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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101132

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101132

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS ACTION CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2021, Mme A B, représentée par Me Maricourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur du centre hospitalier de Douai a rejeté sa demande de réintégration et de reclassement sur un poste adapté ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Douai de procéder à sa réintégration sur un poste adapté, dans un délai de 60 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Elle soutient que :

- ne souffrant d'aucune inaptitude à la reprise de ses fonctions sur un poste adapté aux restrictions indiquées par les experts qui l'ont reçue, et alors qu'aucune procédure de licenciement n'a été enclenchée à son endroit, rien ne s'oppose à ce qu'elle reprenne son poste au centre hospitalier de Douai ;

- en tout état de cause, s'il devait être considéré que les restrictions indiquées par le médecin expert valent inaptitude physique à occuper à nouveau son poste, il appartenait au centre hospitalier de Douai de procéder à son reclassement ;

- le centre hospitalier de Douai, en ne lui notifiant aucune information en matière de reclassement, aucune proposition de nouveau poste ou aucune information sur l'impossibilité de la reclasser, a méconnu les dispositions du II de l'article 17-1 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- aucun reclassement ne lui ayant été proposé, son placement en congé sans traitement était impossible, conformément aux dispositions du III de l'article 17-1 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le centre hospitalier de Douai, qui ne l'a ni reclassée ni licenciée, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire, enregistré le 27 juin 2023, le centre hospitalier de Douai, représenté par Me Freger, conclut au rejet de la requête et demande que soit mis à la charge de Mme B le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête de Mme B, engagée contre une décision inexistante, est prématurée et, par suite, irrecevable ;

- à titre subsidiaire, rien n'indique qu'en ne donnant pas suite à la demande de Mme B, il a considéré qu'il n'était pas autorisé à procéder à la réintégration de l'agent ;

- le moyen tiré de ce qu'il a commis une erreur de droit en refusant de procéder au reclassement de Mme B est inopérant dans la mesure où il n'est pas démontré qu'il était tenu de procéder au reclassement au vu de l'avis d'aptitude avec restriction qui conduirait à un aménagement de poste et non à un reclassement ;

- Mme B ayant réussi en novembre 2017 le concours d'adjoint administratif, sa réintégration devrait avoir lieu en qualité de stagiaire ; or, il n'existe aucune obligation de reclassement des agents placés en période probatoire provisoire ;

- l'argument tenant à l'absence de suspension du contrat de Mme B est inopérant dès lors que celle-ci a réussi le concours d'adjoint administratif en novembre 2017 ;

- la circonstance que Mme B ne percevait plus de traitement à la date de l'acte attaqué est sans incidence sur la légalité de celui-ci ;

- Mme B n'ayant pas été examinée par le médecin de prévention, l'avis de celui-ci sur l'adéquation de la fiche de poste à son état de santé n'est pas intervenu, ce qui fait obstacle à sa réintégration ;

- dès lors qu'il s'agissait d'une reprise à l'issue d'un congé de maladie avec restrictions, nécessitant un reclassement faute de poste vacant adapté à l'état de santé de Mme B, il était nécessaire que le comité médical se réunisse pour rendre un avis ;

- en tout état de cause, il ne pouvait procéder à la réintégration de Mme B sur son poste au service " Encadrement clientèle ", au vu des restrictions émises par le médecin expert quant à l'absence de port de charges supérieures à 5 kg et quant aux déplacements limités ;

- enfin, il ne disposait pas de poste vacant et disponible adapté aux restrictions concernant Mme B ;

- s'agissant des conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B, l'annulation du refus de réintégration ne peut emporter que le seul réexamen de la situation de l'agent ;

- la réintégration de Mme B ne peut avoir lieu, compte tenu de sa réussite au concours d'adjoint administratif, que dans le cadre d'un stage.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 14 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme,

- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,

- les observations de Me Maricourt, avocat de Mme B,

- et les observations de Me Cynkiewicz, substituant Me Freger, avocat du centre hospitalier de Douai.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de son congé de grave maladie, accordé pour la période du 27 juillet 2017 au 26 juillet 2018, Mme B, adjoint administratif contractuelle au centre hospitalier de Douai, a sollicité par courrier du 15 octobre 2020 sa réintégration dans ses fonctions sur un poste adapté. Elle demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur de cet établissement a implicitement rejeté cette demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire en date du 14 juin 2021, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () / 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, agent administratif exerçant au sein du centre hospitalier de Douai, a demandé à cet établissement, par courrier daté du 15 octobre 2020 reçu le lendemain, à être réintégrée dans ses fonctions à la suite de son congé de grave maladie. Aucune réponse n'a été apportée à cette demande de sorte que, en application des dispositions précitées de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite de rejet est née le 16 décembre 2020. Le centre hospitalier de Douai ne saurait se prévaloir, pour soutenir que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B enregistrée au greffe du tribunal le 15 février 2021 sont prématurées, de ce qu'en l'absence de saisine et d'avis de la médecine de prévention, l'instruction de la demande de reclassement n'était pas terminée et, en conséquence, aucune décision n'était encore intervenue. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le médecin du travail, mandaté par le centre hospitalier de Douai, a rendu le 26 avril 2019 son avis sur l'aptitude de Mme B à retravailler sur son poste. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 11 du décret du 6 février 1991, relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " L'agent contractuel en activité employé de manière continue et comptant au moins trois années de services effectifs, atteint d'une affection dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer son activité, nécessitant un traitement et des soins prolongés et présentant un caractère invalidant et de gravité confirmée, bénéficie d'un congé de grave maladie pendant une période maximale de trois ans. / Dans cette situation, l'intéressé conserve l'intégralité de son traitement pendant une durée de douze mois. () / () ". Aux termes de l'article 30 de ce décret, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " A l'issue des congés prévus aux titres IV, V et VI, les agents physiquement aptes et qui remplissent toujours les conditions énumérées à l'article 3 sont réemployés sur leur emploi ou occupation précédente dans la mesure permise par le service. Dans le cas contraire, ils sont licenciés et disposent d'une priorité de réemploi dans l'établissement pour exercer des fonctions similaires assorties d'une rémunération équivalente ". Aux termes de l'article 31 du même décret, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les dispositions de l'article précédent ne sont applicables qu'aux agents recrutés pour une durée indéterminée ou pour une durée déterminée si, dans ce dernier cas, le terme de l'engagement est postérieur à la date à laquelle les intéressés peuvent prétendre au bénéfice d'un réemploi. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B exerçait, antérieurement à son placement de congé de grave maladie, les fonctions d'adjoint administratif au sein du service " Encadrement clientèle " du centre hospitalier de Douai, en qualité d'agent contractuel à durée indéterminée. Alors qu'elle a été placée en congé de longue maladie du 27 juillet 2017 au 26 juillet 2018, elle a réussi le 13 novembre 2017 le concours d'intégration au grade d'adjoint administratif mais n'a pu, en raison de son congé, bénéficier de sa " mise sous statut ", ainsi que le lui a indiqué le directeur adjoint chargé des ressources humaines dans un courrier daté du 11 décembre 2017. A l'issue de son congé de grave maladie, Mme B n'a pas repris son emploi et son traitement a été suspendu. La requérante a fait l'objet de deux expertises médicales, les 17 novembre 2018 et 20 février 2019, aux termes desquelles aucune inaptitude totale n'a été retenue, seules des restrictions portant sur l'absence de déplacements répétés, l'absence de port de charges supérieures à 5 kg et l'absence de travail dans les escaliers étant relevées. Le 26 avril 2019, le médecin du travail mandaté par le centre hospitalier de Douai a conclu en l'aptitude de la requérante et à sa possibilité de travailler sur un poste administratif sans port de charges supérieures à 5 kg, sans station debout prolongée et sans accroupissement.

7. D'une part, si le centre hospitalier de Douai soutient que les restrictions relevées par les médecins experts rendaient impossible la réintégration de Mme B sur son ancien poste au sein du service " Encadrement clientèle ", il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations alors qu'il ressort au contraire des pièces du dossier que ce poste consistait en des fonctions administratives, dont il n'est pas établi qu'elles impliquaient le port de charges supérieures à 5 kg, des déplacements répétés, une station debout prolongée et des accroupissements. En tout état de cause, le centre hospitalier de Douai n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le poste précédemment occupé par la requérante ne pouvait pas faire l'objet d'un aménagement, afin de respecter les restrictions relevées par les médecins. A cet égard, le centre hospitalier de Douai ne démontre pas davantage, en se bornant à produire des tableaux des effectifs du personnel administratif lors des deux premiers semestres de l'année 2020, qui attestent au contraire du non-remplacement de plusieurs agents, de ce qu'aucun poste administratif adapté aux restrictions de la requérante n'aurait été disponible. D'autre part, la circonstance que la requérante ait réussi en novembre 2017 le concours d'adjoint administratif est sans incidence sur le refus du centre hospitalier de Douai de la réintégrer dans ses anciennes fonctions dans la mesure où, ainsi qu'il a été dit au point précédent, Mme B n'ayant pas été nommée fonctionnaire stagiaire, son contrat à durée indéterminée n'a pas pris fin. Enfin, l'aptitude professionnelle de Mme B à travailler sur un poste administratif adapté ayant été reconnue le 26 avril 2019 par le médecin du travail, le centre hospitalier de Douai ne saurait se prévaloir de l'absence d'avis du médecin de prévention pour justifier son impossibilité de réintégrer son agent.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que le directeur du centre hospitalier de Douai, en rejetant implicitement sa demande de réintégration, a méconnu les dispositions précitées du décret du 6 février 1991. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le directeur du centre hospitalier de Douai réintègre Mme B dans ses précédentes fonctions. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre d'y procéder, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le centre hospitalier de Douai demande au titre des frais qu'il a exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision par laquelle le directeur du centre hospitalier de Douai a implicitement rejeté la demande de réintégration présentée par Mme B le 15 octobre 2020 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Douai de réintégrer Mme B dans ses fonctions, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Douai au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Douai.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Bonhomme, première conseillère,

- Mme Courtois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

F. BONHOMMELe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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