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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101303

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101303

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2021, M. B A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 août 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de procéder au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder à leur rétablissement, à titre rétroactif, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, par méconnaissance de l'article D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été informé, dans une langue qu'il comprend, de la possibilité de se voir refuser, retirer ou suspendre les conditions matérielles d'accueil lorsqu'il les a acceptées ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles 20 et 21 de la directive n° 2013/13/UE du 26 juin 2013 du fait de sa particulière vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

- la décision contestée étant fondée, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées ; en tout état de cause, sa demande d'asile ayant été définitivement rejetée, il n'est plus éligible aux conditions matérielles d'accueil ;

La clôture d'instruction a été fixée au 30 mars 2023 à 12h00 par une ordonnance du 9 mars 2023.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive n° 2013/13/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme Piou au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant jamaïcain né le 20 septembre 1961 à Sainte Catherine (Jamaïque), est entré en France, selon ses déclarations, le 12 octobre 2017. Le 3 janvier 2018, il a présenté une demande d'asile, enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a commencé à bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Le 4 août 2018, l'OFII lui a en suspendu le bénéfice. A l'expiration du délai de transfert vers les autorités belges, décidé par un arrêté du préfet du Nord notifié le 7 février 2018, M. A a de nouveau sollicité l'asile ainsi que le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 12 août 2020, dont le requérant demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Lille a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la circonstance qu'il n'a pas, sans motif valable, respecté les obligations de présentation aux convocations des autorités en charge de l'asile auxquelles il avait consenties lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge et précise que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait apparaître aucun facteur particulier de vulnérabilité ni de besoins particuliers en matière d'accueil. La décision contestée est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, que M. A a été informé, lors de sa prise en charge le 4 janvier 2018, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure manque en fait.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de l'examen de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, M. A a fait l'objet, le 12 août 2020, d'une nouvelle évaluation de sa vulnérabilité. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, la décision contestée fait état de sa date de naissance et, par suite, de son âge. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Dès lors, le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles 20 et 21 de la directive du Parlement européen et du Conseil n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, intégralement transposée en droit interne, sans faire état de l'incompatibilité des règles nationales dont l'OFII a fait application avec ces dispositions.

6. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables./ L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines./ () ".

7. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. La décision contestée a été prise au motif, non sérieusement contesté, que, sans motif valable, il n'avait pas satisfait à ses obligations de présentation aux convocations des 30 et 31 mai 2018 et avait été déclaré en fuite le 1er juin 2018. Par ailleurs, il a indiqué le 12 août 2020 être accueilli dans un centre d'hébergement d'urgence et ne présenter aucun problème de santé. S'il était âgé de 59 ans à la date de la décision, cette seule circonstance, compte tenu des autres éléments précités, ne suffit pas à caractériser un état de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'existence d'une erreur d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. PIOU

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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