jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2101500 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NOURY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er mars 2021 et le 22 mai 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Forgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Fleurbaix s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 62 338 20 000 18 tendant à la réalisation de travaux sur un bâtiment situé 13 rue David, parcelle cadastrée AI 45 d'une superficie de 3 300 m2, situé sur le territoire de la commune ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Fleubaix de procéder à une nouvelle instruction de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Fleurbaix la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le maire a entaché sa décision d'erreur de fait dès lors que l'avancée de toiture de la façade a été conservée, que le mur en façade n'a fait l'objet d'aucune destruction et que le bâtiment concerné par les travaux n'a pas changé d'affectation ;
- le maire a commis une erreur de droit en estimant que les travaux projetés relevaient du régime du permis de construire prévu à l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme et non du régime de la déclaration préalable prévu à l'article R. 421-17 du même code ;
- l'article 2 de la zone N du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'illégalité en ce qu'il classe la parcelle AI 45, objet de la déclaration préalable de travaux, pour partie en secteur Np, dédié aux activités de loisirs et de plein air ; ce classement illégal entache d'illégalité le motif de refus opposé à sa déclaration préalable de travaux.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2021, la commune de Fleurbaix, représentée par Me Noury, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, le requérant ne justifiant pas du caractère régulier de la détention du bien situé 13 rue David à Fleubaix, en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023.
Un mémoire a été enregistré le 25 mai 2023 pour la commune de Fleurbaix.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zoubir,
- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,
- les observations de Me Forgeois, représentant M. B, et les observations de Me Noury, représentant la commune de Fleubaix.
Une note en délibéré présentée pour la commune de Fleurbaix a été enregistrée le 8 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B et son épouse sont propriétaires d'un ancien corps de ferme, composé d'une maison à usage d'habitation et de deux annexes situées au 13 rue David, parcelle cadastrée AI 45 d'une superficie de 3 300 m², sur le territoire de la commune de Fleurbaix (Pas-de-Calais). Afin de régulariser les travaux entrepris en 2020 sur l'une des annexes faisant office de hangar, M. B a déposé une déclaration préalable de travaux le 9 juillet 2020. Par un courrier du 30 juillet 2020, la commune a informé le pétitionnaire de l'incomplétude de son dossier et à la date du 30 novembre 2020, ce dernier a transmis à la commune les pièces manquantes. Par un arrêté du 24 décembre 2020, le maire de la commune de Fleurbaix s'est opposé à la déclaration préalable de travaux enregistrée sous le n° DP 62 338 20 00018. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Fleurbaix :
2. Aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant. () Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été édictée à la suite d'une déclaration préalable de travaux déposée par M. B, lequel a, dès lors, la qualité de pétitionnaire pour l'application des dispositions précitées. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de justification du caractère régulier de la détention du bien situé au 13 rue David à Fleubaix par le requérant doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés () / c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 () Pour l'application du c du présent article, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal ". Aux termes de l'article R. 421-17 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R*421-14 à *R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement ; b) Les changements de destination d'un bâtiment existant entre les différentes destinations définies à l'article R. 151-27; pour l'application du présent alinéa, les locaux accessoires d'un bâtiment sont réputés avoir la même destination que le local principal et le contrôle des changements de destination ne porte pas sur les changements entre sous-destinations d'une même destination prévues à l'article R. 151-28 () f) Les travaux qui ont pour effet la création soit d'une emprise au sol, soit d'une surface de plancher supérieure à cinq mètres carrés et qui répondent aux critères cumulatifs suivants : / - une emprise au sol créée inférieure ou égale à vingt mètres carrés ; / - une surface de plancher créée inférieure ou égale à vingt mètres carrés () ".
5. Pour s'opposer à la déclaration préalable de travaux déposée par M. B au motif que les travaux relevaient du régime du permis de construire, le maire de Fleurbaix s'est fondé sur la double circonstance, d'une part, que les travaux déclarés consistaient en la démolition-reconstruction d'un bâtiment d'une emprise au sol et surface de plancher supérieure à 20 m2 et, d'autre part, que le projet portait sur le changement de destination d'un bâtiment agricole, accompagné de modifications de l'aspect extérieur.
6. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment des plans de façade avant et après travaux, du plan de coupe du terrain et des photographies après travaux, joints au dossier de déclaration préalable déposé par M. B, que l'avancée du toit de la façade du bâtiment, d'une hauteur de 4,25 mètres, constituée d'une charpente de bois remplacée par des tuiles rouges côté rue David, apparaît bien, tant avant qu'après les travaux entrepris. D'autre part, contrairement à ce que soutient la commune en défense, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, notamment des plans de masse, que cette avancée de la façade côté rue David, qui s'étend sur une longueur de 14,80 mètres au regard des plans de masse, aurait été supprimée alors même qu'il ressort des photographies après travaux versées au dossier que celle-ci a été conservée sur l'ensemble de la longueur de la façade. Par ailleurs, si les photographies avant et après travaux font apparaître que les tôles d'acier constituant les murs de façade du bâtiment ont été retirées et remplacées par des murs en parpaing, à la suite des travaux de maçonnerie entrepris par M. B, les plans ne font apparaître aucune démolition d'une quelconque avancée de façade en partie avant du bâtiment et les travaux n'emportent aucune démolition, même partielle, du bâtiment existant dès lors qu'il n'est pas démontré, ni même allégué par la commune qu'ils auraient porté atteinte au gros œuvre. Il ressort du formulaire Cerfa que les travaux ont seulement pour objet le " renforcement et la rénovation des façades par des murs en parpaings enduits et briques, partiellement préexistants sur l'ensemble des façades ". Ainsi, contrairement à ce que soutient la commune en défense, aucune pièce au dossier ne permet sérieusement de considérer que le pétitionnaire a procédé à la destruction de ces murs de façades et à leur reconstruction créant ainsi une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés. Il résulte de ces éléments que les travaux entrepris par le pétitionnaire sont restés limités à des modifications de l'aspect extérieur du bâtiment, n'ont créé aucune surface de plancher ni emprise au sol et n'ont pas consisté en une opération de démolition-reconstruction soumise à permis de construire.
7. Par ailleurs, outre la circonstance que la profession exercée par son propriétaire est sans incidence sur la qualification de la destination d'un bâtiment, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les travaux entrepris par M. B aient pour objet de changer la destination du bâtiment de hangar à construction à usage d'habitation, dès lors notamment qu'aucune ouverture supplémentaire n'a été créée en façade ou sur la toiture du bâtiment, qui ne compte comme ouvertures que deux portes et une petite fenêtre en façade avant.
8. Il résulte de ce qui précède que le pétitionnaire est fondé à soutenir que le maire a entaché sa décision d'erreur de fait et d'erreur de droit en faisant opposition à la déclaration litigieuse pour le motif que le projet relèverait du régime du permis de construire.
9. En second lieu, pour soutenir que l'arrêté attaqué est illégal, M. B, qui ne conteste pas que les travaux déclarés n'étaient pas conformes aux dispositions du plan local d'urbanisme applicables à sa parcelle à la date de la décision attaquée, invoque par voie d'exception l'illégalité du plan local d'urbanisme de Fleurbaix en tant qu'il classe la partie sud-est de la parcelle AI 45, en zone Np, sous-secteur " destiné aux activités de plein air et aux aménagements liés à la pratique des sports et des loisirs ". La commune, qui se borne à faire valoir qu'elle a procédé à la délimitation des sous-secteurs en fonction des occupations et utilisations du sol existantes, n'apporte aucun élément de nature à justifier en quoi le classement de la partie du terrain appartenant à M. B et comportant le hangar objet des travaux répondrait à la vocation de la zone Np. Dans ces conditions, M. B est fondé à exciper de l'illégalité du plan local d'urbanisme de la commune de Fleurbaix pour se prévaloir de l'illégalité du motif d'opposition retenu par le maire dans l'arrêté du 24 décembre 2020.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Fleurbaix s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 62 338 20 00018 tendant à la réalisation de travaux sur le bâtiment situé 13 rue David sur le territoire communal.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".
12. Le présent jugement implique que le maire de la commune de Fleurbaix procède à un réexamen de la demande préalable de M. B. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la commune de Fleurbaix de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Fleurbaix demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Fleurbaix une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Fleurbaix s'est opposé à la déclaration préalable déposée par M. B sous le n° DP 62 338 20 00018 pour la réalisation de travaux sur un bâtiment situé 13 rue David est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Fleubaix de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable déposée par M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Fleurbaix versera à M. B une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Fleurbaix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Fleurbaix.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Zoubir, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
N. ZOUBIRLa présidente,
signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026