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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101762

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101762

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantROBILLIART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Robilliart, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 6 octobre 2020 par la directrice du centre de ressources, d'expertise et de performances sportives de Wattignies afin de recouvrer un trop-perçu de rémunération sur la période d'avril à décembre 2018, ensemble la décision du 11 janvier 2021 rejetant son recours gracieux, ainsi que de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance est prescrite pour la période d'avril à septembre 2018 ;

- la créance pour la période d'octobre à décembre 2018 a déjà été recouvrée par précompte sur sa rémunération de janvier 2019 ;

- elle a été placée en congés de longue durée et non en congé de longue maladie contrairement aux mentions du courrier accompagnant l'avis de sommes à payer contesté du 6 octobre 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2021, le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la créance n'est pas prescrite ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, assistante ingénieure du ministère chargé de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, a été victime d'un accident survenu le 11 juin 2014. Par arrêté du 29 novembre 2017, elle a été rétroactivement placée en congé de longue maladie à plein traitement du 11 juin 2014 au 10 juin 2015, puis en congé de longue durée à plein traitement du 11 juin 2015 au 10 juin 2017. Par arrêté du 27 mars 2018, elle a été placée rétroactivement en congé de longue durée à demi traitement du 11 juin 2017 au 2 avril 2018. Par arrêtés des 15 novembre 2018 et 24 juillet 2019, son congé de longue durée a été respectivement prolongé jusqu'au 2 avril 2019, puis jusqu'au 10 juin 2019. Elle a ensuite été placée en disponibilité d'office. Par un courrier du 6 octobre 2020, le CREPS de Wattignies a informé la requérante qu'elle a perçu à tort un plein traitement sur la période du 3 avril 2018 au 2 avril 2019, période durant laquelle elle a été placée en congé de longue durée à demi traitement. Le trop-perçu, qui s'élevait à 8 869,87 euros pour la période d'avril à décembre 2018, a été recouvré par précompte sur ses rémunérations des mois de janvier à août 2019 pour un montant de 2 382,50 euros puis, pour le reliquat d'un montant de 6 487,37 euros, par l'émission le 6 octobre 2020 d'un avis des sommes à payer. Le 23 novembre 2020, la requérante a formé un recours administratif préalable à l'encontre de l'avis de sommes à payer, qui a été rejeté le 11 janvier 2021 par la directrice générale du CREPS de Wattignies. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'avis des sommes à payer du 6 octobre 2020, ensemble la décision de rejet du 11 janvier 2021 ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 6 487,37 euros.

2. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / () ". En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. Aux termes de l'article 2244 du code civil : " Le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par une mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d'exécution ou un acte d'exécution forcée. ".

3. D'une part, en application de ces dispositions, la créance résultant des sommes indûment versées en avril 2018 était prescrite à compter du 1er mai 2020, celle résultant des sommes indûment versées en mai 2018 à compter du 1er juin 2020, et ainsi de suite jusqu'au 1er janvier 2021. Pour les sommes réclamées au titre de la période litigieuse d'avril à septembre 2018, les retenues sur traitement opérées sur les bulletins de salaire de janvier à août 2019 ont légalement pu interrompre le délai de prescription qui expirait le 1er mai 2020 et pour chaque versement ultérieur, le premier du mois suivant.

4. D'autre part, il ressort des décomptes de rappel établis en janvier 2019 que contrairement à ce qui est allégué, ces derniers concernent bien la totalité des versements indus d'avril à décembre 2018 et non les seuls versements indus d'octobre à décembre 2018, de sorte que les retenues sur rémunération opérées entre janvier et août 2019 ont bien eu pour effet d'interrompre le délai de prescription des créances résultant des versements indus pour la période d'avril à septembre 2018. Par suite, l'exception de prescription doit être écartée.

5. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / () 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie à plein traitement, le congé de longue durée n'est attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. / () ".

6. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a bénéficié d'un congé de longue maladie à plein traitement du 11 juin 2014 au 10 juin 2015, puis d'un congé de longue durée à plein traitement du 11 juin 2015 au 10 juin 2017, de sorte qu'elle ne pouvait qu'être placée en congé de longue durée à demi traitement à compter du 11 juin 2017. La circonstance que le courrier accompagnant l'avis de sommes à payer contesté comporte une erreur de plume en mentionnant que Mme A a été placée en congé de longue maladie du 3 avril 2018 au 2 avril 2019 alors qu'elle avait été placée, par arrêté du 25 mars 2018, en congé de longue durée durant cette période est sans incidence sur les droits de la requérante.

7. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 4, les retenues sur rémunération auxquelles a procédé l'administration de janvier à août 2019 concernent les versements indus pour la période d'avril à décembre 2018 et non les seuls versements indus d'octobre à décembre 2018.

8. Par suite, Mme A n'est pas fondée à contester le bien-fondé de la créance.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme en litige et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

Copie en sera adressée pour information au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. BOURGAULa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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