jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2101358 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | INGELAERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2021, Mme A B, représentée par la SELARL Ingelaere et Partners Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 4 février 2021 par laquelle la directrice du groupe hospitalier Seclin Carvin lui a infligé la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, assortie d'un sursis de trois mois ;
2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Seclin Carvin la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'avis du conseil de discipline n'est pas motivé, en méconnaissance des dispositions de l'article 9 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- la décision d'exclusion temporaire de fonction n'est pas motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- les faits reprochés ne sont pas établis ;
- le rapport circonstancié a été rédigé sans qu'elle ait été entendue ou pu présenter des observations ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le groupe hospitalier Seclin Carvin, représenté par Me Brazier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 20 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois,
- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,
- et les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, auxiliaire de puériculture depuis le 1er novembre 2004 et employée par le groupe hospitalier de Seclin Carvin au sein des urgences pédiatriques, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 4 février 2021 par laquelle la directrice de cet établissement lui a infligé la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, assortie d'un sursis de trois mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, en vertu de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur, l'avis de l'organisme siégeant en conseil de discipline, lorsque cet organisme doit être préalablement consulté, et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. Aux termes de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989, relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière : " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui () émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / ()".
3. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le conseil de discipline réuni le 22 janvier 2021 pour examiner la situation de Mme B a rendu un avis qui mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, la décision en date du 4 février 2021 par laquelle la directrice du groupe hospitalier Seclin Carvin a infligé à Mme B la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois assortie d'un sursis de trois mois énonce de manière précise les motifs de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Cette décision expose les griefs retenus à l'encontre de Mme B de manière suffisamment circonstanciée pour la mettre en mesure de déterminer les faits que l'autorité disciplinaire a entendu lui reprocher. Les moyens tirés de ce qu'en méconnaissance des dispositions précitées, l'avis du conseil de discipline et la décision en litige sont insuffisamment motivés doivent dès lors être écartés.
4. En deuxième lieu, Mme B ne peut utilement soutenir qu'elle n'a été ni entendue, ni mise en mesure de formuler des observations préalablement à la rédaction du rapport circonstancié du 23 novembre 2020, établi avant l'engagement de la procédure disciplinaire, aucune disposition législative ou réglementaire et aucun principe n'imposant une procédure contradictoire préalable à la rédaction d'un tel rapport. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. Il ressort des pièces du dossier que la directrice du groupe hospitalier Seclin Carvin a prononcé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions en litige aux motifs que Mme B avait manqué à son obligation de dignité et de discrétion professionnelle et n'avait pas respecté son domaine de compétences en manquant à ses missions, qu'elle avait commis des pressions et des intimidations envers ses collègues de travail, tenu des propos et des attitudes inadaptés envers les patients et les parents et adopté une attitude déplacée envers ses collègues de travail.
7. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du rapport circonstancié du 23 novembre 2020 et du rapport disciplinaire du 5 janvier 2021, que les puéricultrices et auxiliaires de puériculture exerçant leurs fonctions au service des urgences pédiatriques se sont plaintes de la difficulté à travailler en équipe avec Mme B, faisant état de remarques agressives et désagréables, de fréquentes remises en cause de leurs compétences et de leurs connaissances, ainsi que des prescriptions médicales, et ce, devant les patients et leurs parents. Par ailleurs, deux altercations ont impliqué Mme B, l'une avec des pompiers du service départemental d'incendie et de secours du Nord le 6 février 2018, au cours de laquelle des insultes ont été échangées, l'autre le 23 septembre 2020 vers 6 h 30 du matin entre la requérante et un personnel au " prétriage ", après qu'un enfant a attendu plus de vingt minutes en salle d'attente en raison de l'inertie de Mme B. Ont été également dénoncées des attitudes inadaptées, non professionnelles, excessivement familières avec les patients et leurs familles, telles que le fait de tutoyer certains parents, d'avoir une attitude différente selon la classe sociale des patients et de leurs familles, de tenir des propos dévalorisants envers les parents ou de sermonner des parents dont elle estimait la venue aux urgences injustifiée. Par ailleurs, des manquements à ses missions et une méconnaissance de son champ de compétence ont été relevés, tels que le fait de s'absenter fréquemment du service, sans son téléphone, de ne pas avoir retranscrit intégralement les paramètres dans le dossier médical d'un patient, d'accueillir un patient sans en avoir informé la puéricultrice. Plus particulièrement, une auxiliaire de puériculture et une puéricultrice ont témoigné que, le 29 mars 2017, Mme B, prétextant la fin de son service, avait demandé à l'une de ses collègues qui accompagnait son propre enfant, admis pour déshydratation, de réaliser elle-même un geste technique. En outre, le 30 octobre 2020, Mme B s'est absentée du service en laissant seuls trois enfants qui se trouvaient en observation. Le même jour, selon l'attestation d'une collègue, elle a interrogé avec insistance une petite fille de trois ans admise aux urgences pédiatriques à raison d'une suspicion d'attouchements sexuels sur ces faits alors qu'il est recommandé de limiter les intervenants dans ces situations afin de ne pas modifier le discours de l'enfant et accentuer le traumatisme. Une puéricultrice relate également dans un courrier le fait que Mme B a pu commencer la préparation d'une perfusion à la place d'une puéricultrice ou qu'elle a pu administrer des traitements à des patients avant qu'elle ne prenne connaissance de la prescription médicale.
8. D'une part, contrairement à ce que soutient Mme B, les courriers des puéricultrices et auxiliaires de puériculture du service des urgences pédiatriques, qui révèlent des agissements répétés intervenus entre le 29 mars 2017 et le 30 octobre 2020, sont circonstanciés et concordants. La circonstance que certains faits soient anciens, et en tout état de cause non prescrits, est par elle-même dépourvue de toute incidence. Ils sont, en outre, corroborés par d'autres éléments, tels que le courrier du directeur départemental des services d'incendie et de secours du Nord du 19 mars 2018, la fiche de déclaration d'évènement indésirable relatif à l'altercation du 23 septembre 2020, l'alerte au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail du 3 novembre 2020 ou les observations du médecin de prévention ayant alerté la directrice des ressources humaines le 5 novembre 2020 quant aux risques psycho-sociaux pour l'équipe au contact de Mme B, en évoquant des " situations d'anxiété en poste, d'anxiété anticipatoire, de ruminations, d'un sentiment de craintes, d'un sentiment d'être en insécurité, en raison de propos rabaissants sur leur professionnalisme, leur impossibilité de compter sur elle dans le travail, son attitude a priori inadaptée avec les familles et les petits patients " et une équipe " dans la crainte + + de se confronter à elle ". Par ailleurs, les circonstances que trois attestations ont été rédigées par des personnes qui ont peu travaillé avec Mme B, que cinq agents ayant travaillé avec la requérante dans d'autres services ou avant sa réintégration dans le service des urgences pédiatriques au 15 août 2016 n'auraient pas eu à se plaindre de son comportement et que le dossier disciplinaire ne comporte aucune plainte de patients ne sont pas de nature à remettre en cause les témoignages qui dénoncent les faits reprochés. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les faits à raison desquels elle a été sanctionnée ne sont pas établis.
9. D'autre part, les faits reprochés à Mme B révèlent de graves manquements aux obligations professionnelles incombant à une auxiliaire de puéricultrice, portant atteinte à la dignité et à la sécurité des patients, ainsi qu'à la sérénité et à la qualité du travail d'équipe, particulièrement nécessaires dans un service d'urgences pédiatriques, et générant une perturbation grave du fonctionnement du service public hospitalier. Si Mme B n'a jamais été sanctionnée et si ses compétences techniques ne sont pas remises en cause, les appréciations dans les relevés de notation ont, à plusieurs reprises, appelé son attention sur la nécessité de travailler ou de poursuivre ses efforts sur l'aspect relationnel de son travail, que ce soit avec l'équipe ou les patients. Dans ces conditions, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois assortie d'un sursis de trois mois n'est pas disproportionnée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 4 février 2021 par laquelle la directrice du groupe hospitalier Seclin Carvin lui a infligé la sanction disciplinaire litigieuse. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du groupe hospitalier Seclin Carvin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme B demande au titre des frais qu'elle a exposés. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge du groupe hospitalier Seclin-Carvin les frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le groupe hospitalier Seclin Carvin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au groupe hospitalier Seclin Carvin.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026