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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101100

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101100

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantL'ILL LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 février 2021, Mme A B, représentée par Me Hentz, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui faire bénéficier de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

5°) en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de cet office le versement à la requérante de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de formuler ses observations, en méconnaissance des dispositions de l'article R.744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit pour être fondée à tort sur les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation du motif l'ayant conduite à quitter l'hébergement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, l'OFII conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que :

- après réexamen de la situation de l'intéressée, elle a bénéficié rétroactivement de l'allocation pour demandeur d'asile ainsi que d'un hébergement à compter du 14 avril 2021 jusqu'à ce qu'elle soit déboutée définitivement de sa demande d'asile ; la requête est ainsi devenue sans objet ;

- les conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause, être rejetées dès lors que, n'étant plus demandeuse d'asile, elle ne peut plus bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

La clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2023 à 12h00 par une ordonnance du 10 mars 2023.

Mme A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme Piou au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante palestinienne née le 26 avril 1975 à Jérusalem (Israël), déclare être arrivée en France au cours du mois d'août 2019, accompagnée de ses trois filles nées les 6 septembre 2002, 12 janvier 2004 et 8 décembre 2012. Le 28 août 2019, elle a présenté une demande d'asile, enregistrée en procédure dite " Dublin " et accepté ce même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 1er juillet 2020, sa demande d'asile a été requalifiée en procédure normale. Par décision du 14 janvier 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 3 mai 2021, postérieure à l'introduction de la requête, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Il ressort des pièces du dossier que, en exécution de l'ordonnance du présent du tribunal n° 2101051 du 16 février 2021, ayant enjoint à l'OFII de rétablir à l'intéressée le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil, cet office a procédé au versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision litigieuse ait fait l'objet d'une décision de retrait. Par ailleurs, son exécution a conduit l'intéressée à être privée jusqu'au mois d'avril 2021 d'une solution d'hébergement. Dans ces conditions, le litige n'a pas perdu son objet. L'exception de non-lieu à statuer ne peut, dès lors, qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines./ ()".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B était accompagnée de ses trois filles, dont deux mineures à la date de la décision, la plus jeune ayant alors moins de dix ans. De ce fait, elle doit être regardée comme présentant un facteur de vulnérabilité particulier au sens des dispositions précitées, contrairement à ce qu'a estimé l'OFII en prenant la décision litigieuse.

6. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier, notamment des observations circonstanciées présentées par l'intéressée le 15 décembre 2020, que l'hébergement qui lui a été proposé, constitué d'une chambre pour elle et ses trois filles insusceptible d'être fermée à clef avec douches communes fermées par un simple rideau au sein d'un bâtiment accueillant essentiellement une population masculine, n'apparaissait pas adapté aux besoins de Mme B et de ses filles. Par ailleurs, le jour même de leur arrivée, elles ont été confrontées à des comportements inappropriés de la part d'autres résidents, faisant légitimement naitre chez la requérante des craintes pour la sécurité de ses filles. Dans ces conditions, l'OFII a également commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant que ces motifs ne pouvaient valablement justifier son départ de l'hébergement proposé et en prenant à l'encontre de Mme B la décision litigieuse.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 14 janvier 2021 portant suspension des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Comme indiqué au point 3, Mme B a bénéficié, en exécution de l'ordonnance susmentionnée de ce tribunal, du versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la demande d'asile de la requérante, enregistrée en procédure normale, a fait l'objet d'un rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 avril 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 décembre 2022, le 14 décembre suivant. Par suite, le présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Hentz, conseil de Mme B, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 14 janvier 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Lille a suspendu à Mme B le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : L'OFII versera à Me Hentz, conseil de Mme B, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. PIOU

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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