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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101316

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101316

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2021, M. A E, représenté par Me Benoit David, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil lui a infligé la sanction de mise en cellule disciplinaire durant quinze jours assortie du déclassement de son emploi en qualité d'auxiliaire de bibliothèque ;

3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de le réintégrer sur l'emploi d'auxiliaire de bibliothèque dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui verser, de manière rétroactive, les arriérés de salaire correspondants dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, si l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée ; la compétence de l'auteur du compte rendu d'incident, qui ne peut siéger au sein de cette commission sans méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, n'est pas établie ;

- il n'est pas établi que les faits pour lesquels il a été sanctionné aient fait l'objet d'un rapport d'enquête ni, le cas échéant, que l'auteur de ce rapport était compétent et qu'il n'a pas siégé au sein de la commission de discipline, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale ;

- il n'est pas établi que le chef d'établissement ou son délégataire ait été rendu destinataire du rapport d'enquête, du compte-rendu d'incident ou de tout autre élément d'information complémentaire avant de décider de l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ; il n'est pas non plus établi que l'acte de poursuite faisait mention de la qualification juridique des faits reprochés, en méconnaissance de l'article R. 57-7-16 du même code :

- il n'est pas établi que l'ensemble des pièces intéressant la procédure disciplinaire lui aurait été communiqué préalablement à la réunion de la commission de discipline dans un délai lui permettant de préparer utilement sa défense ;

- la commission de discipline n'était pas régulièrement composée ; la compétence des deux assesseurs n'est pas établie ; les actes de désignation des assesseurs doivent être mises à la disposition des détenus ;

- la décision de la commission de discipline est insuffisamment motivée ;

- son placement préventif en cellule disciplinaire n'était pas justifié ; il y a été maintenu au-delà du délai prévu à l'article R. 57-7-19 du code de procédure pénale ;

- la décision de la commission de discipline est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- la sanction en litige est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 5 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à effet immédiat.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier,

- et les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, incarcéré au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, a fait l'objet de trois rapports d'incident, le 5 février 2021, pour avoir, d'une part, refusé de se soumettre à une mesure de sécurité, d'autre part, été en possession de morceaux d'une substance illicite ainsi que de plusieurs objets interdits en détention et, enfin, refusé de remettre l'ensemble au personnel de l'établissement malgré plusieurs injonctions en ce sens. Le même jour, M. E a été placé en cellule disciplinaire à titre préventif. Par une décision du 8 février 2021, le président de la commission de discipline a prononcé à son encontre la sanction de mise en cellule disciplinaire durant quinze jours assortie du déclassement de son emploi d'auxiliaire de bibliothèque. Le 22 février suivant, M. E a formé à l'encontre de cette décision le recours préalable obligatoire prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Par une décision du 21 mai 2021, notifiée le 3 juin suivant, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté ce recours et confirmé, en conséquence, la sanction qui lui a été infligée.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 13 septembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'étendue du litige :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

4. D'autre part, lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

5. Il s'ensuit, en l'espèce, que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil en date du 8 février 2021 doivent être regardées comme étant dirigées à l'encontre de la décision du 21 mai suivant par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours administratif obligatoire, qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 mai 2021 :

6. Seule la décision prise à la suite du recours administratif obligatoire, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Toutefois, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

7. En premier lieu, il ressort des principes rappelés au point précédent que les vices propres à la sanction initiale prononcée par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, qui ont nécessairement disparus avec cette dernière, ne sauraient être utilement invoqués par M. E. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

8. En deuxième lieu, les conditions d'exécution de la décision de placement en cellule disciplinaire à titre préventif sur le fondement des dispositions de l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur, sont sans influence sur la légalité de la décision de sanction prononcée par le chef d'établissement, en vertu de l'article R. 57-7-7 de ce code, alors en vigueur, à laquelle s'est substituée la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires. Par suite, le moyen tiré de ce que le placement de M. E en cellule disciplinaire à titre préventif serait entaché d'illégalité est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". Aux termes de l'article R. 57-6-9 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " () / L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, le 5 février 2021, M. E a fait l'objet de trois comptes-rendus d'incident portant les n°s 65363, 65364 et 65365. Dans le cadre de la présente instance, le garde des sceaux, ministre de la justice, a produit des copies de ces actes, qui font apparaître les initiales de leurs auteurs, soit " A.P. " en ce qui concerne les deux premiers et " G.C. " pour le dernier, ainsi que leur qualité de surveillant pénitentiaire, établissant ainsi que ces agents n'ont pas siégé au sein de la commission de discipline, dont la composition est également établie par les pièces versées à l'instance. Dans ces circonstances, et dès lors que les dispositions précitées de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale prévoient qu'un compte-rendu d'incident peut être rédigé par tout agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier, sans exiger d'autre formalité relative à la compétence de cet agent, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté, en toutes ses branches.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport d'enquête a été rédigé, conformément aux dispositions citées au point précédent, par Mme H B, première surveillante, qui n'a pas siégé au sein de la commission de discipline. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté, en toutes ses branches.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ".

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les poursuites disciplinaires ont été ordonnées le 5 février 2021 par M. C F, lieutenant pénitentiaire, lequel avait reçu délégation à cet effet en vertu d'une décision du 1er septembre 2020 de M. D, directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, régulièrement publiée au recueil spécial n°57 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Pas-de-Calais en date du 10 septembre 2020. Eu égard à l'objet d'une délégation de signature qui, quoique constituant un acte réglementaire, n'a pas la même portée à l'égard des tiers qu'un acte modifiant le droit destiné à leur être appliqué, sa publication au recueil des actes administratifs, qui permet de donner une date certaine à la décision de délégation prise par le chef d'établissement, a constitué une mesure de publicité suffisante pour rendre les effets de la délégation de signature opposables aux tiers, notamment à l'égard des détenus de l'établissement pénitentiaire.

15. D'autre part, il ressort des mentions portées sur l'acte de poursuite en cause, qui précise les qualifications juridiques susceptibles d'être données aux faits reprochés à M. E, que la décision de poursuivre la procédure disciplinaire à l'encontre de ce dernier a été prise au vu des comptes-rendus d'incident établis le 5 février 2021 à son encontre et du rapport d'enquête.

16. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale doit être écarté, en toutes ses branches.

17. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code, alors en vigueur : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ".

18. Il ressort des pièces versées au dossier par le ministre de la justice, qui ne sont pas contestées par le requérant, que la commission de discipline était composée, lors de sa séance du 8 février 2021, de la directrice adjointe du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, d'un assesseur membre de l'administration pénitentiaire, identifié par ses initiales " Jo. ", et d'un assesseur extérieur en la personne de M. Christian G, régulièrement habilité à cet effet par une décision du président du tribunal de grande instance de Béthune en date du 22 janvier 2015. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la commission de discipline aurait été irrégulièrement composée doit être écarté.

19. En septième lieu, le respect des droits de la défense préalablement au prononcé d'une sanction, qui constitue un principe général du droit, suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements qui lui sont reprochés ont été retenus.

20. D'une part, il résulte des dispositions combinées des articles R. 57-6-9 et R. 57-7-16 du code de procédure pénale alors en vigueur que, pour être en mesure de préparer utilement sa défense, la personne détenue doit être informée de la date et de l'heure de la commission de discipline au moins vingt-quatre heures à l'avance et qu'elle doit être mise en mesure d'avoir accès aux éléments de la procédure au moins trois heures avant la séance.

21. Il ressort du bordereau de remise de pièces, produit par le ministre de la justice à l'instance, que l'intégralité des pièces intéressant la procédure discipline engagée à l'encontre de M. E, notamment l'acte de poursuite précité, qui énonce de manière détaillée les faits à l'origine de la saisine de la commission ainsi que la qualification disciplinaire qu'ils étaient susceptibles de revêtir, a été communiquée à l'intéressée le 5 février 2021 à 17 heures, soit plus de 24 heures avant la séance de la commission de discipline qui s'est tenue le 8 février suivant, à 15 heures. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des droits de la défense ne peut ainsi qu'être écarté.

22. En huitième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; / 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code, alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; / () / 8° D'enfreindre ou tenter d'enfreindre les dispositions législatives ou règlementaires, le règlement intérieur de l'établissement ou toute autre instruction de service applicables en matière d'introduction, de détention, de circulation, ou de sortie de sommes d'argent, correspondance, objets ou substances quelconques, hors les cas prévus aux 10° et 11° de l'article R. 57-7-1 ; / () ".

23. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été sanctionné, outre pour le fait d'avoir refusé de se soumettre à une mesure de sécurité et d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel pénitentiaire, qui caractérise une faute du deuxième degré au sens des dispositions citées au point précédent, également pour avoir été découvert en possession de plusieurs clés USB, de deux adaptateurs micro-SD, d'une carte micro-SD et d'un " gros morceau de substance brunâtre ", que l'intéressé a reconnu, lors de la séance de la commission de discipline, être un produit stupéfiant. Il ressort des motifs de la décision attaquée que la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a considéré que ces derniers faits caractérisaient autant de fautes du premier degré. Toutefois, dès lors qu'il n'est pas contesté que les appareils de stockage de données en cause ne contenaient aucun contenu susceptible de menacer la sécurité des personnes ou de l'établissement pénitentiaire, le requérant est fondé à soutenir que leur détention ne caractérise pas une faute du premier degré au sens du 10° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale mais une faute du deuxième degré au sens du 8° de l'article R. 57-7-2 du même code. Néanmoins, cette erreur de qualification juridique des faits ne saurait être regardée comme ayant une incidence sur la légalité de la sanction litigieuse dès lors que la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille aurait, dans les circonstances de l'espèce et en raison, particulièrement, de la faute du premier degré que constitue la détention de produits stupéfiants, adopté la même décision si elle ne s'était pas fondée sur cette qualification. Le moyen soulevé à ce titre doit, par suite, être écarté.

24. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-33 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / () / 8° La mise en cellule disciplinaire. ". Aux termes de l'article R. 57-7-34 du même code : " Lorsque la personne détenue est majeure, les sanctions disciplinaires suivantes peuvent également être prononcées : / () / 2° Le déclassement d'un emploi ou d'une formation ; / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code, alors en vigueur : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. / () ". Aux termes de l'article R. 57-7-50 du même code, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est majeure, le président de la commission de discipline peut, pour une même faute, prononcer l'une des sanctions prévues aux articles R. 57-7-33 et R. 57-7-34. Il peut également compléter une sanction prévue à l'article R. 57-7-33 par une sanction prévue à l'article R. 57-7-34. ".

25. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

26. Compte tenu des fautes commises par M. E qui relèvent, ainsi qu'il a été dit au point 23, des premier et deuxième degrés au sens des articles R. 57-7-1 et R. 57-7-2 du code de procédure pénale alors en vigueur, la sanction de mise en cellule disciplinaire durant quinze jours assortie du déclassement de son emploi en qualité d'auxiliaire de bibliothèque ne présente pas un caractère disproportionné. Le moyen doit être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige

Sur les conclusions à fin d'annulation sous astreinte :

28. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au garde des sceaux, ministre de la justice, et à Me Benoit David.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

G. CAUSTIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2101316

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