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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101577

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101577

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP WABLE TRUNECEK TACHON AUBRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mars 2021 et 21 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Raphaël Tachon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Saint-Etienne-au-Mont a rejeté sa demande tendant à la régularisation de sa situation ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Etienne-au-Mont de régulariser sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Etienne-au-Mont la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle a fait l'objet, en 2003 et en 2006, d'un avancement d'échelon à l'ancienneté maximale au sens des dispositions de l'article 78 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et a été victime, ce faisant, d'une discrimination en raison de son état de santé et d'une inégalité de traitement avec d'autres agents de la commune de Saint-Etienne-au-Mont qui ont bénéficié d'un avancement d'échelon à l'ancienneté minimale malgré leur placement en arrêt de maladie ;

- un autre agent de la commune a vu sa situation régularisée en 2019 alors qu'il avait fait l'objet, en 2009, d'un avancement d'échelon à l'ancienneté maximale ;

- elle a été verbalement agressée par le maire de Saint-Etienne-au-Mont le 17 juin 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la commune de Saint-Etienne-au-Mont, représentée par Me Marie-Christine Dutat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors qu'elle tend, en réalité, à l'annulation des arrêtés des 25 juillet 2003 et 9 mars 2006 portant avancement d'échelon de Mme B à l'ancienneté maximale ; la décision attaquée est, en outre, confirmative de la décision du 19 octobre 2017 par laquelle le maire a rejeté une demande semblable de l'intéressée ;

- l'illégalité des arrêtés précités des 25 juillet 2003 et 9 mars 2006 ne peut plus être invoquée par voie d'exception ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juillet 2023 à 14 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-1110 du 30 décembre 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier,

- les conclusions de M. Christian, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titularisée le 1er novembre 2001 au grade d'adjointe administrative principale de 1ère classe, exerce ses fonctions au sein de la commune de Saint-Etienne-au-Mont. Elle a bénéficié, en 2003 et en 2006, d'un avancement d'échelon à l'ancienneté maximale au sens des dispositions de l'article 78 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. Par un courrier daté du 16 octobre 2017, reçu le jour même, elle a demandé au maire de Saint-Etienne-au-Mont de reconstituer sa carrière en la plaçant dans la situation professionnelle qui aurait été la sienne si elle n'avait pas été promue, en 2003 et en 2006, à l'ancienneté maximale mais à l'ancienneté minimale. Aucune suite favorable n'a été donnée à sa demande. Par un courrier de son conseil daté du 28 octobre 2020, reçu le 5 novembre suivant, Mme B a de nouveau demandé au maire de Saint-Etienne-au-Mont de " rétablir [s]a carrière et () de la faire passer sans délai à l'échelon 7 ". Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite portant rejet de cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, une exception d'illégalité soulevée à l'encontre d'une décision individuelle est recevable tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par deux arrêtés du maire de Saint-Etienne-au-Mont datés des 25 juillet 2003 et 9 mars 2006, Mme B a fait l'objet d'un avancement d'échelon à l'ancienneté maximale. La requérante, qui soutient avoir été ainsi victime, à ces occasions, d'une discrimination en raison de son état de santé et d'une rupture d'égalité de traitement des agents publics, doit être regardée comme invoquant, par voie d'exception, l'illégalité de ces deux arrêtés. Toutefois, dès lors que le caractère définitif de ces actes n'est pas contesté, la collectivité défenderesse est fondée à faire valoir qu'une telle exception d'illégalité ne peut plus être utilement invoquée. Le moyen est donc irrecevable et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

4. En second lieu, et d'une part, il appartient à un agent public, qui soutient avoir été victime de discriminations à raison de son origine, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'une telle discrimination. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les discriminations alléguées sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. D'autre part, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce qu'une autorité administrative règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la décision qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. S'agissant des règles régissant les fonctionnaires, le principe d'égalité n'est en principe susceptible de s'appliquer qu'entre les agents appartenant à un même corps.

6. En l'espèce, Mme B soutient avoir été victime, le 17 juin 2020, d'une agression verbale de la part du maire de Saint-Etienne-au-Mont. Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à faire présumer que la décision en litige méconnaîtrait l'interdiction des discriminations. La requérante, qui fait par ailleurs valoir qu'un " autre agent () a vu sa situation être régularisée en 2019 alors qu'elle avait été placée sur un avancement d'échelon maximum en 2009 ", sans toutefois démontrer que leur situation serait comparable, n'établit pas davantage que la décision en litige méconnaîtrait le principe d'égalité de traitement des agents publics.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions de la requête présentées à cette fin doivent donc être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Saint-Etienne-au-Mont.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les dépens :

9. La présente instance n'ayant généré aucun dépens, les conclusions de la requête présentées sur ce point ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Etienne-au-Mont, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la collectivité défenderesse au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Etienne-au-Mont présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Saint-Etienne-au-Mont.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

M. Babski, premier conseiller,

M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

G. CAUSTIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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