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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101740

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101740

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDELGORGUE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 8 mars 2021 sous le n° 2101740, Monsieur B A, représenté par Me Chéneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2021 par lequel le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord a prononcé sa prise en charge à compter du 1er mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est intervenu sans que le maire de la commune de Roncq n'ait, d'une part, pris un arrêté le radiant des effectifs de la commune et d'autre part, invité préalablement le président du centre de gestion à le prendre en charge ;

- cet arrêté est illégal des lors que l'employeur territorial ne justifie d'aucune tentative sérieuse de reclassement entre le 1er mars 2020 et le 1er mars 2021 ;

- il aurait dû être réintégré dans ses fonctions de directeur de l'école de musique de Roncq dès lors que par un jugement n° 1806016 du 27 octobre 2020, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 11 avril 2018 par laquelle le maire de la commune de Roncq a mis fin à ses fonctions de directeur de l'école municipale de musique.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2021, le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord, représenté par Me Delgorgue, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mai 2023.

II. Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, sous le n° 2101798, M. B A, représenté par Me Chéneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2021 par lequel le maire de la commune de Roncq l'a radié des effectifs de la commune à compter du 1er mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Roncq la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le maire de la commune de Roncq s'est considéré à tort en situation de compétence liée ;

- elle est illégale dès lors que la commune de Roncq ne justifie d'aucune tentative sérieuse de reclassement entre le 1er mars 2020 et le 1er mars 2021 ;

- il aurait dû être réintégré dans ses fonctions de directeur de l'école de musique de Roncq dès lors que par un jugement n° 1806016 du 27 octobre 2020, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision du 11 avril 2028 par laquelle le maire de la commune de Roncq a mis fin à ses fonctions de directeur de l'école municipale de musique.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2021, la commune de Roncq, représentée par Me Vynckier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mai 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zoubir, rapporteure,

- les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique,

- les observations de Me Bultel, substituant Me Delgorgue, représentant le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord et les observations de Me Playoust, substituant Me Vynckier, représentant la commune de Roncq.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est titulaire du grade d'assistant d'enseignement artistique principal de 1ère classe, spécialité trompette. Il a exercé ses fonctions au sein de l'école municipal de musique (EMM) de la commune de Roncq de 1982 à 2020. La commune de Roncq, après avis favorable du comité technique du 11 septembre 2019, a, par délibération de son conseil municipal du 16 décembre 2019, pris acte de la diminution du nombre d'élèves inscrits dans la discipline trompette et clarinette et a, en conséquence, décidé la suppression de deux emplois d'assistants d'enseignement artistique à temps complet et la création de deux emplois du même type à temps non complet, l'un pour 3 heures hebdomadaires, l'autre pour 4 heures hebdomadaires. Par un arrêté du 10 février 2020, M. A a été maintenu en surnombre des effectifs de la commune à compter du 1er mars 2020 pour une durée d'un an. Par un arrêté du 2 février 2021, le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord a prononcé la prise en charge de M. A à compter du 1er mars 2021. Par arrêté du 26 février 2021, le maire de la commune de Roncq a radié M. A de ses effectifs au 1er mars 2021. Par les présentes requêtes, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 2 février 2021 et de l'arrêté du 26 février 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2101740 et 2101798 présentées par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa version en vigueur : " Dès lors qu'un emploi est susceptible d'être supprimé, l'autorité territoriale recherche les possibilités de reclassement du fonctionnaire concerné. I.- Un emploi ne peut être supprimé qu'après avis du comité social territorial sur la base d'un rapport présenté par la collectivité territoriale ou l'établissement public. () Si la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade dans son cadre d'emplois ou, avec son accord, dans un autre cadre d'emplois, le fonctionnaire est maintenu en surnombre pendant un an. Pendant cette période, tout emploi créé ou vacant correspondant à son grade dans la collectivité ou l'établissement lui est proposé en priorité ; la collectivité ou l'établissement, la délégation régionale ou interdépartementale du Centre national de la fonction publique territoriale et le centre de gestion examinent, chacun pour ce qui le concerne, les possibilités de reclassement. Est également étudiée la possibilité de détachement ou d'intégration directe du fonctionnaire sur un emploi équivalent d'un autre cadre d'emplois au sein de la même collectivité ou de l'établissement. Sont également examinées les possibilités d'activité sur un emploi correspondant à son grade ou un emploi équivalent dans l'un des versants de la fonction publique. Au terme de ce délai, le fonctionnaire est pris en charge par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement () ".

4. Il résulte des dispositions de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 précité que dans le cas où un emploi est susceptible d'être supprimé au sein des effectifs d'une collectivité territoriale et que cette dernière n'est pas en mesure d'offrir au fonctionnaire occupant cet emploi un autre emploi correspondant à son grade, l'intéressé est maintenu en surnombre pendant un an. Au terme de ce délai, le fonctionnaire concerné est pris en charge, en fonction de son grade, soit par le centre national de la fonction publique territoriale, soit par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement. Le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale ne dispose d'aucun pouvoir d'appréciation et se trouve ainsi en compétence liée pour prendre en charge un fonctionnaire déchargé de ses fonctions et placé en surnombre en cas d'incapacité de la collectivité à offrir à l'intéressé un emploi correspondant à son grade.

5. En premier lieu, dès lors que la période durant laquelle M. A avait été maintenu en surnombre dans les effectifs de la commune de Roncq expirait le 1er mars 2021 et qu'à cette date, la commune n'avait pu proposer à son agent un autre emploi, le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord était tenu de prendre en charge l'intéressé à compter de cette date, sans qu'il soit besoin pour la commune de l'inviter préalablement à le faire et sans que le maire de Roncq ait dû préalablement prendre un arrêté décidant sa mise à disposition du centre de gestion.

6. De la même manière, le maire de Roncq n'a pas entaché son arrêté du 26 février 2021 radiant M. A des effectifs de la commune à compter du 1er mars 2021 d'une erreur de droit en fondant sa décision sur la prise en charge de l'intéressé par le centre de gestion à compter de cette date.

7. En deuxième lieu, les dispositions précitées de l'article 97 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ne créent pas une obligation de reclassement pour le fonctionnaire dont le poste a été supprimé et qui est maintenu en surnombre mais lui donne simplement une priorité d'affectation sur les emplois créés ou vacants correspondant à son grade.

8. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Roncq a, le 3 juin 2021, proposé à M. A l'emploi vacant de percussionniste, associé au grade d'assistant territorial d'enseignement artistique principal de 2ème classe ou de 1ère classe qu'il détient et que ce dernier n'a pas donné suite à la proposition faite. Par ailleurs, par courrier du 8 juin 2020, elle a transmis la candidature de M. A à vingt-huit communes voisines. Enfin, les seuls postes vacants au sein des effectifs de la commune de Roncq durant la période de placement en surnombre de M. A ont été les postes de maitre-nageur sauveteur et d'instructeur du droit des sols en urbanisme, qui ne correspondaient pas au grade et aux qualifications de l'intéressé. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Roncq a méconnu les obligations prévues par les dispositions de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 en matière de reclassement.

9. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il aurait dû être réintégré dans ses fonctions de directeur de l'école de musique de Roncq dès lors que, par un jugement n° 1806016 du 27 octobre 2020, le tribunal a annulé la décision du 11 avril 2018 par laquelle le maire lui a retiré ces fonctions de direction, il ressort des pièces du dossier que la suppression de l'emploi d'assistant d'enseignement artistique occupé par M. A est intervenue par une délibération du 16 décembre 2019, soit antérieurement au jugement du 27 octobre 2020 dont l'autorité de chose jugée est invoquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de chose jugée doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation d'une part, de l'arrêté du 2 février 2021, par lequel le président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord a prononcé sa prise en charge à compter du 1er mars 2021 et d'autre part, de l'arrêté du 26 février 2021 par lequel le maire de la commune de Roncq l'a radié des effectifs de la commune.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Roncq et le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à M. A, la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 500 euros à verser d'une part, à la commune de Roncq et d'autre part, au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord, au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : M. A versera à la commune de Roncq et au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord, chacun, une somme de 500 euros (cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Roncq et au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

N. ZOUBIR

La présidente,

Signé

A-M. LEGUIN La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2101740, 2101798

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