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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100818

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100818

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2021, M. C A, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le directeur territorial de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) de Lille lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil à compter du 15 octobre 2020, de procéder au versement des sommes non perçues depuis cette date et de lui fournir un hébergement adapté à ses besoins, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

5°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à lui verser directement sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision contestée ait été prise par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut d'entretien individuel, par méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que s'il est arrivé en France par voie aérienne le 20 février 2020 il était simplement en transit, le temps de pouvoir rejoindre ensuite la Belgique le même jour et y introduire une première demande d'asile ; c'est donc à tort que l'OFII a considéré qu'il avait présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de sa particulière vulnérabilité ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 15 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fabre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 23 août 1986 en Syrie, de nationalité syrienne, est entré en France le 20 janvier 2020, est allé en Belgique où il a demandé l'asile. Sa demande ayant été rejetée, il est venu en France et a présenté une demande d'asile, enregistrée le 15 octobre 2020. Il a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil mais sa demande a été rejetée par une décision du 15 octobre 2020, dont le requérant demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. B, directeur territorial de l'OFII de Lille, qui était compétent pour ce faire en vertu d'une décision du 1er septembre 2020 du directeur général de l'OFII, publiée sur le site internet de l'OFII.

3. En deuxième lieu, la décision contestée cite les textes dont elle fait application et fait état du motif de rejet de la demande, à savoir que l'intéressé a présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. Cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est ainsi suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas contesté en retour, que le requérant a bénéficié, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien avec un agent de l'OFII, formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, durant lequel sa situation a été évaluée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pour défaut d'entretien préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / () ". Aux termes de l'article D. 744-37, alors en vigueur du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration : / () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ; / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 723-2, alors en vigueur, dudit code : " () III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France le 20 janvier 2020 et n'a présenté sa demande d'asile sur le territoire national que le 15 octobre 2020, soit après expiration du délai de 90 jours prévu par les dispositions précitées. La circonstance que, le jour même de son arrivée en France, l'intéressé soit allé en Belgique pour y demander d'asile est à cet égard sans incidence. C'est par suite à juste titre, sans méconnaître les dispositions précitées, que le préfet du Nord s'est fondé sur le motif qu'il avait, sans motif légitime, présenté une demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, pour rejeter sa demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil ".

8. Si le requérant fait valoir qu'il se trouve isolé en France, dépourvu de ressources et d'hébergement, ces circonstances ne sont pas à elles seules de nature à caractériser une situation de particulière vulnérabilité du requérant, au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent.

9. En sixième et dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le directeur territorial de l'OFII de Lille a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A avant de prendre la décision contestée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance, également présentées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- M. Larue, premier conseiller,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023

Le président-rapporteur,

Signé

X. FABREL'assesseur le plus ancien,

Signé

X. LARUE

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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