 2016 ait été à l'origine d'une réduction de la durée de cotisation alors que M. F était placé en congé maladie durant cette période. Il résulte en outre de l'instruction que M. F a perçu au cours de l'année 2015 des revenus professionnels à hauteur de 38 382,36 euros. Il y a par suite lieu de considérer, ainsi que le fait valoir l'ONIAM sans être contredit, que la victime aurait dû percevoir en l'absence d'accident médical cette somme au cours des années suivantes. Si l'infection s'est manifestée au cours de l'année 2015, elle ne saurait être regardée comme ayant eu une incidence sur les revenus perçus par la victime durant cette année, les revenus revalorisés de l'année 2015 étant, aux termes du relevé de carrière, les plus élevés parmi les 25 meilleures années prises en compte. Il résulte en revanche de l'instruction, c'est-à-dire du relevé de carrière de l'intéressé pris en compte par sa caisse de retraite, que M. F a effectivement perçu au cours de l'année 2016 la somme totale de 248 euros, soit une somme mensuelle de 20,67 euros. L'infection devant être regardée comme ayant été à l'origine de la perte intervenue entre les mois de janvier et d'août de cette année où la victime a perçu la somme de 165,36 euros (20,67 x 8) en lieu et place de la somme de 25 588,24 euros attendue, calculée sur la base du revenu revalorisé perçu en 2015 (38 382,36/12 X 8), il y a lieu de considérer qu'elle est à l'origine d'une perte de revenus à hauteur de 25 422,88 euros (25 588,24 - 165,36). Il y a dès lors lieu de considérer qu'en l'absence d'infection, M. F aurait perçu au cours de l'année 2016, en prenant en compte pour les quatre derniers mois de l'année les revenus réellement perçus, sans impact de l'infection nosocomiale en cause, la somme de 25 505,56 euros (25 422,88 + 4 X 20,67). Même ainsi reconstitué pour tenir compte de l'impact de l'infection nosocomiale, le revenu de l'année 2016, inférieur à 28 202,04 euros, somme perçue par le requérant au cours de l'année 1988, soit le montant le plus faible des 25 meilleures années de la carrière de M. F, l'infection ne saurait être regardée comme ayant eu une incidence sur le calcul du montant des droits de celui-ci à la retraite. La SHAM est donc fondée à obtenir la décharge de la somme mise en recouvrement par l'ONIAM au titre de ce poste de préjudice, soit 21 651,76 euros
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
22. L'ONIAM justifie avoir versé à M. F au titre de son déficit fonctionnel temporaire une somme de 4 656 euros. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise que si la victime a subi un déficit fonctionnel temporaire total durant ses périodes d'hospitalisation, ce déficit doit être évalué à hauteur de 50 % à son retour à domicile. Il résulte en outre de ce qui a été exposé plus haut que seul le déficit subi entre la date du 20 novembre 2015 et celle du 22 août 2016 doit être regardé comme étant en lien seul avec l'infection nosocomiale litigieuse. Il appartient donc seulement à la SHAM d'indemniser cette part du préjudice. M. F a été continuellement hospitalisé durant cette période de 277 jours, à l'exception d'une période de quatre jours entre le 6 et le 9 décembre 2015. Par suite, sur la base d'un taux journalier de 15 euros, le préjudice subi par la victime en lien seul avec l'infection doit être évalué à hauteur de 4 125 euros (273 X 15 + 4 X 15 X 0,5). La SHAM est donc fondée à demander la décharge du titre attaqué, pour ce poste de préjudice, à hauteur de 531 euros (4 656 - 4 125).
S'agissant des souffrances endurées :
23. L'ONIAM établit avoir versé à la victime une somme de 16 000 euros au titre des souffrances endurées par celle-ci. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise que ces souffrances doivent être évaluées à hauteur de 5,5 sur une échelle allant de 0 à 7. Il sera toutefois fait une juste appréciation de la part des souffrances imputables à l'infection nosocomiale, qui est à l'origine de fièvre, de fatigue, d'une ostéolyse et dont le traitement a nécessité une prise en charge de neuf mois, des recherches étiologiques et deux interventions itératives, en l'évaluant aux deux tiers de celles-ci. Par suite, les souffrances endurées en raison de cette seule infection doivent être évaluées à hauteur de 10 666,67 euros (16 000 x 2/3). La SHAM est donc fondée à demander la décharge du titre en cause, pour ce poste de préjudice, à hauteur de 5 333,33 euros.
24. Il résulte de ce qui précède que la créance de l'ONIAM n'est fondée qu'à hauteur de 15 559,40 euros (700 + 67,73 + 4 125 + 10 666,67). Par suite, la SHAM est fondée à solliciter la décharge du titre n° 2020-1601, d'un montant initial de 177 895,30 euros, à hauteur de la somme de 162 335,90 euros (126 405,98 + 21 651,76 + 8 413,83 + 531 + 5 333,33).
Sur la régularité du titre litigieux :
En ce qui concerne la compétence de la signataire du titre :
25. Il résulte de l'article 2 de la décision du 18 juillet 2017 du directeur de l'ONIAM publiée au bulletin officiel santé - protection sociale - solidarité n° 2017/8 du 15 septembre 2017, librement accessible sur internet, que Mme A de Martin de Viviès, signataire du titre n° 2020-935 du 17 août 2020, bénéficie d'une délégation de signature concernant tous ordres de reversement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du titre litigieux doit être écarté.
En ce qui concerne la mention des bases de liquidation et la preuve du paiement subrogatoire :
26. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 visé plus haut : " () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. / () ". Par suite, l'administration qui met en recouvrement un état exécutoire doit indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.
27. Il résulte de l'instruction que le titre litigieux ne mentionne pas les bases de liquidation de la créance. Si toutefois la SHAM soutient que ce titre n'était accompagné d'aucune pièce-jointe, il résulte des mentions portées sur ce titre qu'il était accompagné de l'avis de la CCI en date du 18 octobre 2018 procédant à une évaluation des préjudices subis par M. F ainsi que du protocole d'indemnisation conclu par l'ONIAM avec celui-ci le 21 septembre 2020 et détaillant préjudice par préjudice le montant alloué par application de son barème. En outre, le protocole transactionnel valant quittance de la somme mise en recouvrement, il n'appartient pas à l'ONIAM d'apporter à son débiteur la preuve du paiement à la victime du montant de ce protocole. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le titre exécutoire ne mentionnait pas les bases de liquidation directement ou par référence ni que la condition de la subrogation tenant au paiement ne serait pas satisfaite et les moyens présentés sur ces points doivent être écartés.
28. Il résulte de ce qui précède que, en l'absence d'irrégularité formelle, les conclusions présentées par la SHAM aux fins d'annulation du titre litigieux doivent être rejetées.
Sur les conclusions reconventionnelles :
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
29. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts des sommes allouées par le juge sont dus à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette somme, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
30. Le titre de recettes adressé par l'ONIAM à la SHAM vaut mise en demeure de payer au sens des dispositions précitées de l'article 1231-6 du code civil. La somme restant à la charge de la SHAM du fait de ce titre, soit la somme de 15 559,40 euros, dont il ne résulte pas de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas allégué qu'elle aurait été réglée, sera assortie des intérêts au taux légal à compter, comme le demande l'ONIAM, du 2 décembre 2020, date à laquelle il résulte de l'instruction, à savoir du tampon apposé sur le titre produit, qu'il a été reçu par la SHAM. En vertu des dispositions citées au point précédent, il y a lieu, par ailleurs, de faire droit à la demande de l'ONIAM de capitalisation des intérêts à compter du 2 décembre 2021 à minuit, date à laquelle était due pour la première fois une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
En ce qui concerne la pénalité :
31. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'avis rendu le 18 octobre 2018 par la CCI, la SHAM a refusé, par un courrier du 28 mars 2019, de présenter une offre d'indemnisation à M. F. S'il résulte de ce qui a été exposé plus haut que le lien entre l'infection subie par ce dernier et ses préjudices permanents n'a pas été reconnu par les experts dans leur rapport, il résulte cependant de l'instruction que par ce rapport, ces experts ont reconnu le caractère nosocomial de l'infection litigieuse. La CCI s'étant prononcée dans le sens d'une indemnisation des conséquences dommageables de l'infection, il y a par suite lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SHAM une pénalité d'un montant de 2 333,91 euros correspondant à 15 % de la somme dont l'ONIAM est fondé à solliciter le recouvrement par le biais du titre litigieux.
En ce qui concerne les frais d'expertise :
32. Il résulte de l'instruction, et en particulier de l'attestation de l'agente comptable de l'ONIAM versée par celui-ci en défense que l'Office a pris à sa charge les frais de l'expertise diligentée par la CCI pour une somme de 1 787,76 euros. La responsabilité du centre hospitalier de Tourcoing étant engagée, l'Office est fondé à solliciter le remboursement de cette somme.
En ce qui concerne la demande de jugement commun et opposable :
33. Lorsqu'il a versé une indemnité à la victime en application de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, il appartient à l'ONIAM, s'il a connaissance du versement à cette victime de prestations mentionnées à l'article 29 de la loi du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la 'circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation, d'informer les tiers payeurs concernés afin de leur permettre de faire valoir leurs droits auprès du tiers responsable, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. Il incombe également à l'office d'informer les tiers payeurs, le cas échéant, de l'émission d'un titre exécutoire à l'encontre du débiteur de l'indemnité ainsi que des décisions de justice rendues sur le recours formé par le débiteur contre ce titre.
34. En revanche, il ne résulte ni de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que les tiers payeurs ayant servi des prestations à la victime en raison de l'accident devraient être appelés en la cause lorsque le débiteur saisit le juge administratif d'une opposition au titre exécutoire.
35. Il résulte de ce qui précède qu'il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la CPAM de l'Artois qui assure M. F, l'ONIAM ayant lui-même l'obligation d'informer cette caisse de l'intervention du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
36. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM le versement à la SHAM de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions précitées. À l'inverse, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SHAM, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, la somme sollicitée par l'ONIAM au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La SHAM est déchargée du titre exécutoire n° 2020-1601 émis par l'ONIAM le 20 octobre 2020 à hauteur de la somme de 162 335,90 euros.
Article 2 : La SHAM versera à l'ONIAM les intérêts au taux légal sur la somme de 15 559,40 euros à compter du 2 décembre 2020. Les intérêts échus à la date du 2 décembre 2021 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates afin de produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : La SHAM est condamnée à verser à l'ONIAM la somme de 2 333,91 euros au titre de la pénalité prévue par l'article L. 1142-15 du code de la santé publique.
Article 4 : La SHAM versera à l'ONIAM la somme de 1 787,76 euros au titre des frais d'expertise.
Article 5 : L'ONIAM versera à la SHAM la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président,
Mme Marion Varenne, première conseillère,
Mme Marjorie Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. D
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
signé
M. G
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026