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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100937

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100937

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MAIRESSE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février et 23 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Mairesse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 23 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de 10 jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 2 novembre 2020 (2 points), 9 septembre 2020 (1 point), 28 août 2020 (1 point), 22 août 2020 (1 point), 20 août 2020 (1 point), 14 avril 2020 (1 point), 20 mars 2020 (2 points), 13 décembre 2019 (3 points), 22 août 2019 (2 points), 2 janvier 2018 (1 point) et 22 décembre 2017 (1 point) ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire en reconstituant le capital de points, dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'information préalable obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que le moyen soulevé est infondé pour la totalité des décisions attaquées.

Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2023.

Par courrier du 19 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions dirigées contre la décision de retrait d'un point correspondante à l'infraction commise le 2 janvier 2018 sont irrecevables dès lors que ce point a été restitué avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Guyard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48 SI du 23 décembre 2020, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de cette décision 48 SI ainsi que l'annulation des décisions de retrait de points relatives à des infractions constatées les 2 novembre 2020 (2 points), 9 septembre 2020 (1 point), 28 août 2020 (1 point), 22 août 2020 (1 point), 20 août 2020 (1 point), 14 avril 2020 (1 point), 20 mars 2020 (2 points), 13 décembre 2019 (3 points), 22 août 2019 (2 points), 2 janvier 2018 (1 point) et 22 décembre 2017 (1 point) et qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui restituer ces points sur le capital de points affecté à son permis de conduire.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral daté du 5 mars 2021 que le point de la décision relative à l'infraction commise le 2 janvier 2018 a donné lieu à restitution le 15 juillet 2018. Ainsi les conclusions dirigées contre cette décision de retrait de point étaient, antérieurement à l'introduction de la requête, dépourvues d'objet et sont par suite, irrecevables.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

3. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit lorsqu'est établie, notamment par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, la réalité de l'infraction donnant lieu à retrait de points. L'article L. 223-3 du même code dispose que " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9 () ". En outre, aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis par l'agent. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

En ce qui concerne l'infraction constatée le 2 novembre 2020 :

5. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention.

6. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

7. L'infraction constatée le 2 novembre 2020 a fait l'objet d'un procès-verbal dressé à l'aide d'un appareil électronique et il résulte des mentions portées au relevé intégral d'information que M. B s'est acquitté de l'amende forfaitaire correspondante le 16 décembre 2020. Par suite, compte tenu de la date de commission de l'infraction et celle du paiement de l'amende forfaitaire, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information ne peut qu'être écarté s'agissant de cette infraction.

En ce qui concerne les infractions constatées les 9 septembre 2020 (1 point), 28 août 2020 (1 point), 22 août 2020 (1 point), 20 août 2020 (1 point), 14 avril 2020 (1 point), 20 mars 2020 (2 points), 13 décembre 2019 (3 points), 22 août 2019 (2 points) et 22 décembre 2017 (1 point) :

8. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral, que le requérant s'est acquitté, pour chacune des infractions ainsi constatées, de l'amende forfaitaire relative aux infractions relevées par radar automatique. Il découle de cette seule constatation que M. B a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la présente requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le ministre de l'intérieur au même titre.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le ministre de l'intérieur au titre de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Guyard, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition par le greffe le 24 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

S. GUYARDLa présidente,

signé

A.-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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